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Publié le 06/01/2008

À deux pas du néant de Tim Powers

Three Days to Never, 2006

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, JANV. 2008

Par PAT

Dans la lignée des Puissances de l’invisible [l’aridité du roman d’espionnage en moins], À deux pas du néant est un roman épatant qui réconcilie Fantastique, Thriller et délire scientifiques débridés. Éminemment compliquée au premier coup d’œil, l’intrigue se simplifie après quelques [rares] explications habilement distillées au fil des chapitres. Tim Powers y prouve son grand talent de conteur et pose sur la notion de voyage dans le temps un regard aussi novateur qu’intelligent.


On pensait tout savoir sur Albert Einstein, on avait tort. Le célèbre scientifique a certes apporté sa contribution la bombe atomique et à la compréhension du monde physique, mais il a aussi été contacté par le gouvernement israélien pour assumer le rôle honorifique de Président peu de temps avant sa mort [authentique]. Sur cette base nettement moins connue, Powers comble les vide et invente une histoire complexe qui mêle Mossad, sectes millénaristes, CIA, hippies et... Charlie Chaplin.

En [très] bref, l’ami Albert a conçu une machine à voyager dans le temps [qui relève plus du Voyage de Simon Morley que des bielles chères à H.G. Wells] dont plusieurs éléments distincts sont nécessaires au bon fonctionnement. Einstein a également eu une liaison extra-conjugale avec une femme qui a eu un enfant [qui pourrait bien être lui-même, mais bon] qui a eu une enfant qui est la mère du personnage principal : Franck Marrity. C’est clair ?

Depuis plusieurs millénaires, des individus surveillent les activités des esprits et des démons du folklore juif [bien réels, hélas pour le genre humain]. Or, il se pourrait bien que pas mal de ces esprits soient en fait les échos des enfants effacés suite aux manipulations temporelles d’Einstein. Une idée assez effrayante qui a le mérite d’expliquer les poltergeist, les fantômes et autres joyeusetés.

Parallèlement, une section spéciale du Mossad surveille elle aussi les activités des démons et notamment la maison de la grand-mère de Franck Marrity, soupçonné à juste titre de détenir des morceaux de la fameuse machine à voyager dans le temps. Et quand cette brave dame meurt [ou plutôt, disparaît], Franck Marrity lui rend visite le même jour accompagné de sa fille Daphné, sans se douter qu’il vient de mettre le doigt dans une merde d’envergure cosmique et que la totalité des services spéciaux du monde entier [sans parler des tarés millénaristes aux pouvoirs délirants - notamment la très jolie trouvaille d’une aveugle capable de voir à travers les yeux des personnes qui l’entourent] adoreraient lui poser quelques questions...

Pour Franck Marrity, le voyage est court, mais intense : prendre conscience de la véritable nature du monde tout en ayant le plaisir de se rencontrer lui-même, dans une version peu ragoûtante, car basée sur une timeline différente.

Pas facile de se retrouver dans tout ce bordel, mais en grand professionnel, Powers déroute son lecteur pour mieux lui faire tourner les pages sans se soucier du reste. Efficacité narrative, grand sérieux dans le propos et le traitement [malgré le grand-guignol], scénario impeccable et soin méticuleux côté personnages, tout est propre et net.


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Si À deux pas du néant relève de la performance aussi originale que délirante, la démarche de Powers séduit par son côté paradoxalement classique, voire académique. C’est d’ailleurs l’un des intérêts majeur du roman : un point de départ vraiment casse-gueule, mais un livre impeccable et maîtrisé qui finit par convaincre tout en restant étonnamment crédible.

L’exemple même d’une littérature plaisante, agréable et suffisamment subtile pour ne pas laisser les lecteurs sur leur faim.