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Publié le 06/06/2005

"A l’Est de la vie" de Brian W. ALDISS

["Somewhere East of Life", 1994 ]

REED. LE LIVRE DE POCHE, MAI 2005

Par Ubik

La réédition de "A l’Est de la vie" au Livre de poche dans la collection dirigée par Gérard Klein est à la fois une bonne et trompeuse initiative. En effet, ce texte n’est pas à proprement parlé un roman de science fiction. Il se rapproche davantage d’une littérature aux accents ballardiens, le BALLARD de "Super Cannes" ou de "Millenium people", que d’un récit rattaché aux littératures de l’imaginaire. Cependant, que ceci n’arrête pas le lecteur dans son geste compulsif. "À l’Est de la vie" mérite toute son attention.


Roy Burnell, annonce la quatrième de couverture [chez Métailié], est un séduisant fonctionnaire britannique travaillant pour le compte d’une organisation européenne qui s’est fixée comme mission de répertorier tous les chefs-d’œuvre architecturaux religieux menacés par les conflits afin d’en conserver la mémoire à défaut d’en préserver l’existence. En réalité, à la lecture de ce roman, il s’avère que Burnell est un individu détestable, méprisant, volontiers coureur de jupons, indécis concernant ses sentiments intimes, bref humain.

Humain, l’adjectif convient idéalement car dans "À l’Est de la vie", ALDISS se penche avec lucidité sur cette humanité viscéralement attachée à sa nature chaotique. C’est là son sujet, davantage en tout cas qu’un quelconque artifice technologique. D’ailleurs s’il faut rechercher à tout prix un élément science-fictif dans ce roman, on le trouve dans cette technique consistant à capter dans le cerveau les souvenirs des personnes afin de les effacer voire de les vendre pour que d’autres puissent les visionner. Mieux que la télé réalité, la mémo-vérité. Très rapidement dans le récit, Burnell est spolié de dix années de sa mémoire par des trafiquants. Son métier d’archivage du patrimoine converge alors avec la quête personnelle de ses années de souvenirs perdus qui va l’entraîner de Géorgie en Turkménistan dans les décombres de l’Empire soviétique.

Les personnages d’ALDISS se cherchent tous des raisons de continuer à vivre. Pour Burnell, la vie n’a plus de sens sans ces dix ans, qui lui ont été volés. Pour se construire un avenir, il doit recouvrer son passé. Mémoire des lieux et des personnes ou lieux de mémoire, ce qui apparaît comme la composante essentielle de l’identité aux yeux de Burnell, débouche sur le pire dans les lieux où il est envoyé en mission. A la recherche de sa mémoire dans une contrée qui vient de la retrouver après des années de négation de celle-ci par l’ordre soviétique, le Britannique rencontre des individus complexes, touchants, en proie aux joies mais aussi aux saloperies de l’existence et qui portent leurs souvenirs comme un fardeau. Que ce soit le Russe Mechankloff, le fonctionnaire britannique Murray-Roberts, le père Kadredine ou le Dr Haydar, ils ont tous leur histoire personnelle, leur part d’ombre et de lumineuse générosité et de leurs interactions mutuelles naît le récit d’une mémoire collective maudite, source de haine, car si la mémoire fonde l’identité pour le meilleur, elle le fait également pour le pire.


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Avec quelques années de recul force est de constater que le roman de Brian ALDISS reste hélas d’actualité. Certes à l’heure où la vague tumultueuse suscitée par l’éclatement de l’URSS est un peu retombée, certains événements décrits par ALDISS ont été contredits par les faits. Mais, peu importe, qu’il évoque la Géorgie et non la Tchétchénie ou la Yougoslavie, voire quelques autres régions proche orientales.

Dans l’esprit il reste terriblement visionnaire car l’humanité dans sa marche vers la destruction ne s’encombre pas des lieux et cherche toujours des raisons pour survivre, malgré tout.

Pour ces raisons et aussi pour l’humour désespéré dont Brian ALDISS sait jouer, "A l’Est de la vie" est une lecture hautement recommandable. Avis, donc, de cafard conquis..