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Publié le 05/02/2011

À l’est du Cygne de Michel Demuth

ED. LE BELIAL, NOV. 2010

Par Soleil vert

Les éditions du Bélial rendent hommage à une figure de proue de la science-fiction française, Michel Demuth, en publiant À l’ est du Cygne, une anthologie de ses meilleures nouvelles. Les récits composant le cycle des Galaxiales feront quant à eux l’objet d’une parution spécifique.
Le respect, la rigueur, l’émotion caractérisent le travail éditorial réalisé sous la direction de Richard Comballot, auquel ont collaboré Gérard Klein, Alain Sprauel et le dessinateur Caza. À l’est du Cygne est exemplaire d’une science-fiction française inclinant davantage vers la poésie et le rêve que la science ou la technologie, tout en illustrant les débats internes d’un amoureux du langage, fondu de space-opéra, inspiré par le surréalisme, et lorgnant avec envie les rivages de la new-wave.


"Le lendemain, il plut dès le matin, mais c’était une pluie douce, comme il ne pouvait en tomber que dans certaines régions, très rares, de certains mondes très rares. Une pluie presque verte comme les carrés de pelouse qui se trouvaient devant chaque maison, une pluie qui restait en milliers de perles aux longues épines des arbres. La mer, du coup, semblait en avoir perdu sa voix. Elle n’avait plus que le chuchotement très léger des gouttes."

Un chuchotement essentiel, ainsi pourrait-on caractériser l’œuvre et les engagements de Michel Demuth, auteur d’une Histoire du futur à la française, anthologiste, traducteur entre autres de Dune, de 2001 l’Odyssée de l’espace, et accessoirement directeur des mythiques éditions Opta.
Une espèce d’élégance traverse l’écriture des dix sept nouvelles de ce recueil, rédigées pour les deux tiers dans les années 60 et relevant en majorité du space-opera. L’auteur décline les thèmes habituels du genre : explorations lointaines ("Dans le ressac électromagnétique", "À l’est du cygne", le mini-cycle du Translateur), conflits stellaires ("Intervention sur Halme" ; "la bataille d’Ophiucus", "Sigmaringen"), apocalypse atomique ("Lune de feu"), robots fous/ville-machine ("Les années métalliques"). "La route de Driegho" illustre le vieux thème du jeu comme ascenseur social ; des mercenaires croisent la route d’un vaisseau spatial dont l’équipage passe exclusivement son temps à jeter des dés et batailler aux cartes, avec comme enjeu le commandement du navire.
"Intervention sur Halme" et surtout "À l’est du Cygne" émergent de cet ensemble de textes un peu uniforme et daté. Dans ce dernier récit, un explorateur humain essaye de préserver un peuple extra-terrestre d’une menace à la fois terrifiante et indécelable. Une sourde angoisse transpire tout au long des pages de cette belle nouvelle, angoisse qui renvoie peut être aux propos de Gérard Klein concernant l’inquiétude de Michel Demuth sur son statut d’écrivain.
L’incertitude identitaire transparaît dans les deux textes du cycle du Translateur, "Translateur" et "Mnémonique", dans lesquels quelques explorateurs humains rentrent en symbiose temporaire avec une espèce E.T leur permettant de se déplacer à d’incroyables distances, au risque de ne pouvoir récupérer leur intégrité initiale. "Dans le ressac électromagnétique de l’espace", inspiré par le mythe de Jonas, (on citera aussi Baleinier de nuit, publié jadis chez Opta) traite de la fusion identitaire entre un vaisseau spatial et son navigateur au cours d’un voyage sans fin. Un space-opera tardif (1982) où Michel Demuth abandonne la conduite du récit au profit d’une écriture poétique, éclatée, jusqu’à l’incandescence.
Les derniers textes consacrent ce virage. L’auteur abandonne son jardin spatial au profit de narrations expérimentales (formalistes ?) inspirées de ses voyages (la Barcelone de "Exit on Passeig de Gracia"). Le thème de la survie déjà abordé dans "À l’est du Cygne" imprègne "Sigmaringen" récit à l’intrigue minimaliste dans lequel un soldat anonyme d’une guerre oubliée tente de regagner la Terre.
Certes élaborées, ces nouvelles conduisent à l’interrogation suivante : sans doute phagocyté par son travail éditorial, l’auteur des Galaxiales a-t-il regretté de n’avoir pu emprunter le train de la new-wave dans les années 60, d’ avoir opté pour la "translation" au lieu de la "métamorphose" façon Silverberg ?


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Par le soin apporté à sa réalisation, À l’est du Cygne évoque les historiques "Livre d’or de la science-fiction". Mais ne nous voilons pas la face, l’amateur attend surtout de pied ferme une édition augmentée des Galaxiales, à laquelle travaillait d’ailleurs Michel Demuth. Le présent volume a cependant le mérite d’évoquer tout un pan de l’histoire de la SF française. Bel hommage pour un homme attachant.