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Publié le 12/11/2006

"A l’estomac" de Chuck PALAHNIUK

["Haunted", Mai 2005]

ED. DENOËL & D’AILLEURS, DEC. 2006

Par PAT

Vrai recueil d’excellentes nouvelles déguisé en mauvais roman, "A l’estomac” ne fait certes pas dans la dentelle, mais colle la tête du lecteur suffisamment longtemps dans les toilettes de la gare de l’Est pour qu’on y réfléchisse à deux fois avant de l’ouvrir [et livre et la gueule].

Fidèle à son image d’écrivain culte énervé, Chuck PALAHNIUK fait le Chuck PALAHNIUK, et on a beau s’y attendre, c’est au final assez fatiguant. Résultat, "A l’estomac" est bel et bien un roman raté qui contient des histoires formidables.

Explications : Vingt-trois personnes répondent à une annonce qui leur propose de s’isoler quelque part pendant trois mois. Trois mois où ils pourront tous se libérer de leurs carcans sociaux [famille, travail, vie normale, etc.] pour se consacrer enfin, de façon pleine et entière, à leur art [littérature, mais aussi scénario, poésie, la liste n’est pas exhaustive], sans jamais être emmerdés par le monde extérieur. Architecture simple, donc, d’autant que la retraite proposée n’a rien d’un trois-étoiles et relève plus de la cave à fous dangereux qu’autre chose. En un mot, nos chers personnages sont séquestrés. Point. Résultat, ces braves cobayes s’enfoncent dans la démence tout en espérant que cette sordide expérience de promiscuité forcée leur apportera la gloire quand ils seront enfin libérés. Télés, journaux, studios de productions, le monde entier s’intéressera à leur aventure et ils seront enfin riches, reconnus, intéressants. D’où l’idée de souffrir le plus possible et d’en baver au maximum pour tirer son épingle du jeu et reléguer les autres à l’arrière-plan. Et que je me coupe les doigts pour faire mon mutilé, et que je me brûle, et que je mange de la chair humaine [un foetus préalablement ôté de la matrice d’une femme enceinte, c’est mieux, c’est plus vendeur], et que je fais mon malin en espérant être le premier sous les feux des projecteurs. Joli décor, donc.

Là où PALAHNIUK se plante, c’est qu’il espère nous intéresser avec cette pâle histoire aux conséquences prévisibles. Là où il ne se plante pas, c’est en alternant son scénario de nouvelles prétendument écrites par les protagonistes. La texture du roman est donc ultra classique, avec trame narrative principale et interludes bienvenues chapitres après chapitres. On y trouve également des poèmes, et on aura d’ailleurs raison de les oublier, tant ils sont médiocres [on nous dira que c’est voulu, on aura tort].

Bref, si tout ça ne va pas très loin, notamment à cause du côté systématique qui englobe l’ensemble, "A l’estomac" relève la tête avec brio si on se contente des nouvelles en oubliant l’histoire dans son ensemble. Et c’est ainsi que PALAHNIUK est grand, car ces tranches de vie sont toutes au mieux hallucinantes, au pire très correctes. Pêle-mêle, l’auteur nous raconte plusieurs choses : l’histoire de ce gamin qui colle son anus à la bonde d’une piscine, qui y laisse ses entrailles et qui doit sectionner son gros côlon [gonflé de merde] d’un coup de dent pour ne pas y passer [ce qui, dit-il, le dégoûte du calmar pour la vie]. L’histoire de vieux riches déguisés en pauvres qui se vautrent dans les poubelles pour passer inaperçus à Manhattan et vivre une nouvelle vie de débauche pleine de liberté. L’histoire de ce pauvre type qui cuit vivant dans une piscine d’eau chaude naturelle et qui se traîne des kilomètres avant de crever en insultant Dieu. L’histoire de cette fille qui donne des orgasmes aux hommes en leur massant les pieds et qui a le pouvoir de les tuer si elle appuie au bon endroit. L’histoire de ce cuistot qui découpe les critiques gastronomiques un peu mous à son égard question éloge. L’histoire de... non ça suffit comme ça, lisez-moi ce livre et qu’on en finisse.


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Vous voilà prévenu[e]s. "A l’estomac" est vraiment un formidable recueil de nouvelles. Toutes sont folles, sordides, honteuses, estomaquantes [justement], grotesques et drôles.

Mais ne cherchez pas de roman. Il n’y en a pas.


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