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Sa bibliographie compte 130 textes publiés, y compris des recueils de poésie, ou de nouvelles, des scénarios de bande dessinée, des livres pour enfants... il est également journaliste, chanteur et peintre [un aperçu de ses oeuvres sur son site personnel]... et pourtant il se dit totalement désorganisé ! Jean-Pierre ANDREVON, l’un des grands noms de la science-fiction française, qui s’était fait plus discret ces dernières années [on se souvient cependant de l’amusant "Zombies" aux Editions du Bélial’, 2004], revient en grande forme avec un roman post-apocalyptique, somme de tous ses espoirs et de toutes ses craintes, dans lequel il raye l’humanité de la carte...


- CC : Votre premier roman, c’est « Gandahar » en 1969, un grand succès, porté à l’écran, c’est bien ça ?

- J.-P. ANDREVON : Oui, pour le roman, mais j’avais déjà publié une nouvelles dans « Fictions » en mai 1968, [c’est tombé au hasard mais cette date m’est chère], ma première nouvelle dans un support professionnel. Et avant cela, j’avais publié pas mal de textes, de nouvelles et de critiques dans un fanzine. Ceci dit, je me souviens avoir écrit dès le lycée : j’ai écrit mes premiers textes à 14 - 15 ans, et l’écriture a toujours fait partie de ma vie.

- « Fictions », disparu en 1989, est réapparu l’an dernier, sous la férule de André-François RUAUD. Ca vous a fait plaisir ?

- JPA : Oui, ça me fait plaisir. Bien sûr, le trimestriel d’aujourd’hui ne ressemble pas au mensuel d’autrefois dirigé par DOREMIEUX. Mais qu’on ait eu envie de reprendre le titre, en conservant le graphisme original, ça fait plaisir. Je dois d’ailleurs écrire une nouvelle pour RUAUD, on s’est mis d’accord... pas pour des chroniques ou des rubriques comme je le faisais à l’époque, je n’ai plus le temps pour ça, mais oui, une nouvelle, au moins une, ça se fera.

- « Le monde enfin » est donc votre 130ème texte publié Comment faites vous pour trouver le temps d’être aussi actif et prolifique ?

- JPA : C’est une question qu’on me pose souvent, mais, personnellement, je ne me la pose pas. Sans doute parce que je n’ai pas la réponse ! J’organise mes journées sans les organiser. Je commence à écrire un peu le matin, et puis si j’ai envie de me mettre à dessiner, à faire des esquisses peut-être pour un tableau, je le fais. Si j’ai envie de me mettre à la guitare et de répéter une vieille chanson, ou d’égrainer quelques notes pour en composer une nouvelle, je le fais. Tout cela se fait dans le plus grand désordre, mais pour reprendre le mot de COCTEAU, « organisons ce désordre... ». Je n’ai pas de plan, je fais ce que j’ai envie de faire. Quand un manuscrit doit être rendu à une date donnée, je donne un coup de collier supplémentaire, mais en général, c’est inutile. Et puis il y a des journées où je ne fais rien du tout. Je suis un grand paresseux. Je suis un adepte de LAFARGUE, j’aime beaucoup cultiver la paresse.

- Quelle a été la genèse de « Le Monde enfin » ?

- JPA : Il se trouve que, en 1975, il y a trente ans, j’ai écrit une nouvelle qui s’appelait déjà « Le Monde enfin », pour un recueil collectif, « Utopies 75 », qui comprenait quatre longs textes, publié dans la collection de Gérard KLEIN, « Ailleurs & Demain », qui débutait ou presque. Dans cette nouvelle, la race humaine s’était éteinte, sans que la cause en soit précisée, et un vieil homme de 80 ans parcourait la France à cheval, rencontrait des petites communautés, ou des isolés, les dernières racines de l’humanité. Par la suite, au cours de ma carrière, j’ai fait d’autres nouvelles qui pouvait se rattacher à ce décor, ce monde vide, qui retourne à la nature et aux animaux. Je pense notamment à « La Trigresse de Malaisie », l’histoire d’une femme d’âge mûr qui se désespère de mettre une enfant au monde, et voit s’approcher l’âge de la ménopause, une nouvelle parue dans le recueil PdF « Il faudra bien se résoudre à mourir seul », tout un programme...

- Un titre tout à fait réjouissant...

- JPA : Oui, c’est vrai que je ne suis pas toujours réjouissant... Donc j’avais quatre ou cinq textes, écrit sur l’espace d’une vingtaine d’années, qui rejoignaient ces thèmes de la fin du monde et d’un renouveau écologique de la Terre. Un peu par hasard, j’ai eu envie de regrouper ces textes, d’en faire un recueil. Et finalement, je me suis décidé pour une saga qui raconte la fin de l’humanité, en commençant par l’épidémie, qui n’est pas nommée, qui peut-être la grippe aviaire ou le virus ebola... Ensuite, j’ai bouché les trous. La première nouvelle, « Le Monde enfin », je l’ai scindée en une douzaine de parties, autant que de nouvelles, pour en faire une sorte de respiration entre les textes qui raconte l’avancée de l’épidémie et la survie des rares rescapés. L’élaboration totale de ce livre s’est déroulée sur presque 30 ans... ce qui est sans doute assez rare pour être précisé.

- Vous semblez content du résultat, puisque vous dites sur votre site internet que vous considérez « Le Monde enfin » comme votre « grand-œuvre ».

- JPA : C’est mon grand-œuvre, oui. Parce que ce roman rejoint des thèmes que j’ai toujours traité : l’écologie, la fin du monde. Cela rejoint toutes mes angoisses : la dégradation de la planète, la pollution généralisée, la fin des ressources, la disparition progressive des espèces animales et végétales. Et pour contrer cela la disparition de l’espèce humaine. C’est le fantasme d’un écologisme radical - que je ne souhaite pas voire réaliser évidemment. Et cela rejoint certains souvenirs d’enfance : le paradis terrestre, Adam et Eve vivant en paix au milieu des animaux, Robinson Crusoë, Tarzan le seigneur des animaux vivant seul dans sa jungle... C’est l’œuvre de ma vie - sans que cela soit à prendre au pied de la lettre...

- La première nouvelle met en scène l’un des survivants, un officier français qui va être cryogénisé. Et il se réveille et découvre le monde d’après... C’est une plongée terrifiante, écrite avec un détachement terrible. Mais ensuite vos personnages, on le sent, vous tiennent davantage à cœur. Comme si vous naviguiez entre la misanthropie et l’amour de votre prochain.

- JPA : J’ai un amour profond pour la planète qui nous porte et nous fait vivre, et je suis accablé en voyant que l’Homme saccage cette planète et, peut-être, la mène à sa fin. Bien sûr les individus pris isolément sont, à l’exception de quelques salopards, tous dignes de vivre. Mais au total, ça fait un nombre de 6,5 milliards d’individus, sans doute 8 milliards en 2030, et c’est trop ! On sait maintenant que si tout les humains adoptaient le mode de vie des Etats-Unis, il faudrait 6 planètes Terre pour alimenter tout ce monde ! Alors il faut faire quoi ? Tuer tout le monde ? Probablement pas... mais si la population continue de se développer, comme c’est le cas aujourd’hui, notamment en Chine et en Inde, on court à la catastrophe dans quelques dizaines d’années. Il y a de quoi être effrayé... L’écrivain, face à cette situation, fait un bouquin. Parce que c’est beaucoup plus facile de tuer tout le monde sur le papier ! « Le Monde enfin » est parti de là. Et comme on ne peut pas écrire - quoique ce serait intéressant - sans personnage, j’ai sélectionner quelques survivants.

- Pourquoi cet officier français ?
- JPA : Quels sont les gens qui aurait le plus de chances de survivre ? Les militaires, bien sûr. Parce qu’ils ont des bunkers super-protégés des virus et des radiations. Mais il y aussi, pour incarner l’amour de la nature, un Professeur du muséum d’histoires naturelles de Paris, le deuxième personnage important du livre.

- C’est le cavalier...
- JPA : Oui, le cavalier octogénaire qui parcourt la France, et meurt enfin, assis sur son cheval, tandis que des plus jeunes incarnent peut-être un nouveau bourgeon humain.

- Ce « peut-être » est intéressant, parce qu’on a l’impression que l’humanité est en train de disparaître totalement, et pourtant il y a des signes d’espoir, comme ce pouvoir d’empathie avec les animaux... Et puis la fin reste ambiguë, vous ne prenez pas position...

- JPA : Non, je n’aime pas les romans qui finissent par une solution radicale. Là, il reste quatre couples, dont quelques uns sont peut-être des extra-terrestres rendus compatibles pour que la vie continue... Peut-être que la vie se finira avec eux, peut-être pas. Je n’ai pas voulu rentrer dans les cases de la SF : les singes intelligents qui prennent la relève, les chiens qui parlent ou les fourmis...

- Vous évoquez les cafards et les fourmis...

- JPA : Parce que, lorsqu’on craignait une fin du monde nucléaire, on savait que fourmis, cafards, coléoptères et chauve-souris survivraient sans doute aux radiations.

- J’ai lu que cela était notamment parce que cafard et fourmis pouvaient se passer de boire très longtemps, résister à des doses de radiations massives et - grand privilège - se permettre d’être cannibale... Avec votre virus meurtrier, vous rejoignez l’actualité de la grippe aviaire qui menace...

- JPA : On invente rien en science-fiction, on essaie à travers le présent de décrypter le futur. Les pandémies, il y en a toujours eu : la grippe espagnole a tué plus que la Première Guerre mondiale. La Grande Peste Noire au Moyen-Age a abattu la moitié de la population européenne... rien de nouveau en fait. Quand j’ai commencé à structurer « Le Monde enfin », je pensais à l’encéphalite spongiforme, et à l’ebola aussi... la grippe aviaire est arrivé, je ne l’ai pas fait exprès ! Que ce livre sorte au moment où l’on craint une épidémie de grippe aviaire me fait un peu sourire, finalement...

- « Le monde enfin », roman militant ?

- JPA : Non, les romans militants cherchent des solutions. La mienne est trop radicale pour être envisagée. Mais il est vrai que c’est un roman basé sur l’écologie. La Terre a vécu 5 grandes extinctions, dont celle qui, il y a 65 millions d’années, a vu la fin des dinosaures. On sait que nous sommes en train de vivre une sixième extinction, plus diffuse, plus lente, qui touche les animaux et la flore. Pour le moment ce sont surtout les insectes. Mais les gorilles des montagnes, le tigre, sont très menacées.

- Vous faites une liste au départ du livre...

- JPA : C’est une liste d’espèce réellement disparues... et j’ajoute que bientôt d’autres disparaîtront. Pourquoi pas l’Homme ? Nous sommes des animaux comme les autres. J’ai eu tout ça à l’esprit en composant ce recueil, cette saga. J’y ai mis mes espoirs, mes craintes, mais sans militantisme. Quand je dis « Peu importe que l’homme disparaisse, tant que la Terre demeure », évidemment on me fait les gros yeux, et ce n’est pas une solution que je prône. J’ai voulu dresser ce constat d’une Terre vidée de ses habitants, ce qui reste un thème classique de la SF. Je l’ai abordé d’un point de vue personnel à travers cette relation empathique développé par les survivants avec les animaux, comme Bastien qui traverse une expérience quasi mystique avec les éléphants d’Afrique.

- Vous allez plus loin avec un autre personnage, inoubliable du roman, la princesse des rats...

- JPA : Je pense qu’on peut très bien communiquer avec les animaux. C’est une certitude personnelle, qui vient de ma vie au contact de nombreux chats. Et puis, regardez la littérature : Mowgli et les animaux de la jungle, Tarzan, etc. Je n’ai rien inventé, c’est un désir que nous avons de vouloir communiquer avec les animaux.

- Pour autant, vous n’allez pas jusqu’ à faire des animaux la relève de l’Homme déchu.

- JPA : Je voulais rester dans un certain réalisme. Mes personnages n’ont pas de projets sociétaux. Ils ont survécu par hasard, ou peut-être grâce à une intervention ET. Je n’ai pas voulu créer des prolongements métaphysiques, tout est question de survie.

- Il y a tout de même un personnage mystique.

- JPA : C’est un homme qui perd sa femme, déchiqueté par les rats, et voit ses certitudes religieuses jetées aux orties. J’avais besoin de plusieurs types de personnages : le professeur, l’astronaute, le militaire, une ou deux femmes [aux rôles essentiels]... ils sont comme vous et moi, sans plus.

- Aujourd’hui, vous êtes déjà passé à quelque chose d’autres ?

- JPA : Je fais tellement de choses à la fois... je fais de la critique de cinéma dans « L’Ecran fantastique » et dans un magazine grenoblois. Et je travaille aussi sur un « Dictionnaire du cinéma fantastique et de SF », que je veux le plus exhaustif possible. Ca me prendra bien deux ou trois ans, j’imagine.

- Une sorte de « grand-œuvre » là aussi ?

- JPA : Oui, j’y passe plusieurs heures par jour... Et puis je prépare une exposition de peintures, qui rejoindra « Le Monde enfin » puisque ce sont des vues de ma ville, Grenoble, prise dans les changements climatiques qui s’annoncent : submergée par les eaux, prise dans les glaces... sans aucun personnage humain. Enfin je travaille sur plusieurs livres, dont un pour le printemps, « Vercors, juillet août 1944, la forteresse sacrifiée », loin de la SF, sur le massacre par les troupes allemandes des maquis du Vercors. C’est un thème qui me tient à cœur : je suis trop jeune pour avoir connu l’Occupation et la Résistance, et la question me hante : « qu’est-ce que j’aurai fait si j’avais eu 20 ans dans les années 40 ? ».

- D’autres projets de SF ?

- JPA : J’ai des chemises remplies de rêves jetés sur des feuilles de papiers... quelques rééditions en prévision aussi, chez un petit éditeur, Rivière blanche. Et j’ai quelques projets plus ambitieux... mais il faut pas trop en parler...

- Des lectures de SF récentes ?

- JPA : Je suis très fidèle à certains auteurs comme Robert SILVERBERG, dont le lis les œuvres régulièrement. Mais je lis moins de SF qu’il y a 20 ans... le temps manque, le temps, le temps... Mais j’ai lu récemment un roman anglais, « Les îles du soleil » de Ian Mac LEOD, une uchronie sur une Angleterre devenue fasciste à la place de l’Allemagne dans les années 40. C’est un thème qui m’intéresse, comme je le disais tout à l’heure [la Seconde guerre Mondiale, la Résistance aux tyrannies]. Et j’ai surtout été touché par une qualité d’écriture - et de traduction - assez exceptionnelle, avec une attention portée à la Nature, aux sens, au coucher de soleil.. j’ai beaucoup aimé. C’est mon petit coup de cœur de ces derniers mois.


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