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AYERDHAL : "Il y a beaucoup de gens qu’on ne voit pas, ou qu’on ne veut pas voir"

Lorsque l’auteur de SF le plus respectable de France, le plus régulier en qualité, le plus engagé dans le propos, s’attaque de front à un genre aussi cadré que le polar, cela donne... "Transparences", un roman noir d’investigation psychologique zébré de fulgurances ultra-violentes... quand un psychologue mal dégrossi traque une serial-killeuse samouraï douée d’invisibilité...

Attention : le nouveau roman d’AYERDHAL décoiffe aussi à l’intérieur du crâne !


- AYERDHAL : C’est un livre auquel je suis particulièrement attaché parce qu’il m’a demandé beaucoup de travail. Il doit faire 550 pages environ, mais j’en ai écrit plus de 1500 ! Au départ, l’histoire se déroulait sur six années. Mais c’était trop ambitieux, je ne m’en sortais pas, je n’arrivais pas à faire ce que je voulais avec les personnages, j’ai dû beaucoup couper. En plus j’écrivais pour Marion [Marion MAZAURIC, éditrice du Diable Vauvert], qui est aussi une amie, et je l’ai plantée en date, puisque le livre aurait dû être terminé il y a deux ans.

Aujourd’hui j’attends qu’il soit mis en vente avec impatience, plus que pour n’importe lequel de mes précédents bouquins, même le premier. J’ai besoin de mettre un terme à l’aventure, de sentir que le livre est réellement terminé.

- Le Cafard cosmique : Le polar est un genre nouveau pour vous. Est-ce pour cela que vous avez eu des difficultés à écrire ?

- AYERDHAL : Nouveau, plus ou moins. Certains de mes précédents romans sont à la frontière du polar et de la S.F., [comme « L’Homme aux semelles de foudre » par exemple] donc j’ai déjà touché au genre. Mais ce qui m’a rendu l’exercice difficile, c’est que j’ai attaqué celui-ci avec l’esprit rigoriste de la S.F.

Parce que - et là je vais faire plaisir aux amateurs de S.F. - la S.F. est un genre exigeant qui demande beaucoup de rigueur intellectuelle et scientifique, aussi bien dans les sciences exactes que dans les sciences humaines. Pour avoir la même rigueur dans mon thriller, j’ai effectué beaucoup de recherches, beaucoup plus qu’il n’était souhaitable pour avancer sereinement.

- CC : Quelles sortes de recherches ?

- AYERDHAL : En psychologie et en criminologie, par exemple. Je voulais être un minimum crédible pour les spécialistes et rester lisible par les profanes. Or ce sont des sciences qui ont, entre autres, leur propre vocabulaire, avec des mots que tout le monde connaît mais chargés d’un sens différent Cela m’a donné du fil à retordre, c’était difficile de jongler avec les deux, être précis et lisible à la fois.

Il n’a pas été facile non plus de s’informer sur les différents services impliqués dans mon histoire. Disons qu’ils préfèrent que les romanciers tâtonnent ou affabulent, quitte à commettre les pires contrevérités, plutôt que de s’exposer au grand jour. Du coup, je me suis beaucoup servi du net et j’ai perdu pas mal d’heures en vérification. De nombreux éléments du roman sont authentiques ou reposent sur des anecdotes ou des faits divers réels. J’ai aussi beaucoup bossé sur Echelon, la NSA et les connexions entre les agences de renseignement. J’en ai sûrement trop fait, mais je ne suis pas mécontent du résultat. D’ailleurs j’ai accumulé beaucoup d’infos et j’en garde sous le coude pour la prochaine fois.

- CC : Etes-vous un amateur de polar ?

- AYERDHAL : J’en lis un peu et il m’arrive de m’y ennuyer ou d’avoir la désagréable impression de revoir toujours le même film. Je suppose que, comme tout le monde, j’ai mes têtes : Didier DAENINCKX, Christopher MOORE, Eduardo MENDOZA, Daniel PENNAC, James ELLROY... encore que, pour celui-ci, je goûte assez peu les idées qu’il véhicule.

- CC : Certains passage de « Transparences » rappelle le DANTEC des « Racines du Mal »...

- AYERDHAL : Pour commettre un euphémisme, je dirai que j’ai encore moins d’affinités avec DANTEC qu’avec ELLROY. De toute façon, il suffit de lire « L’Echiquier du Mal » de Dan SIMMONS pour relativiser « Les racines du mal » de DANTEC, quelles que soient les qualités de celui-ci. Ce sont deux façons de travailler radicalement différentes. DANTEC a la foutue manie de partir en vrille, idéologiquement et structurellement, là où SIMMONS conserve une parfaite maîtrise de son propos et de ses personnages.

- CC : Découvrons les personnages de « Transparences ». Dans le rôle de « l’enquêteur », Stephen...

- AYERDHAL : C’est quelqu’un que je n’inviterais pas à boire un verre, en tout cas tel qu’il est au début du roman : il a une vision trop étroite du monde, il se sert des autres, il est misogyne avec l’air de ne pas y toucher, il ne sait pas se situer et il peine à prendre toute décision. En plus, il a de grosses carences émotionnelles ! Mais j’ai voulu un personnage qui fonctionne malgré tous ses travers et, heureusement, il évolue. D’ailleurs, les lectrices en parlent comme d’un personnage très humain, très masculin précisément. J’espère que c’est surtout parce qu’il évolue au fil des événements.

- CC : Michel, son ami SDF ?

- AYERDHAL : C’est le premier né des personnages du livre. Il s’appelle Michel, comme un copain d’école que j’ai retrouvé des années plus tard sur ce même banc où Stephen le rencontre dans le roman. Michel était devenu SDF. Je l’ai croisé pendant quelques années, puis un jour il a disparu. Est-il parti zoner ailleurs, s’est-il réintégré, est-il devenu si transparent que même moi je ne le vois plus ? Je n’en sais rien. Je sais juste que c’est un archétype de ces fantômes que nous faisons tout pour éviter parce que ce qu’ils représentent est intolérable ou terrifiant et que nous n’avons pas le courage de changer le monde. Dans le roman, c’est justement grâce à lui que Stephen évolue.

- CC : Le personnage de Michel renvoie lui-aussi à l’idée de « transparence » : le SDF, celui qu’on ne veut pas voir...

- AYERDHAL : Oui. Il y a beaucoup de gens comme cela, des gens qu’on ne voit pas, qu’on ne veut pas voir : tous ceux qui nous rappellent la misère ou les détresses auxquelles on espère échapper.

- CC : Et puis il y a le personnage central, Naïs...

- AYERDHAL : C’est un personnage féminin très « ayerdhalien » ! Celui qui agit, celui qui choisit, celui aussi par qui la violence arrive. Mais au-delà des actes horribles que Naïs commet, elle n’est pas moins douée d’humanité que quiconque. Il y a des gens qui ont vécu des choses terribles, qui ont connu des souffrances intenses, qui en ont eux-mêmes provoquées mais qui, malgré tout, se sont reconstruit une vie. Leur existence ne pourra jamais être celle de tout le monde mais, sans parler de rédemption ni même de pardon, il me paraît plus sain de les juger sur ce qu’ils sont devenus plutôt que sur ce qu’ils ont été. J’en profite d’ailleurs pour renouveler mon soutien à Cesare Battisti en m’insurgeant contre l’iniquité de l’extradition dont on le menace.

- CC : "Transparences" n’est-il pas, de ce point de vue notamment, un roman politiquement "engagé" ?

- AYERDHAL : J’espère bien que tout ce que j’écris est engagé, car je n’écris que parce que je ne sais pas parler et que, dans mon outrecuidance, je crois avoir quelque chose à dire.

- CC : D’où vient le talent fantastique de Naïs pour la « transparence » ?

- AYERDHAL : Il y a longtemps que je voulais construire quelque chose autour de la transparence développée par Roland C. WAGNER dans sa série des « Futurs mystères de Paris ». [NDLR : Le personnage de Roland C. WAGNER, le détective privé Tem, passe totalement inapperçu, en presque toutes circonstances. Pour tenter de se faire remarquer, il porte un borsalino vert fluo...]

Mais je souhaitais le faire dans le monde réel, pas dans une histoire de science-fiction. D’où le « talent » de Naïs. Au début, il ne me paraissait pas nécessaire de fournir d’explication : elle est « transparente », les gens qu’elle croise ou à qui elle parle ne se souviennent pas d’elle, c’est tout. Puis, c’est Stephen [le personnage du roman] qui a trouvé une explication : Naïs est capable de manipuler les signaux extérieurs qui font que les autres nous identifie, les signaux visuels, auditifs et olfactifs, les façons de se tenir, de marcher, tout ce qui fait que l’on nous reconnaît toujours.

- CC : Naïs, par ailleurs, manie le sabre avec dextérité : le rapprochement avec le personnage interprété par Uma THURMAN dans le film de Quentin TARENTINO, « Kill Bill », est-il permis ?

- AYERDHAL : Je n’ai pas vu « Kill Bill ». La jeune femme experte en maniement du sabre japonais, c’est un fantasme... assez personnel !

- CC : Etes-vous déjà passé à autre chose ?

- AYERDHAL : J’ai encore trop la tête dans "Transparences" pour être vraiment efficace. Les personnages de Stephen et Naïs m’ont obsédé, je vivais avec eux, trop sans doute... J’ai vraiment hâte que le livre sorte en librairie. Et puis pour la première fois depuis longtemps, je ne suis plus tenu par aucun contrat d’édition. C’est une liberté que j’ai envie d’exploiter en prenant mon temps. Ceci dit, je travaille quand même. J’ai un projet de Space Opera dont les personnages centraux sont des diplomates... si j’avance bien, cela pourrait être terminé pour juillet... on verra... il est tout aussi possible que je m’offre le luxe de ne jamais le finir et de passer à un autre bouquin...


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de AYERDHAL [et d'autres critiques]

Mr.C