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Première publication le 01/11/2005
Publié le 20/10/2007

Le gouffre de l’absolution de Alastair Reynolds

[Absolution gap, 2003]

ED. PRESSES DE LA CITE, OCT. 2005 - REED. POCKET SF, OCT. 2007

Par K2R2

En l’espace de quatre romans et une poignée de nouvelles, Alastair Reynolds s’est constitué une solide réputation d’écrivain de science-fiction talentueux. A juste titre car aux côtés de quelques-uns uns de ses collègues venus de Grande Bretagne, tels Iain M. Banks, Ken MacLeod ou bien encore Charles Stross, il semble avoir redonné un second souffle au space opera. Avec "Le gouffre de l’absolution", il nous propose tout simplement de clore le cycle très réussi des Inhibiteurs.


Dans L’arche de la rédemption, Reynolds nous laissait sur notre faim en annonçant le début d’un terrible conflit entre humains et Inhibiteurs, ces machines ultra-perfectionnées venues des temps les plus obscurs de notre galaxie pour annihiler les espèces intelligentes trop envahissantes...

Que le lecteur se rassure, le moment tant attendu est arrivé. Après avoir détruit le système de Resurgam, les Inhibiteurs s’attaquent au reste de la galaxie, réduisant en poussière les planètes colonisées par l’homme. Seuls les Conjoineurs, ces humains qui vivent et communiquent en réseau à l’aide d’implants cybernétiques ultra-perfectionnés, ont encore l’audace de leur résister, grâce à leur technologie hautement sophistiquée. Mais même les Conjoineurs ne peuvent espérer l’emporter sur la puissance destructrice des Inhibiteurs et la fuite semble être la seule solution viable à court terme, d’autant plus que plusieurs factions s’affrontent au sein même du clan conjoineur.

C’est ainsi que nous retrouvons Clavain, ce Conjoineur dissident qui a permis l’évacuation des habitants de Resurgam, et quelques-uns des principaux personnages de l’épisode précédent. Malgré leur exil, les réfugiés de Resurgam sont rejoints, près de vingt ans après leur arrivée sur Ararat, par le conflit opposant Conjoineurs et Inhibiteurs. La faction conjoineur menée par Skade a été vaincue par la faction menée par Remontoir, un ami de Clavain. Désormais unis, les Conjoineurs sont cependant sur le point de tirer leurs dernières cartouches face aux Inhibiteurs, leurs armes les plus sophistiquées semblent être de moins en moins efficaces contre les machines destructrices, qui développent régulièrement de nouvelles parades.

Mais avant de succomber, les Conjoineurs souhaitent sauver les exilés d’Ararat et leur confient leurs technologies les plus avancées pour avoir les meilleures chances de fuir. 17000 réfugiés embarquent donc à nouveau à bord du Spleen de l’infini, ce gigantesque Gobe Lumen hanté par la personnalité étrange de son capitaine. Pourtant c’est sur une petite fille d’à peine quelques semaines que semblent reposer les espoirs les plus tangibles des survivants. A moins que la solution ne soit sur Hela, une lune glacée sur laquelle une étrange religion s’est développée autour des éclipses inexpliquées de sa géante gazeuse.

Après un premier volet prometteur, mais décevant sur certains points, un second réussi mais en marge de l’intrigue initiale des Inhibiteurs, un troisième qui renouait avec cette intrigue mais accusait quelques longueurs, voici que Reynolds semble avoir enfin trouvé un juste équilibre entre un foisonnement d’idées qu’il avait parfois du mal à exploiter et une narration enfin totalement maîtrisée.

La première partie du roman reprend un procédé d’écriture que Reynolds semble particulièrement apprécier et qui consiste en une rétro-narration assez bien menée et agrémentée de flashbacks, un peu à la manière de « L’usage des armes » de Banks, en bien plus limité cependant car l’auteur abandonne rapidement ce procédé pour une narration plus classique. Cette technique a le mérite d’accrocher rapidement le lecteur, de mettre efficacement l’intrigue en place tout en rappelant certains éléments essentiels des volets précédents. Habile, étant donné la complexité de cet univers.

Tout ceci se lit sans déplaisir, mais il faut bien avouer que l’histoire ne se révèle qu’à partir de la 400ème page, et là, autant vous prévenir tout de suite, accrochez bien vos ceintures parce que ça déménage. Action débridée, révélations de dernière minute, retournements de situations, vous en aurez assurément pour votre argent, d’autant plus que Reynolds semble avoir des idées à revendre et ne se prive pas pour nous en faire profiter en sortant l’artillerie lourde. C’est étonnamment jouissif et on se moque pas mal de savoir si le résultat recèle une once de crédibilité ; bien que sur le plan de la cohérence scientifique on lui fasse entièrement confiance.

Les amateurs de SF pure et dure seront à la fête tant l’auteur semble maîtriser à la perfection tous les genres, du space opera à la hard science, en passant par le cyberpunk ; Reynolds atomise la frontière des genres et nous en propose une synthèse étonnamment digeste et on ne peut plus enthousiasmante.

On le savait déjà, Reynolds est particulièrement habile lorsqu’il s’agit d’installer une ambiance, on navigue ainsi entre une atmosphère ultra-technologique [avec les Conjoineurs par exemple] et une atmosphère on ne peut plus gothique, notamment sur Hela, avec ces gigantesques cathédrales qui évoluent à la surface de la lune gelée le long d’une voie centrale à la recherche perpétuelle de l’optimum [remarquez que ça me rappelle également un certain roman de Christopher Priest...] ; assurément l’une des grandes réussites de ce cycle. Certes tout n’est pas rose au pays des Inhibiteurs et certains défauts demeurent présents dans cet ultime épisode. Ainsi, si les personnages principaux sont plutôt réussis, d’autres sont au contraire bien trop rapidement esquissés, voire complètement artificiels [notamment le fameux Vasko].


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Les relations entre les personnages manquent étonnamment de chaleur, en dépit des efforts de l’auteur pour rendre tout ce petit monde attachant, dommage car Reynolds a su éviter le piège du manichéisme. Mais il ne suffit pas d’inventer un passé à ses personnages pour leur donner vie et les rendre crédibles. Autre regret, comme pour les tomes précédents, la fin est encore une fois un poil ratée, ce qui un peu ennuyeux pour un roman censé clore une saga aussi magistrale.

Pardonnons ce petit deus ex machina final au regard de la très grande réussite de ce space opera gothique flamboyant, à mon avis le meilleur de la série.