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Publié le 28/08/2009

Aller simple de Carlos Salem

[Camino de ida, 2007]

ED. MOISSON ROUGE, MARS 2009

Par Ubik

Imaginez un road movie surréaliste, jalonné de rencontres incongrues et comportant son comptant de sexe et de violence, désamorcé de tout voyeurisme par un humour ravageur. Représentez-vous une sorte de récit initiatique où le narrateur rencontre, chemin faisant, l’icône hispanique Carlos Gardel, et vous aurez ainsi un aperçu sommaire de Aller simple, le roman de Carlos Salem.
Le synopsis surprend, surtout les aficionados de la culture argentine. Certes pas au point de crier au sacrilège, encore qu’il faille se méfier avec cette engeance fanatisée, comme il y a lieu de le faire avec tous les adeptes monomaniaques. Loin d’avoir péri dans cet accident d’avion du côté de Medellin en 1935, le célèbre chanteur de tango a poursuivi son existence, endossant une nouvelle identité pour s’immerger ensuite dans l’anonymat. Lorsque le roman de Carlos Salem commence, l’artiste argentin coule des jours tranquilles dans l’Atlas, au milieu d’une communauté de hippies. Une retraite qui semble toutefois sur le point de s’achever, tant son désir d’assassiner le sirupeux Julio Iglesias, coupable à ses yeux d’avoir profané l’esprit du tango, est devenue irrésistible.
Bref, joli point de départ pour un roman qui s’avère supérieur à la somme de ses parties.


Gijon mérite incontestablement le titre de capitale du roman noir hispanique. La cité asturienne a vu naître Paco Ignatio Taïbo II, un des chefs de file du genre dans le domaine hispanophone. Depuis 1987 s’y déroule le festival de la Semana Negra ; une dizaine de jours de festivités, de discussions informelles ou pas, s’achevant par une remise de prix. La concordance de ces deux faits ne doit évidemment rien au hasard, Paco Ignacio Taïbo II étant le principal organisateur de cette manifestation estivale.
Primé en 2008, Aller simple s’inscrit dans cette catégorie de romans qui se joue des étiquettes et envoie valdinguer sans aucun scrupule toutes les velléités de classification. Même si l’intrigue emprunte ses ressorts et ses motifs au roman noir, Aller simple n’usurpe pas au final le qualificatif d’objet littéraire non identifié. Le lecteur jugera de lui-même après avoir consulté ces quelques lignes.

Le narrateur, Octavio, assiste à la mort brutale de son épouse, une mégère notoire comme on l’apprendra progressivement, avec qui il file depuis une vingtaine d’années le plus parfait asservissement conjugal. A la fois choqué et soulagé, le bougre s’empresse de pousser le corps ventru de sa femme sous le lit de leur chambre d’hôtel à Marrakech. Après avoir vidé le minibar, Octavio sympathise dans le hall dudit hôtel avec Raùl Soldati, un émigré argentin qui se présente à lui comme homme d’affaires et révolutionnaire. L’escroc l’embarque incontinent dans une tournée des bars et des bordels de la ville et, suite à un concours de circonstances abracadabrantesques, Octavio bascule dans l’illégalité, poursuivi à la fois par la police et par un dangereux criminel bolivien. Il entame ainsi un périple joyeusement loufoque, jalonné par des rencontres bizarres, sur fond de coupe du monde de football ; un voyage qui lui révélera autant sur sa personnalité que sur certaines parties de son anatomie.

La tentation est grande de rapprocher Carlos Salem de son alter ego nord-américain Christopher Moore, mais Aller simple rappelle aussi l’œuvre de Marc Behm. Lorsqu’on se laisse porter par le récit des aventures d’Octavio, comment ne pas penser à Fecunditatis, le héros de Tout un roman !, le titre le plus délirant de Behm.
Avec Aller simple, Carlos Salem désamorce les poncifs du roman policier sans basculer complètement dans la caricature grotesque. Il dynamite son cadre avec une dinguerie fort réjouissante, suscitant plus d’une fois le sourire voire la franche rigolade.
Au-delà de la loufoquerie des situations et des personnages, Aller simple s’avère aussi un texte d’apprentissage, une quête où chacun se cherche une raison vitale d’aller de l’avant, histoire de poser toujours plus loin son sac. Finalement la destination du périple entamée par Octavio importe bien moins que ses rencontres impromptues, les péripéties de son voyage et les réflexions qu’elles génèrent dans son esprit.

« L’important c’est d’aller, de faire, de rire, de peupler, de vivre. Ce sont des verbes, de l’action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance, bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce qu’être malheureux, c’est aussi un choix, mais un choix de merde. »


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Bref, le roman de Carlos Salem est une incitation sincère à vivre pleinement. Une invitation à suivre toute affaire cessante car, ne l’oublions pas, la vie n’est qu’un aller simple.

« Esta noche me emborracho bien, me mamo bien mamao pa’ no pensar »