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Publié le 01/03/2009

Alpha (directions) de Jens Harder

ED. ACTES SUD / L’AN 2, JANV. 2009

Par Ubik

C’est d’outre-Rhin que provient sans aucun doute le projet graphique le plus excitant du moment. Alpha (directions) est présenté par son auteur, Jens Harder, comme le premier volet d’une trilogie monumentale qui traitera, par la suite, de l’évolution de l’Homme et de ses civilisations [Beta (civilisations], et qui s’achèvera avec une visualisation de son futur [Gamma (visions].

D’ores et déjà, on peut affirmer que cette œuvre-monstre est appelée à devenir une référence dans les domaines de la vulgarisation scientifique et de la bande-dessinée.


Alpha (directions) est le troisième ouvrage de Jens Harder paru dans la collection L’An 2 des éditions Actes Sud. De l’auteur, berlinois d’adoption, on a pu déjà lire La cité de Dieu, une immersion profonde dans le quotidien de Jérusalem, et Léviathan, une rêverie aquatique prenant pour sujet d’inspiration Moby Dick, Milton et Hobbes. Toutefois, il semble bien que Alpha (directions) soit une œuvre d’une ampleur supérieure, convoquant rien moins que quatorze milliards d’années d’évolution et de représentation de ce processus ; du Big Bang à nos jours.

L’entreprise paraît relever de la gageure tant la période embrassée par ce projet est vaste et tant la masse de documentation à rassembler est imposante. Par ailleurs, le risque pour le lecteur de s’y ennuyer est plus que probable (il faut reconnaître que les cinquante premières pages sont d’une abstraction que l’on peut juger rebutante). C’est pourtant avec une aisance étonnante que Jens Harder relève le défi, produisant 350 pages globalement passionnantes sur le Grand Récit de la Vie, pour paraphraser Michel Serres, que l’on peut lire dans un sens comme dans l’autre, comme le dessinateur le précise malicieusement en fin d’ouvrage, dans une note à destination des lecteurs de Manga.

C’est donc à une remontée ou à une descente (au choix) des multiples voies, souvent sans issues, et bifurcations empruntées par la vie, pour se développer et prospérer, que nous invite le dessinateur. Pour réaliser cette entreprise, il recycle l’abondante iconographie tirée de la recherche scientifique. Cosmologie, physique, chimie, biologie moléculaire, paléontologie et archéologie sont sorties de leur contexte académique et prennent littéralement vie sous nos yeux par le truchement du découpage dynamique et des effets de stylisation de Harder. On assiste ainsi au spectacle de la naissance de l’Univers puis de la Terre. On voit croître, s’effacer ou s’adapter des branches entières d’une vie proliférante qui s’étend sur des éons, sans que l’auteur ne fasse apparemment l’impasse sur aucun de ses aspects. Et tout cela avec une fluidité et une lisibilité qui impose le respect.

En contrepoint de ce récit, Harder convoque une imagerie qui doit davantage à l’imagination humaine qu’à l’observation méthodique de l’animé et de l’inanimé. Mythologies, religions et créations populaires contemporaines s’offrent dans leur fantaisie comme un témoignage décalé et anachronique. Elles entrent en résonance avec l’exposé didactique de l’évolution dont les nombreuses représentations imaginaires semblent parfois être, d’une façon troublante, très proches de la réalité établie scientifiquement.

Dans ses choix de narration, Jens Harder ne s’autorise que peu d’écarts. La chronologie des événements est respectée à la lettre, ce qui donne lieu à des premières pages vierges ou presque. Le texte est réduit à la portion congrue dans un récit qui démarre sans préambule, et dont le déroulement est à peine rompu par quelques rappels chronologiques succincts.

Bref, les fioritures sont plutôt à découvrir dans le graphisme pointilleux, pour ne pas dire encyclopédique, et dans la mise en scène des images. Et même s’il ne prétend pas à la plus complète exhaustivité, Jens Harder réussit, avec Alpha (directions), à faire œuvre, à la fois, de vulgarisateur, de philosophe (naturaliste, bien entendu) et d’artiste. Chaque page vient nous rappeler que si l’Homme se (re)présente comme le terme de l’évolution, il n’est en fait que le produit d’un extraordinaire hasard. En somme, peu de chose au regard du Grand Récit de la Vie.


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Lorsque Alpha (directions) s’achève nous ne sommes qu’à l’aube de l’Humanité. Reste encore à découvrir de quelle manière Jens Harder va mettre en images l’évolution des premiers hominidés et la naissance des civilisations.

Avouons sans ambages que l’on est très impatient, même si l’on en connaît la fin provisoire, de poursuivre ce voyage.