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Publié le 06/12/2009

American Falls de Barry Gifford

ÉD. 13E NOTE, SEPTEMBRE 2009

Par PAT

Archétype du romancier américain curieusement méconnu en France, Barry Gifford fait partie des inconnus célèbres. On lui doit notamment le roman Sailor & Lula, adapté au cinéma par David Lynch himself avec le succès que l’on sait. Romancier, scénariste et finalement homme de lettres complet, Barry Gifford fait l’objet d’un suivi attentif aux éditions 13e Note (dont on recommande chaudement les productions aux couvertures et aux traductions soignées). On attend notamment Une éducation américaine en 2010, œuvre dont la réputation n’est plus à faire.


C’est avec curiosité qu’on ouvre American Falls, court recueil de nouvelles assez hétéroclites sur la forme comme sur le fond, et dont la justesse de ton donne furieusement envie d’en savoir plus. Avec une économie de moyens remarquable, Barry Gifford dresse le portrait d’êtres humains fragiles et souvent perdus, simples et toujours touchants. Si American Falls est un recueil américain au sens littéraire, il n’en reste pas moins très ouvert sur le monde, la quasi totalité des textes se déroulant en Europe à des époques différentes. On passe ainsi du sud de l’Idaho profond (la nouvelle-titre) au Mexique de la frontera (« Deux récits de frontière »), après quelques détours par l’Italie contemporaine (« Un bon prix », « Vendetta ») ou l’Égypte au seuil de la modernité (« Le Palais jaune »). Gifford mélange personnages historiques et faits divers romancés, pures fictions et vagues dérives aussi courtes que percutantes. Cet apparent fourre-tout égare d’abord le lecteur, avant de le convaincre par petites touches, au fil des pages et des situations tour à tour tragiques, drôles, sanglantes ou absurdes, parfaits résumés miniatures de la condition humaine.

On évoquera ici deux cas emblématiques : la nouvelle « American Falls » met en scène une famille de japonais installés dans l’Amérique profonde propriétaire d’un modeste Motel. Véritables américains, leurs enfants font partie de cette génération d’immigrés parfaitement à l’aise dans leurs deux cultures et symptomatiques d’une certaine forme d’intégration inconnue en Europe. Hasard de l’antiracisme, conscience de classe ou simple souci d’humanité, le père oublie de mentionner la présence d’un noir dans son motel, noir que recherchent activement deux flics aussi massifs que racistes et stupides. C’est un dérapage, presque rien, un acte sans grandes conséquences, mais Gifford y met beaucoup plus, au point de submerger son lecteur d’interprétations possibles. Du grand art, maîtrisé de bout en bout, intelligent et impeccablement conduit.

Plus loin, « Un bon prix » relate un simple incident de parcours. Un acteur italien quitte Rome et se retrouve dans son village natal. Ni célèbre, ni inconnu, l’homme se contente de prendre un café dans un bar et se fait alpaguer par la mafia locale. Rien de grave, juste une rançon pour sa voiture. Un bon prix. Absurde et franchement hilarante, décalée, mais triste et nostalgique, la nouvelle stupéfie par son intelligence, sa simplicité, sa douceur et son ton. C’est sans doute le texte qui justifie à lui seul le recueil et qui symbolise le mieux la technique narrative de Gifford. Un quotidien banal qui dérape doucement, sans avertir, mais inéluctablement. Au final, la violence ne l’emporte pas toujours. Quant aux personnages, ils assistent au vent de l’histoire, souvent impuissants, parfois spectateurs, parfois témoins, parfois acteurs, mais jamais très volontaires.


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Parfait pour s’attaquer au cas Barry Gifford, American Falls fait partie des petites merveilles qu’on prend le temps de déguster. Faussement simple, aussi roublard que naïf, le recueil distille lentement sa petite musique pour mieux nous balancer son évidence en plein visage : Barry Gifford joue dans la cour des grands noms de la littérature anglo-saxonne. Et il est temps que la France s’en rende compte.