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Publié le 28/04/2006

« Après le tremblement de terre » de Haruki MURAKAMI

REED. 10-18 / DOMAINE ETRANGER, 2002

Par K2R2

Les amateurs de séismes, inondations, incendies, éruptions volcaniques et autres catastrophes en tous genres se frotteraient sans doute déjà les mains à l’idée de lire un roman au titre aussi évocateur, mais il risqueraient de connaître une cruelle désillusion, car de sang, de larmes et d’exploits héroïques, il n’en est ici pas question. Enfin, pas au sens où on pourrait l’entendre habituellement pour ce type de littérature.


Haruki MURAKAMI est originaire de Kobe, grande ville de l’Ouest du Japon, rendue tristement célèbre par le terrible séisme de 1995, mais ce qui intéresse l’écrivain japonais c’est « l’après » de son titre et non « le tremblement de terre » en lui même, c’est l’impact de la catastrophe sur des destins personnels. Alors l’auteur a choisi un angle particulièrement audacieux et n’évoque jamais directement le drame, d’ailleurs il n’entraînera pas le lecteur dans les rues dévastées de Kobe, laissant tout cela en arrière plan et ne l’évoquant qu’indirectement, à l’occasion d’un reportage télé ou d’une conversation.

A travers six courtes nouvelles, MURAKAMI nous propose un instantané, un bref aperçu de la vie de ses personnages englués dans leur quotidien. Aucun n’a de rapport direct avec le temblement de terre, personne ne l’a vécu physiquement, et pourtant l’événement aura un impact définitif sur leur vie. Contrairement à une technique narrative éprouvée, aucun personnage ne se croisera, aucun lien de parenté, d’amitié ou tout simplement le hasard n’aurra à faire se rencontrer ces multiples destins. Seul le tremblement de terre est leur fil directeur, comme le contrepoint étonnant de cette fameuse théorie du chaos où le battement d’aile d’un papillon peut influencer le cours des choses. A petite cause grands effets ? Murakami, lui, semble répondre, à grande cause petits effets [si tant est qu’un divorce puisse être un petit effet].

Le texte d’ouverture, intitulé « un ovni a atterri à Kushiro », est le parfait exemple de cette perspective d’écriture. Le personnage principal mène une vie plutôt tranquille, la trentaine bien consommée il a rompu avec son ancienne existence de coureur de jupons invétéré, pour se marier avec une jeune femme plutôt commune. Une union que nombre de ses amis lui ont déconseillée, mais dans laquelle il semble pourtant avoir trouvé le repos. Mais un jour comme un autre, alors qu’il rentre de son travail, avec la régularité d’un métronome, il trouve sa femme affalée sur le divan, comme hypnotisée par la télévision. A l’écran, un reportage brûlant sur le tremblement de terre de Kobe. Sa femme reste des heures devant le petit écran, à absorber le flot continu d’informations concernant la catastrophe. La journée, la nuit, et ce tous les jours depuis le séisme, elle reste face à l’écran, ne dormant plus, ne s’alimentant plus, ne parlant plus à son époux. Et puis un jour elle part. En rentrant du travail Komura trouve un mot laconique sur la table de la cuisine. Sa femme, ses effets personnels, tout à disparu, comme si son mariage n’avait été qu’une parenthèse.

Les autres nouvelles sont construites sur le même principe, le lien avec le tremblement de terre de Kobe est parfois même encore plus ténu, mais il est toujours présent.

On fera la connaissance d’un jeune couple adepte de feux de plage, d’une spécialiste en endocrinologie partie en vacances en Thaïlande, d’un jeune orphelin à la recherche de son père et d’un écrivain solitaire amoureux d’une ancienne amie de fac. La plupart du temps, le ton de ces textes est grave, voire parfois même déprimant tant Murakami dispose d’un talent hors norme pour décrire la banalité du quotidien et le spleen de l’existence. Et pourtant le lecteur est captivé, comme s’il retrouvait un écho à son propre vide intérieur, à une question qui le taraude depuis toujours : pourquoi vivons nous ? L’auteur n’apporte aucune réponse à cette question, et on l’en remercie, la philosophie de comptoir n’étant pas apparemment sa tasse de thé. En revanche, il nous conforte dans une certitude : nous ne sommes pas seuls à nous poser la question. Et quelque part, le lecteur en est rassuré.

Pour autant, l’homme sait parfois user d’humour. Dans la nouvelle intitulée « Crapaudin sauve Tokyo », il imagine une grenouille géante venue toquer à la porte d’un simple employé de banque pour requérir son aide dans un combat épique qui devra l’opposer à Lelombric, un ver géant qui menace les fondations de la ville de Tokyo. Un texte burlesque, qui lorgne du côté du fantastique, tout en restant suffisamment habile pour échapper à toute classification.


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Ecriture fluide et limpide, traduction soignée, traitement thématique original et technique narrative impeccablement maîtrisée, Haruki MURAKAMI est un écrivain pour le moins impressionnant.
Certains en font déjà un futur prix nobel de littérature, c’est tout le mal qu’on lui souhaite tant cet auteur a su convaincre aussi bien le public que les critiques les plus exigeantes.