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Première publication le 18/02/2007
Publié le 05/10/2007

« Aqua™ » de Jean-Marc LIGNY

ED. L’ATALANTE, OCT. 2006

Par K2R2

Dans la série des romans que l’on chronique à la bourre c’est Aqua™, de Jean-Marc LIGNY qui s’y colle ; un roman volumineux dont l’origine remonte à un certain Aqua, du même auteur, publié au fleuve noir. Si l’ambition du premier est sans commune mesure avec celle du second [le petit ajout au titre donne d’ailleurs une tout autre dimension au roman], il reste néanmoins un thème commun, celui d’une guerre pour l’eau sur fond de dérèglement climatique.
Un enjeu majeur, qui, en ces temps de réchauffement climatique, acquiert une résonance toute particulière. Une question qui hante d’ailleurs J.M. LIGNY depuis quelques années, puisque trois de ses nouvelles, inclues dans le prologue d’Aqua™, avaient déjà fait l’objet de cette réflexion.


CE ROMAN VIENT DE RECEVOIR LE PRIX JULIA VERLANGER 2008


Contexte : planète Terre, année 2030. Suite au réchauffement climatique lié à l’augmentation des gaz à effet de serre, sécheresses, inondations, ouragans et autres phénomènes climatiques extrêmes ravagent la plupart des continents.
L’Afrique connaît une situation critique car ses ressources hydriques très limitées ne lui permettent pas de lutter contre l’avancée du désert, tandis que les Etats-Unis sont continuellement ravagés par des tornades meurtrières ; la superpuissance a d’ailleurs perdu de sa superbe puisque suite à un conflit avec le Mexique, le pays s’est retrouvé pratiquement ruiné et mis à l’index de la communauté internationale. Le Nouveau-Mexique et la Californie ont fait sécession pour rejoindre l’ASEAN [Association of Southeast Asian Nations], dominée désormais par le poids écrasant d’une Chine devenue gendarme du monde. Dans ce joyeux capharnaüm, l’Europe résiste comme elle peut ; ravagée par une crise industrielle sans précédent, elle s’est repliée sur elle-même, endiguant l’immigration par une politique extrêmement stricte. Ce qui ne la protège en aucun cas des aléas climatique et de la montée des océans.

Dans ce contexte difficile pour l’avenir de l’humanité, le satellite de la société américaine GeoWatch découvre au beau milieu du Burkina Faso, pays au bord du gouffre, ravagé par une sécheresse sans précédent qui a tué près de la moitié de sa population, une nappe phréatique gigantesque.
Cette nappe pourrait à elle seule assurer les besoins en eau de tout le pays pour au moins cinquante ans. Oui mais voilà, le satellite appartient à une société privée, qui entend bien exploiter sa découverte au nez et à la barbe des populations locales crevant de soif.
Ce serait cependant sans compter sur l’intrusion inopinée d’un hacker français, qui au hasard d’une opération pirate sur les serveurs protégés de GeoWatch, découvre l’information et décide de la mettre à disposition de la communauté internationale via le site web d’une ONG appelée SOS [Save OurSelves].

L’information est évidemment découverte par les autorités du Burkina Faso, qui s’empressent de quérir l’aide de l’ONG en question, afin d’obtenir du matériel de forage et une aide technique. Laurie Prigent est donc chargée par SOS de trouver un chauffeur et de convoyer le matériel de forage par camion à travers l’Afrique saharienne, un voyage dangereux à travers des contrées désertiques, rendues d’autant plus inhospitalières qu’elles sont victimes de micro-conflits ethniques ou politiques. Quant-au PDG de Resourcing, la multinationale à laquelle appartient GeoWatch, il tente par tous les moyens de mettre la main sur la nappe phréatique, quitte à condamner définitivement les Burkinabés à mourir de soif.

Ambitieux, maîtrisé, passionnant, tels sont les qualificatifs qui caractérisent le mieux le dernier roman de Jean-Marc LIGNY. Ambitieux par le thème et ses développement, maîtrisé en raison des différents fils narratifs qu’il déroule progressivement et par la variété et la qualité de ses personnages, passsionnant par la qualité de sa narration.
Malgré sa longueur [près de 750 pages], le roman n’est jamais ennuyeux et accroche le lecteur dès les premières pages grâce à un astucieux découpage en chapitres courts et intenses. Une technique qui pourrait paraître quelque peu artificielle, mais que LIGNY maîtrise très bien et qui n’empêche en aucune manière son style de s’exprimer. Un style agréable et concis, parfois même poétique, auquel on ne reprochera que quelques rares maladresses et deux ou trois tics de vocabulaire, signe que la relecture du texte aurait mérité encore un peu plus d’attention.

En dehors de deux ou trois autres points qui fâchent, et que l’on peut facilement pardonner [le personnage de FULLER un tantinet caricatural, une vision géopolitique du monde parfois un peu simplificatrice ou bien encore une fin de roman un tantinet longuette qui multiplie les péripéties et charge un peu le baudet question pathos]. Passons, il serait dommage de s’arrêter sur ces détails au regard des nombreuses qualités de ce roman. Car finalement c’est bien le fond de ce roman qui nous intéresse et non les péripéties amoureuses de ses personnages, aussi attachants soient-ils.

La question de l’eau me paraît à tous points de vue fondamentale des enjeux stratégiques du monde d’aujourd’hui [et non pas du monde de demain, comme s’il fallait attendre plusieurs millions de morts avant de chercher une solution] et en cela le roman de LIGNY est parfaitement actuel et n’appartient à la SF que par les aspects les plus prospectifs de sa description. Et là où K.S. ROBINSON avait en partie échoué dans son dernier roman à propos des conséquences éventuelles d’un réchauffement climatique, J.M. LIGNY nous le fait toucher du doigt, le rend réel et non plus seulement théorique.

Loin des couloirs de la bureaucratie et des laboratoires scientifiques, LIGNY s’intéresse au quotidien, à la vie de ceux qui subiront en premier les effets néfastes du dérèglement du climat de la planète. Nul doute que la mainmise de plus en plus prégnante des "multinationales de l’environnement" comme Veolia, la Lyonnaise des eaux ou bien encore la SAUR, qui détiennent à elles seules près de 40% du marché mondial de l’eau, risque d’être un problème à moyen terme. Aujourd’hui près de 40 000 personnes meurent chaque jour de maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau et près d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau courante, en particulier en Afrique subsaharienne. La perspective d’un réchauffement climatique entraînerait assurément une désertification accrue des régions disposant des ressources hydriques et hydrauliques les plus faibles, source probable de conflits violents et meurtriers.

La guerre de l’eau n’est pas un mythe, et pourrait bien enflammer certaines régions du monde à la géopolitique déjà fort instable [en Palestine, le conflit opposant Israëliens et Palestiniens, exacerbé par la contruction du mur de protection, n’a fait qu’aggraver le conflit de l’eau].


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Vous croyiez que l’or noir serait l’enjeu du XXIème siècle, détrompez-vous, l’or bleu pourrait bien lui voler la vedette, y compris dans les pays riches, qui pensent être à l’abri de toute insuffisance en la matière [et c’est toute l’intelligence de l’auteur d’avoir décrit un pays comme les USA, miné par un déficit chronique en eau].

Jean-Marc LIGNY nous permet de mieux comprendre cet enjeu, à sa manière certes, mais de façon parfaitement lucide et engagée.


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