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Publié le 01/09/2007

Artefact - Machines à écrire 1.0 de Maurice G. Dantec

Par PAT

Un nouveau Dantec ? TROIS nouveaux Dantec, plutôt. Ce type ne fait rien comme tout le monde. Et il va encore nous énerver nos sociaux-démocrates tout prêts à nous mettre dans des camps pour notre bien. Si c’est pas malheureux, tout ça.


Il a beau écrire [parfois] des conneries et se faire [souvent] avoir au jeu du non-débat télévisé, on l’aime, notre Maurice, surtout quand on a l’occasion de l’approcher en vrai et qu’on se rend bien compte qu’il n’a vraiment rien de l’affreux néo-nazi que nos amis de gôche vilipendent régulièrement sans jamais lire ses romans [faut dire qu’ils sont pénibles à lire, alors on les comprend].
Bon, c’est vrai qu’il se drogue, Maurice, et qu’il s’englue régulièrement dans le sirop, mais il a tout de même deux avantages notables sur les autres auteurs de la rentrée littéraire 2007 : il a bien failli incruster ses deux bagues dans la bouche de Jean-François Kahn lors d’une émission télévisée [et pour ça, rien que pour ça, respect] et il a le mérite d’emmerder le monde. Dont acte.

Avec Artefact - Machines à écrire 1.0, Maurice Dantec revient à ses amours polardeuses et fantastiquantes, presque un an après le déjà très SF Grande Jonction dont on n’avait du se résoudre à n’écrire que du mal. Au menu, trois récits [deux gros, un petit] dont on peut dire sans prendre trop de risque qu’ils sont lisibles [voire très lisibles], écrits en français [ou ce qui s’en approche le plus] et... attention, scoop, quasi-moralistes. Je répète : mo-ra-li-stes.
Mais attention, hein, pas moralistes chiants, moralistes avec des gens brûlés vifs et des viols et des assassinats dans la neige et des chiens qui défigurent des enfants et des journalistes qui crèvent et des anges, même, dedans, ce qui quand même, commence à faire beaucoup.

Deuxième révélation [on rappelle aux païens que l’apocalypse est une révélation], Maurice fait parfois preuve d’humour, bon, OK, c’est très distancié, comme humour, mais quand même, c’est notable.

Récit Un. Vers le Nord du ciel.
Un extraterrestre incarné en humain (et dont la race observe l’humanité depuis un continuum tellement lointain que même Gilles Dumay n’y comprend rien) se promène dans la tour nord du World Trade Center un 11 septembre 2001. C’est pas de bol, quand même, mais la petite différence, c’est qu’il sait très exactement ce qu’il fait. D’ailleurs, une fois l’avion dûment planté dans la tour, voilà notre extraterrestre qui nous sauve une petite fille et là, reconnaissons sans pudeur que Maurice Dantec a un sacré talent pour choper son lecteur à la gorge et lui faire bouffer les pages le plus fébrilement possible.
Déluge de feu, acier fondu, fumées, flammes, sueur et sang, on y est, et ce malgré le style ultra répétitif (du genre “il y a une porte. Une porte. C’est la porte. Et derrière la porte, il y a une autre porte. Et c’est cette porte qu’il nous faut atteindre. Cette porte. Cette porte là. Et pas une autre” ou encore “La répétition intime, c’est l’intimité répétitive, la dialectique révolutionnaire, c’est la révolution de la dialectique”, du Debord sous bière, quoi). Une fois nos deux personnages sortis des décombres, il faut ensuite dealer avec des hommes en noir qui les pourchassent à travers tout le Canada, car cet extraterrestre, on s’en méfie, quand même. Voire, on aimerait comprendre ce qu’il fout ici. Récit d’une traque, donc, avec une fin hélas un peu trop prévisible. Mais traque tout de même, avec ce qu’il faut de tension, de suspense et de talent, voilà c’est dit.

Récit Deux. Artefact.
Les choses se corsent sérieusement, car sous un verni narratif très léger [un homme se réveille dans une petite ville italienne et constate qu’il est totalement amnésique. Dans la pièce, une valise violette contient une machine à écrire qui... écrit toute seule l’action vécue par le “héros” qui lit lui-même ce qu’il lui arrive qui écrit ensuite ce qui lui arrive etc etc. ça s’appelle un joli cercle et c’est très très rigolo], Dantec se lâche totalement et assène quelques pages bien senties sur la nature même de l’écriture. Rien que ça. C’est philosophique et ça s’adresse aux convaincus. Ceux-là vont adorer. Les autres, passez au récit suivant.

Récit Trois. Le prince de ce monde.
Aaaah, voilà Maurice qui se lâche à nouveau, mais de manière assez inattendue (même si, formellement, ce dernier texte ressemble beaucoup à du Dantec. Peut-on décemment reprocher à Dantec de faire du Dantec ?). Prenez un malade diabolique (autoproclamé frère du Diable, d’ailleurs, ça peut aider) qui tue tout un tas de gens avec un luxe et un raffinement qui renvoient nos instructeurs français si appréciés en Amérique Latine pendant les années 70 au rang de petits joueurs, prenez un monde pourri (le nôtre), et exécutez... Hop. Notre “héros” (un écrivain français exilé au Canada, tiens) s’occupe lui-même de tuer tous ceux qui le méritent. Violeurs, journalistes, racistes, les méchants, quoi. Sauf que rien n’est simple, évidemment, et que derrière cette vengeance qui a tout de l’exorcisme, se pose les (moralistes, on vous dit) questions de la rédemption, du prix à payer, de la notion même de punition et de ce qui se passe quand on se risque douloureusement à faire justice soi-même. Autant de sujets qui mettent mal à l’aise la gôche et qui ne manqueront pas de rajouter une petite louche de “fascisme odieux” sur la tête de Maurice. Quant à la droite, elle s’en fout, elle palpe.


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Pour le reste, peut-on se passer de Artefact, Machines à écrire 1.0 ? Oui. Et Non. Parce que même ratée, ça reste une littérature d’idées.
Une littérature qui agit.
Une littérature qui agite.

Et merde, voilà que je mets à écrire du Dantec, moi...