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Publié le 02/06/2007

« Au-delà de l’infini » de Gregory BENFORD

[« Beyond Infinity », 2003]

ED. PRESSES DE LA CITE, JANVIER 2007

Par Dr.Ergodique

Gregory BENFORD est incontestablement l’auteur le plus hard-SF du moment. La lecture de son dernier roman « Au-delà de l’Infini » en apporte la preuve définitive. Amateur d’extrapolations scientifiques extrêmes, accourez ! Amateurs de thrillers haletants et/ou d’histoires psycho-ecolo-sentimentales, passez votre chemin !


En fait, le retour de Gregory BENFORD à une SF très exigeante pour le lecteur est assez surprenante. Car si la fin du Cycle du Centre Galactique s’adressait clairement à une élite spécialisée en astrophysique, branche physique des plasmas, on pensait que Gregory BENFORD cherchait maintenant à se rapprocher d’une audience plus large. Les derniers opus traduits en France semblaient le montrer. « Les enfants de Mars » et « L’ogre de l’espace », de très bons thrillers d’anticipation, étaient à la limite d’un mélange qui aujourd’hui a plutôt tendance à se faire éditer dans des collections de littérature dite blanche. Cette fois-ci, il n’y a pas de doute possible, « Au-delà de l’infini » s’adresse non seulement à des lecteurs chevronnés de SF mais aussi ceux dont la culture scientifique est très étendue. Les autres, fans de cross-over ou SF-friendly, risquent, au mieux, de trouver tout cela bien indigeste et, au pire, se retrouver face à un mur d’incompréhension totale.

Nous sommes dans un futur très lointain. Cley fait partie d’une tribu d’hommes "originaux", sur une Terre habitée de plusieurs races post-humaines. Après l’extermination de sa tribu par une force mystérieuse, Cley devient la seule survivante parmi les "originaux". La suite de l’intrigue est malheureusement sans surprise pour le lecteur : Cley va découvrir le monde, se faire de nouveaux amis étranges - un sur-humain et un raton laveur intelligent - pour finalement sauver l’univers qui court à sa destruction... Attention ! vous ne pourrez pas dire que vous n’êtiez pas prévenus : cette intrigue d’une banalité profonde est servie par un développement complètement linéaire... et un sérieux manque d’unité. En fait ce roman est issu d’un premier jet écrit en collaboration avec A.C. CLARKE et on sent comme une opération de recyclage de l’histoire qui aurait mal tourné. Un seul exemple : le premier chapitre nous narre les premiers émois d’une Cley adolescente ; c’est même pas excitant et complètement sans rapport avec la suite. Gregory BENFORD nous avait habitué à mieux, on peine à appeler cet ensemble un roman...

Si « Au-delà de l’Infini » est un échec total sur le plan de la forme, ce roman -ou appelons-le catalogue à idées si vous voulez- n’en reste pas moins un monument incontournable de la hard SF. Gregory BENFORD veut avant tout nous faire découvrir ses extrapolations les plus ultimes sur notre futur lointain. Alors qu’importe si l’histoire n’est là que comme prétexte ou pour donner un peu de fluidité à ce qui ressemblerait sinon presque à un article scientifique ! Les idées sont nombreuses et tout simplement fascinantes. Et si elles sont parfois difficile à appréhender, c’est tout à fait dans une logique hard-SF, car notre lointain futur devra être aussi incompréhensible pour nous que le serait notre présent pour un homme de Néandertal. Ce n’est donc pas un hasard si nous découvrons le monde à travers Cley qui est une originale sortie tout juste de l’adolescence, une humaine qui nous ressemble, même si elle a été "augmentée" ce qui lui donne, au passage, un air de famille avec une cyborg de manga, telle le Major de « Ghost in the Shell ». Ce monde lui est étranger, elle n’y comprend pas grand chose et nous non plus. Gregory Benford se contente de nous donner des pistes à la façon d’un Olaf Stapeldon dans « Créateur d’étoiles ».

Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici en vrac quelques unes des visions de BENFORD : les ponts entre univers, qui ressemblent à l’Espace-Temps (ET) ergodique du Cycle du centre Galactique ; l’interaction d’êtres de dimensions supérieures avec notre univers, qui demande au lecteur des notions de géométrie en 4 dimensions ou tout au moins d’avoir assimilé le « Flatland » de ABBOTT ; les rapports « familiaux » / sociologiques incompréhensibles des races post-humaines ; la vie qui se développe dans l’espace avec l’idée sous-jacente que la technique est dans la continuité de la nature et sera réintégrée par elle ; le ré-agencement des planètes du système solaire pour rendre celui-ci plus « vivable », etc.


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« Au-delà de l’infini » est une oeuvre très élitiste qui ne décevra pas les amateurs de hard SF mais qui déroutera presque sûrement les autres. Les défauts sur la forme, intrigue banale et développement très linéaire, ainsi qu’un certain manque d’unité, sont largement compensés par la profonde richesse des visions du futur lointain. Si j’osais, je dirais que Gregory BENFORD est un peu le James JOYCE de la science fiction : une écriture très exigeante dont le lecteur n’appréciera jamais toutes les subtilités, à moins d’avoir une culture aussi immense que l’auteur...