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Publié le 02/10/2006

"Auprès de moi toujours" de Kazuo ISHIGURO

ED. DES DEUX TERRES, 2006

Par PAT

Surprise, un livre de SF caché en mainstream. Un livre de SF écrit par l’une des plumes les plus subtiles de ces dix dernières années. Un livre de SF, tragique et beau. Un vrai livre, en fait, tout bêtement.


Rigoureusement inconnu des fanatiques du genre, Kazuo ISHIGURO signe avec "Auprès de moi toujours" l’une des oeuvres les plus abouties sur le thème du clonage. Mais là où la SF de base s’intéresse à la technologie, ISHIGURO ne cerne que l’humain. L’humain dans toute sa fragilité, sa monstruosité et sa faiblesse. L’humain et rien d’autre.

Collée au plus près de la narratrice, l’intrigue du roman est à la fois sybilinne et très découpée. On y suit par flashbacks l’évolution d’une jeune femme de l’enfance à l’âge adulte, à travers une éducation curieusement autarcique à l’institut Hailsham. Fin des années 90, d’accord, mais lesquelles ? On s’en doute, ça n’est jamais précisé. L’Angleterre coule des jours calmes. Il y a eu une guerre. Comment, où, pourquoi ? Là n’est pas le propos. Ici, on parle d’enfants. De ces enfants sans parents élévés par des gardiens dans des conditions idylliques. Des enfants conçus par clonage et destinés à faire don de leurs organes une fois devenus grands. Un simple constat qui les transforme en chair à canon, pour le bien-être de l’humanité dans son ensemble.

Avec une subtilité inouïe, Kazuo ISHIGURO n’en dit jamais trop [toujours pas assez, en fait] et se concentre sur l’existence de ses héros tragiquement fatalistes face au sort qui les attend.

C’est d’ailleurs là que réside l’aspect le plus révoltant du livre : aucune rebellion. Aucune remise en question. Tout n’est que résignation plus ou moins heureuse, acceptation désincarnée de la réalité pour ce qu’elle est et jamais, strictement jamais, pour ce qu’elle pourrrait être. C’est d’une tristesse absolue, d’un lyrisme pudique et d’une douceur rarement aperçue en littérature.


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Avec ses quelques 400 pages ficelées sous une jolie couverture qui en dit beaucoup, "Auprès de moi toujours" est la quintessence du roman d’anticipation. Une sorte d’ORWELL sans colère, un HUXLEY sans perspective historique, un ZAMIATINE désabusé, un BANKS dépressif, un HARRISON désintoxiqué.

De quoi calmer tout net les lecteurs peu effrayés à l’idée d’entreprendre pareil voyage au fond de l’horreur humaine.