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Publié le 26/09/2009

Axis de Robert Charles Wilson

[Axis, 2007]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, SEPT. 2009

Par W(illiam Guyard)

Vingt mille exemplaires vendus en France, prix Hugo 2006, quasi unanimité critique, Spin s’impose probablement comme le plus gros succès en science-fiction depuis Hypérion.
Voici sa suite.


Axis se déroule trente ans après la fin des événements de Spin, avec de nouveaux personnages mais la même quincaillerie SF. Difficile donc de l’évoquer sans avoir le volume précédent à l’esprit.
Spin traite du destin de trois personnages (Tyler, Diane et Jason) pendant la période d’enfermement de notre planète dans une bulle au temps ralenti. Profitant du décalage temporel, les humains ensemencent puis colonisent Mars, à son tour victime du même phénomène que la Terre. En retour, les Martiens offrent aux Terriens un traitement de longévité ouvrant la voie à un « quatrième âge ». Le livre se conclue sur la disparition des Spins et l’apparition d’un gigantesque portail ouvrant sur un autre monde. Jason succombe aux effets secondaires d’une version spéciale du traitement martien ; Diane et Tyler, enfin réunis et devenus des Quatrièmes Âges, s’enfuient à travers le portail. Quant aux créateurs du Spin — baptisés les Hypothétiques — et du portail, on n’en sait toujours rien.

Axis : trente ans plus tard sur ce nouveau monde, Équatoria. On y suit Isaac, un petit garçon spécial élevé au sein d’une communauté de Quatrièmes Âges perdue en plein désert ; Lise, jeune femme à la recherche de son père mystérieusement disparu ; enfin Turk, baroudeur équatoriais. Un 34 août, alors qu’Isaac se promène dans le désert et que Lise et Turk sortent dîner pour tenter de renouer une relation à peine ébauchée, une pluie de cendres grises balaye la planète. D’où viennent ces cendres ? Sont-elles de simples artefacts ou de nature organique ? Et quel est leur lien avec les Hypothétiques ?

Riche d’une quinzaine de romans publiés [1], l’œuvre de Robert Charles Wilson mérite d’être considérée dans son ensemble. Et de ce corpus se dégage une « recette » : un mystère, basé sur un thème classique de la science-fiction, sert de motivation à une histoire avant tout centrée sur les personnages.
Cyberpunk (Ange mémoire), steampunk (les Fils du vent), uchronie (Mysterium), voyage dans le temps (les Chronolithes) ou dans l’espace (BIOS), Robert Charles Wilson s’essaye à tout les poncifs de la SF. Une grande variété de thèmes, mais une seule approche : l’escamotage [2]. Tel un prestidigitateur, Wilson fait presque systématiquement apparaître ou disparaître un élément au début de ses histoires ; des personnages (Les Fils du vent), presque toute l’humanité (le Vaisseau des Voyageurs), une ville (Mysterium) ou même une planète entière (Spin), c’est une véritable obsession chez l’auteur. On en laissera l’analyse au psychologue.
Ce point de départ sert de moteur à l’intrigue. Mais là où beaucoup d’auteurs de science-fiction en feraient un roman à énigme, Wilson ne cherche que l’inconnu, quelque chose d’incompréhensible avec lequel les protagonistes doivent composer. Ainsi dans Spin, la narration se concentre sur les bouleversements qu’entraîne le phénomène dans la société et sur la réponse qu’apportent les gouvernements à une éventuelle extinction de l’humanité. Un seul personnage, Jason (le moins développé des trois héros), reste obsédé par les créateurs du Spin.
Car finalement, ce qui intéresse l’auteur, c’est l’humain. Le héros de Wilson traverse une crise existentielle, et, parallèlement à sa vie, voit son propre monde se désagréger. Malgré une situation souvent privilégiée au sein d’événements cataclysmiques, il n’a rien d’héroïque et restera d’ailleurs quelqu’un de banal, devant s’adapter à sa nouvelle situation au prix de pertes et de sacrifices souvent lourds. Un personnage touchant, émouvant même, auquel il reste aisé, mais peut-être pas très agréable, de s’identifier.

Qu’en est-il d’Axis au regard de cette mécanique ? Son statut de suite le handicape d’entrée. Le lecteur n’a pas le plaisir de découvrir un nouvel univers, chose savoureuse chez l’auteur tant l’appropriation d’un thème par Wilson se révèle souvent originale. Et à côte de l’exceptionnel foisonnement d’idées de Spin, Axis fait particulièrement pâle figure.

Quand aux protagonistes, ils apparaissent fades. Wilson installe ses plus beaux personnages (Tyler Dupree dans Spin, Scott Warden dans les Chronolithes ou Matt Wheeler dans le Vaisseau des Voyageurs) dans la durée, survolant plusieurs décennies de leur vie. Ici, l’intrigue tient sur quelques semaines et les héros n’ont pas le temps d’évoluer. Deux femmes âgées — seconds rôles (au demeurant trop nombreux) — intéressent plus le lecteur. En lieu et place des habituels développements psychologiques, on trouve un vague thriller tout sauf palpitant.
L’auteur change légèrement les ingrédients de sa recette, et ça ne prend plus. Wilson serait donc l’auteur d’un seul livre, maintes fois réécrit. Ses futurs projets (un roman développant la nouvelle « Julian : un conte de Noël » – disponible dans le recueil Mysterium –, et Vortex, l’ambitieux troisième volume de la trilogie Spin, qui devrait présenter le point de vue des Hypothétiques) le montrent s’aventurer sur des sentiers moins balisés. On pourra alors juger de sa capacité à se renouveler.


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Roman mineur d’un auteur majeur de la science-fiction contemporaine, Axis déçoit. Du même auteur, on préférera le magistral Chronolithes, le mésestimé Vaisseau des Voyageurs, ou l’excellent volume omnibus Mysterium.

Et l’on s’impatientera tout de même de pouvoir lire Vortex, conclusion annoncée de cette trilogie.



NOTES

[1] La plupart traduits en français et disponibles dans les collections « Lunes d’encre » et « Folio SF ».

[2] Merci à Shinjiku pour en avoir fait le premier le constat, entre autre dans sa critique de Mysterium.