
• liens auteur :
• liens rubrique :

"Nous vivons à l’intérieur d’un énorme roman. Il devient de moins en moins nécessaire pour l’écrivain de donner un contenu fictif à son œuvre. la fiction est déjà là. le travail du romancier est d’inventer la réalité."
J.G. BALLARD
Né en Chine de parents anglais [son père était p.d-g de la fililale d’une grande entreprise de textile britannique], James Graham BALLARD grandit là-bas et vit une enfance dorée, dans la vaste maison avec domestiques typique des bourgeois britanniques expatriés.
Mais vient la Seconde Guerre Mondiale, et à partir de 1941 [Pearl Jarbour], l’armée japonaise investit les concessions étrangères. En 1942, la famille BALLARD est internée avec sa famille dans un camp de prisonniers japonais [une période de sa vie qu’il raconte dans son roman L’empire du soleil, adapté au cinéma par SPIELBERG en 1987]. Le petit Jim connaît la peur des bombardements, les privations... sa sœur, gravement malade, manque mourir d’une dysenterie.
De retour en Grande-Bretagne après la guerre en 1946, il découvre une Angleterre qui lui semble à mille lieues des réalités qu’il a vécu dans les camps...
Il reprend ses études à Cambridge, participe à la vie culturelle de la ville, et fait deux découvertes qui influenceront toute son œuvre : la psychanalyse et le mouvement surréaliste.
Après avoir été tenté par des études de médecine, qu’il abandonne au bout de deux ans, il s’inscrit à la faculté de lettres à Londres... et s’en faitjeter. Suivent quelques petits boulots sans lendemain, mais son père commence à trouver un peu long son démarrage dans la vie professionnelle. Sur un coup de tête, Jim s’engage dans la Royal Air Force ! Le voilà parti faire ses classes au Canada. Il n’y reste pas plus d’un an, mais c’est là qu’il commence à écrire [il a découvert la science-fiction dans les années 50].
Revenu en Grande-Bretagne, marié en 1955 [il a un fils, baptisé Jim], il vit de jobs épisodiques jusqu’à obtenir le poste de rédac-chef adjoint d’une revue scientifique. En parallèle, en 1956 il il publie sa première nouvelle dans la revue New Worlds.
Un relatif confort matériel et la naissance de deux filles poussent la famille BALLARD à déménager en banlieue londonienne. Mais le temps d’écrire est difficile à trouver, et Jim se décide à vivre de sa plume : pendant un congé de deux semaines en 1962, il écrit son premier roman, Le vent de nulle part qui lui permet de décrocher un contrat chez un éditeur.
Tout au long des années 60, les premiers romans de J.G. BALLARD s’apparentent au genre en vogue dans la SF britannique de l’époque : le roman-catastrophe. Après Le vent viendront Sécheresse et Monde englouti, avec toujours un fond psychologique plus intense qu’on ne pourrait l’attendre du genre.
L’auteur, influencé par les thèses de FREUD et de Roland BARTHES, utilise des images souvent surréalistes porteuses de fortes significations psychologiques.
BALLARD devient peu à peu l’un des auteurs de la nouvelle vague SF britannique, qui, comme Brian ALDISS, John BRUNNER ou Christopher PRIEST vont renouveller la SF en abordant des thèmes nouveaux et en se faisant beaucoup plus exigeants sur le style. Chez BALLARD donc, pas de E.T. et de batailles spatiales, mais plutôt notre monde, aujourd’hui et demain.
La mort de sa femme en 1964 renforce son désir d’être auteur professionnel, pour cumuler le plaisir d’écrire et la disponibilité vis à vis de ses trois enfants.
Intéressé par les méthodes d’écritures expérimentales de Williams BURROUGHS à la fin des années 60, il s’essaie au collage, accouchant de textes difficiles volontiers crus ou cauchemardesques [cf. le recueil de nouvelles "Le salon des horreurs"].
Avec Crash ! [1973], BALLARD marie les deux obsessions récurrentes de notre civilisation, le sexe et l’automobile, dans une célébration de fantasmes morbides... C’est le premier volume de la fameuse Trilogie de béton qui comptera L’île de béton et I.G.H., l’ensemble explorant sans tabou les perversions auxquelles nous mènent les valeurs inhumaines imposées par les mégalopoles.
Les êtres créés par BALLARD n’ont pas de morale, ils ne croient en rien sinon en leurs instincts. Psychopates civilisés, ils vont au bout des fantasmes qu’impose la ville occidentale en les libérant de toute retenue, du bon goût et du respect de l’autre. La mort ne leur fait pas peur, tant qu’elle permet d’échapper au réel, de le sublimer. En cela, on peut voir dans BALLARD un précurseur des auteurs du roman d’anticipation sociale comme Bret Easton ELLIS, Chuck PALAHNIUK ou Douglas COUPLAND.
Ses enfants ayant quitté le foyer, BALLARD revient sur son passé avec L’Empire du Soleil Levant [1980]. En 1982, BALLARD, grand amateur de SF classique, se permet une incursion dans le genre avec Rapport sur une station spatiale non identifiée, où des astronautes découvrent une station spatiale terrifiante perdue aux dimensions infinies.
Dans Fièvre Guerrière, dont le sujet est les manipulations médiatiques, il suggère qu’un gouvernement qui maîtriserait l’information pourrait s’en servir pour déclencher des conflits dans n’importe quel coin de la planète en dissimulant ses véritables intentions... visionnaire au regard de la guerre de John W.BUSH contre Irak, non ?
Aujourd’hui, à plus de 70 ans, J.G. BALLARD revient à une littérature plus classique mais toujours pertinente sur ses nouveaux thèmes de prédilection : les mythes médiatico-publicitaires, la société des loisirs.
Cf. ses plus récents romans, Super-Cannes [2000] et Millenium people [2005].
En janvier 2008, l’auteur a révélé dans une interview au Times qu’on lui avait diagnostiqué un cancer de la prostate en 2006, ce qui l’a poussé a écrire une sorte d’autobiographie, Miracles Of Life, à paraître en France aux éditions Denoël, texte qui risque bien, selon lui, d’être son tout dernier.
Le monde englouti [The drowned world, 1962]
Le vent de nulle part [The wind from nowhere, 1962]
Sécheresse [The drought, 1965]
La forêt de cristal" [The crystal world, 1966]
Le salon des horreurs [The Atrocity Exhibition, 1970]
Vermilion sands [The Vermilion Sands, 1971]
La Trilogie de Béton
Salut l’Amérique ! [Hello America, 1981]
Super Cannes [Super-Cannes, 2000]
Millenium People [Millenium People, 2003]

BALLARD continue l’exploration des territoires les plus fréquentés mais aussi les plus mal connus de la modernité. Après « La Face cachée du Soleil » et ces stations balnéaires pour vacanciers fortunés, après « Super Cannes » et ces zones industrielles high-tech pour cadres supérieurs ambitieux et enfin après « Millenium People » et ces banlieues chics pour petits bourgeois qui s’ennuient, BALLARD plante son scalpel dans le monde des banlieues populaires moyennes, celles se situant au bord des autoroutes mais dans lesquelles on ne s’arrête jamais, celles du sport-roi, des centres commerciaux gigantesques mais aussi celles du racisme, de l’intolérance et de la violence ordinaire.
Je suis un fan de BALLARD. De base. J’aimerai être capable d’expliquer à quel point « The Atrocity Exhibition » m’a retourné comme une crêpe ; bouleversé, traumatisé, écrasé. Ce bouquin est peut-être l’un des [le] chef d’œuvre du XXè siècle. La compilation absolue de ce que l’Homme a créé. Et cette œuvre, nous n’avons pu la lire en français que grâce aux efforts d’un éditeur : Tristam.
Et, aujourd’hui, Tristam persiste et signe en sortant un recueil d’articles publié par BALLARD dans différentes revues, sur les 30 dernières années. Ah, oui ; mais le problème, c’est que ce n’est pas forcément une bonne idée.
L’automobile, symbole de la paranoïa agressive et de la frénésie sexuelle de notre époque. BALLARD considérait "Crash !" comme un roman pornographique technologique.
Ce roman a choqué et donné à BALLARD la reconnaissance littéraire, bien au-delà du cercle de la SF.
Direction Chelsea Marine, banlieue proprette [un peu chic mais pas trop], où Monsieur et Madame Toutlemonde semblent couler des jours heureux. Voila pour les apparences. Car ces avocats et autres informaticiens, ces profs et ces secrétaires, ces ouvriers et ces docteurs, commencent à en avoir plus que marre de servir de chair à canon social. Assez de payer les frais de scolarités et le parking, de payer partout et pour n’importe quoi, en somme. Assez de soutenir à bout de bras sans la moindre compensation les piliers d’un monde post-millénariste.
La "Trilogie de béton" est le tournant majeur de l’œuvre de J.G. BALLARD, puisqu’elle articule son passage de la SF classique [en particulier ses romans catastrophes façon WYNDHAM] à la fiction spéculative. C’est donc peu dire que l’on attendait avec une grande impatience et une forte jubilation cette indispensable réédition.
Le mieux est de commencer par cette paraphrase de la quatrième de couverture : "Commencé à la fin des années 60, complété et achevé dans les années 90, ce roman-laboratoire traverse tous les livres de l’auteur de "Crash !", "Empire du Soleil", "La Bonté des Femmes" et "Super-Cannes" - et les contient tous."
Roman-laboratoire ? Sans en douter une seule seconde.
Mr.C