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Francis Berthelot possède la particularité rare, parmi les auteurs français de SF et de fantastique, d’être aussi un scientifique. Une double conscience du monde qui s’inscrit très tôt dans sa famille. Il faut dire que son père est chercheur en physique nucléaire et que sa mère est institutrice.
La plume et le microscope
Cadet de deux fils, Francis fait toute sa petite scolarité dans le XIIIème arrondissement de Paris, puis traverse deux lycées plutôt exigeants, Montaigne et Louis Le Grand. Au passage, il se découvre un certain attrait pour la grande musique russe [Prokofiev !], et un attrait certain pour les beaux garçons.
Attiré par une carrière scientifique, Francis Berthelot est reçu à l’Ecole Polytechnique en 1966. S’en suit un parcours sans embûches de chercheur émérite qui le mènera en 1975 à une thèse de Doctorat d’Etat en biologie moléculaire, intitulée “Contribution à l’étude des mécanismes de reconnaissance des acides ribonucléiques de transfert en systèmes procaryotes et eucaryotes”. [si vous le croisez, demandez lui de vous expliquer...]
Mais notre homme à des horizons bien plus large que celle que lui offre ses microscopes moléculaires, car il a [re]découvert l’écrit. La poésie surréaliste a été une révélation et le chercheur s’est mis à écrire des chansons, à faire du théâtre. Un an après avoir réussi sa thèse, il décide de devenir auteur de SF.
Sans négliger ses molécules chéries, Berthelot travaille son écriture. En 1980, il place son premier manuscrit. C’est La Lune noire d’Orion et c’est une réussite puisqu’il est couronné meilleur roman français au Festival de SF de Metz. Ce sera le premier d’une longue série de prix récoltés année après année par celui qui est devenu depuis l’une des plumes les plus originales du paysage français de la SF.
En 1983 paraît Khanaor, une fantasy en deux volumes. En 1987, la nouvelle « Le Parc Zoonirique » publiée dans le recueil Malgré le monde, obtient le Grand Prix de la Science-Fiction Française. Si bien qu’en 1989, l’écrivain prend le pas sur le chercheur : Berthelot quitte le Collège de France et la biologie moléculaire pour entrer au Centre de Recherches sur les Arts et le Langage et se consacrer à la théorie littéraire et à la narratologie.
Une moisson de prix impressionnante...
Nouvelle consécration l’année suivante : Rivage des intouchables [1990] reçoit le Grand Prix de la Science-Fiction Française. Citons aussi son premier essai, La Métamorphose généralisée, qui obtient le Grand Prix de l’Imaginaire en 1995 et La Maison brisée, qui obtient le Grand Prix de l’imaginaire en 2001. [on vous l’a dit, il les collectionne...]
Sa littérature ne sera jamais « blanche » comme neige, mais Berthelot entre bientôt en littérature générale : L’Ombre d’un soldat [1999], son premier roman « non SF » est également la première pierre d’un cycle, Le Rêve du démiurge qui lui permettra de développer le concept de “fictions transgressives”, rebaptisées plus tard “transfictions”.
Récemment, Berthelot est revenu aux littératures de l’imaginaire avec le très beau recueil Forêts secrètes et deux romans, Nuit de colère [prix Masterton 2004] et Hadès Palace, respectivement cinquième et sixième volume du Rêve du démiurge.
La Lune Noire d’Orion [EDITIONS CALMANN - LEVY/ DIMENSIONS - 1980] PRIX DU MEILLEUR ROMAN DE SF FRANCAIS - FESTIVAL DE METZ 1980
Khanaor [ED. TEMPS FUTURS, 1983 - FLEUVE NOIR, 1985 - IMAGINAIRES SANS FRONTIERES, 2002]
La Ville au fond de l’œil [ED. DENOËL / PdF - 1986] PRIX ROSNY-AÎNE 1987
LE REVE DU DEMIURGE [Cycle romanesque]

On l’attendait depuis longtemps, Francis Berthelot nous livre enfin sa Bibliothèque de l’Entre-mondes. Guide Folio SF à mettre en relation avec les Passeport pour les étoiles [Francis Valery], Cartographie du merveilleux [A.F. Ruaud] et autres Atlas des brumes et des ombres [Patrick Marcel], ce guide des transfictions est fondamental pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’il s’agit du première ouvrage du genre en France, ensuite parce que ce n’est qu’un début, la littérature transgenre, slipstream, borderline [ou toute autre appellation non autorisée] s’imposant déjà comme l’une des plus passionnantes qui soit.
Voici enfin venu - après avoir été tant attendu - le sixième tome du cycle du Rêve du démiurge de Francis Berthelot, qui fait suite, dans la chronologie éditoriale, à Nuit de colère.
Chronologie éditoriale, car il n’y a aucun lien direct entre ces deux livres. Les liens se feront dans les volumes ultérieurs...
Sur Erda-Rann, planête conquise dans un futur lointain par une Humanité, qui a muté pour s’adapter. Cette planète se divise en deux paysages :
La Loumka, mer fluide et visqueuse à la fois, qui semble douée d’une conscience propre. Les humains qui l’habite, les Yrvènes ont une peau est caoutchouteuse et parsemée de pigments multicolores qui sont sublimés par l’art des tatouages. Ils ne se nourrissent que d’aliments liquides et se fient à leurs intuitions.
Un désert chaud et aride, habité par les Gurdes, êtres logiques et froids, couverts d’écailles et imprégnés de leurs certitudes, qui ne se nourrissent que d’aliments solides.
Un beau roman, à la narration un peu particulière, qui est une belle métaphore montrant à quel point l’humanité peut être conne.
Rassemblées en un seul volume sous une couverture discutable, les nouvelles qui composent « Forêts secrètes » sont de celles qui réconcilient avec l’existence. Huit textes de très haut niveau, tour à tour poétiques, drôles, délirants ou sombres, huit textes qui prouvent [mais le fallait-il vraiment ?] que Francis Berthelot est un miracle sur patte, grand ciseleur d’intentions et orfèvre du mot.
DOSSIERS :
> L'interview - Le rêve du démiurge de Francis Berthelot [septembre 2005]
Mr.C