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Publié le 01/03/2008

« Bad Monkeys » de Matt RUFF

ED. 10/18, FEV. 2008

Par PAT

Nouveau venu dans la jolie [et nouvelle] collection 10/18 relookée version Penguin, Matt RUFF n’est pas le genre d’écrivain qui déplace les foules hexagonales, même si les lecteurs de SF se souviennent peut-être de "Un requin sous la lune", jolie roman bizzaro-pynchonien publié en Folio SF et vendu à environ 8 exemplaires.


Changement de ton avec Bad Monkeys et orientation nettement plus polardeuse, via une histoire sagement délirante qui, au final, ne tient pas la route. Car Matt RUFF s’attaque ici à la fausse réalité, aux mondes truqués et à la folie [ou au contraire à la santé mentale, ce qui revient au même], thèmes désormais classiques et prévisibles, à tel point qu’il faut une sacrée bouteille pour ne pas se fracasser contre les écueils de l’exercice. Écueils qui finissent par avoir la peau du roman et qui laissent le lecteur sur sa faim... Tout ça pour ça, donc ? Absolument.

À travers le portrait d’une jeune femme apparemment saine d’esprit mais manifestement cramée, Matt RUFF ne fait que suivre la voix royale des polars rondement menés par les grands professionnels du genre. Jane-Charlotte [c’est son nom] est arrêtée par la police pour le meurtre d’un homme. Meurtre qu’elle reconnaît bien volontiers. Le monsieur était un “Bad-Monkey”, un méchant vraiment méchant qui fait rien qu’à faire du mal et qui en est content. Bref, un sale type à éliminer. Et en tant que membre titulaire de la brigade des Bad Monkeys, le boulot de Jane-Charlotte consiste justement à débarrasser le monde de ce genre de malades. Jolie discours qui conduit la dame tout droit à l’asile, où elle est interrogée par un psychiatre. De là, deux modèles de chapitres s’imposent [en alternance, hein, rappelons qu’il s’agit avant tout d’un procédé littéraire, hélas super visible] : Jane-Charlotte raconte sa vie, depuis son enfance où, virée de chez elle par sa mère pour n’avoir pas su s’occuper de son frère, elle s’installe chez un oncle et une tante. Ensuite, retour à la case “aile psychiatrique de la prison” ou le dialogue médecin-Jane-Charlotte est vécu de l’extérieur.
Peu à peu, le climat s’installe, car si Matt RUFF se plante sur ce roman, il n’en reste pas moins excellent écrivain et son ambiance fin du monde a le mérite de fonctionner correctement, même si tout s’écroule au fur et à mesure.
D’entrée de jeu, le “traumatisme” du petit frère explique au lecteur qu’il ledit petit frère va forcément jouer un rôle important et inattendu. Ça tombe bien, c’est exactement ce qui se passe, à tel point qu’on peut même éviter de lire les cent dernières pages du livre, d’autant que la quatrième de couverture prend soin de nous signaler qu’il y a “un étonnant coup de théâtre final.” Chouette. Sans doute qu’il s’agit peut-être d’une inversion de la réalité ? Du genre, tout ce qu’on nous raconte depuis le début, en fait c’est pas vrai ? Et que ce serait le contraire, même ? Non ? Allez, non ?

Dommage, quand même, car la vie de Jane-Charlotte n’est pas dénuée d’intérêt. Sale gosse bonne à rien mais attachante, puis adulte “en attente” de l’événement qui changera sa vie, elle finit par être contactée par la fameuse société secrète chargée d’éliminer les Bad Monkeys. Avec une méthode intéressante, d’ailleurs, des pistolets MN [pour “Mort Naturelle”]. Infarctus, embolie cérébrale... De quoi tuer proprement, quoi. Pour le reste, rien de nouveau. Sociétés secrètes [les gentils] contre sociétés sécrète [les méchants], héros ambiguës et révélations ultimes censées faire vaciller nos certitudes...
La routine du thriller best-seller, le côté vaguement SF en plus.


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Au final, Bad Monkeys est l’archétype du roman joliment raté. Joliment car l’ensemble grouille de bonnes idées dérangeantes [la surveillance constante des protagonistes, par exemple, assez flippante dans sa mise en oeuvre et parfaitement en phase avec la parano assumée de nos charmantes sociétés occidentales], de personnages bien fichus et d’une indéniable tenue littéraire. Raté car Matt RUFF en fait trop et ne sait plus où il va, surfant sur l’absurde pour revenir au sérieux, le tout avec un scénario tellement prévisible qu’il en devient presque drôle. Bref, gênant.
Pas grave, en tout cas. De quoi juste nous donner envie de passer à autre chose et d’attendre les prochaines productions d’un auteur intéressant et épatant à plus d’un titre.