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Publié le 27/02/2011

Bankgreen de Thierry Di Rollo

ED. LE BÉLIAL’, FÉV. 2011

Par Nolive

En quelques années et sept romans aussi brefs que percutants, Thierry Di Rollo s’est imposé comme la voix la plus sombre — doux euphémisme — de la science-fiction française. Il rompt avec Bankgreen trois ans d’un silence seulement troublé par une maigre poignée de nouvelles, et entraîne pour la première fois ses lecteurs en terres de fantasy.


Opportunisme ! ne manqueront pas de persifler les mauvaises langues, en ces temps où la fantasy domine la nébuleuse des mondes de l’imaginaire… Ce serait oublier un peu vite que la plume de Di Rollo s’est toujours montrée d’une originalité sans concessions, et que les obsessions qui structurent son œuvre ne sont pas de celles qui s’accommodent des stéréotypes d’une littérature prémâchée.

De fait, sur Bankgreen, pas de grands destins révélés au gré de prophéties oubliées, pas d’elfes éthérés ni de héros sévèrement burnés, pas même de grimoires légendaires ou d’épées maudites. Car Bankgreen se suffit à elle-même, véritable cœur du roman par la somme des êtres qui la peuplent et l’expriment, par les liens qui les séparent ou les unissent. Et si tout est lié sur ce monde sans dieux, c’est la mort, avant tout, qui rassemble : Arfans, Shores ou Digtères à la vie brève, Hunum et Léviathans à la vie démesurée, Runes ou varaniers peut-être immortels... ceux-là et tous les autres vivent la mort chacun à leur manière — tous dérisoires en regard de Bankgreen, Bankgreen la mauve et noire, l’immense, l’immémoriale, où la mort seule, in fine, définit les êtres et la réalité.

Sur ce monde ont vécu les varaniers. Mercenaires irréductibles, présences impalpables sous leurs armures impénétrables, le souvenir de leur naissance s’est noyé dans les abîmes du temps. On les croyait immortels, ils se sont peu à peu éteints... Comme ses semblables, Mordred, le dernier d’entre eux, se joue du Temps en accédant aux Limbes de Bankgreen, mais surtout, don unique, connaît la mort de tous ceux dont il croise le regard.

En ces temps qui voient un cycle s’achever et les équilibres se modifier, Mordred, au cœur de la mort, est le guide parfait pour cheminer dans ce roman impressionniste ou l’essentiel, tout comme le destin de Bankgreen, se joue dans les Limbes, aux marges du texte. Car Thierry Di Rollo a suffisamment ressassé ses obsessions pour n’avoir plus besoin de les imposer par la force : mûrie, la langue les porte, elles s’expriment au fil des mots et s’imposent dans le non-dit, comme à l’insu du lecteur, à l’insu en tout cas de la majorité des êtres qui meurent sur Bankgreen. Et malgré tout le monde prend corps, les trouvailles abondent, l’altérité naît au détour d’un mot, d’une idée, s’installe dans le miroir implacable tendu à l’humanité.


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Di Rollo reste Di Rollo. Même enfouis sous la blancheur poudreuse de la nève qui, à chaque Sommeil, étouffe les échos de sa violence, Bankgreen est un monde d’une noirceur hypnotique et insondable, étouffant, sans rémission. Un monde à l’aune de la figure funeste et inoubliable du dernier des varaniers à l’avoir arpenté. Un grand livre.