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Publié le 03/09/2010

Bara Yogoï
de Léo Henry, Jacques Mucchielli et Stéphane Perger

ÉD. DYSTOPIA, 2010

Par PAT

Duo post-science-fictif avec lequel il va falloir compter, Jacques Mucchielli et Léo Henry récidivent. Si Bara Yogoï peut se lire comme une sorte de méta-suite au curieux Yama Loka Terminus, ce très intrigant recueil de nouvelles mérite le détour. De quoi espérer le meilleur pour les toutes jeunes éditions Dystopia, qui publient ici leur premier ouvrage.


Monde glauque, univers triste post-Tchernobyl, dérives urbaines, science-fiction assumée ou fantasy déviante, Mucchielli et Henry ne se refusent rien. Le duo se change d’ailleurs en trio, avec le grain de sel de Stéphane Perger, qui signe la couverture et les illustrations intérieures. De quoi compliquer le propos ? Oui et non. Il faut lire l’interview disponible ici pour s’en convaincre. L’écriture à quatre mains (voire à six, donc) tendrait au contraire à enrichir et organiser les textes. Il suffit d’inspirer un grand coup pour se plonger dans Bara Yogoï sans arrière-pensées. Le voyage surprend, irrite, convainc, impressionne parfois, et dessine au final un paysage mental unique. Certes, les lecteurs devront parfois s’accrocher, mais l’effort vaut le coup. Loin d’une SF classique lumineuse, Bara Yogoï s’inscrit plus volontiers dans une SF « à la française », où le politique n’est jamais très loin, l’humour inexistant (encore que) et l’avenir désespérant. Expérimental, le recueil l’est sans doute, tout en ayant le bon goût de ne pas se regarder le nombril. Tout le monde est susceptible d’y trouver son compte, quitte à survoler un ou deux textes.

Sept nouvelles composent le recueil, toutes différentes, mais inscrites dans une logique (et un univers) similaire. Si l’on commence par la fin, « Délivrances » est un pur récit de fantasy intimiste (avec cosmogonie, début de quête initiatique et sensualité moite) qui peut se lire autant comme un grand éclat de rire à la face d’un genre exsangue que, au contraire, comme une contribution humble et enthousiaste au merveilleux. Au lecteur de choisir son camp, quitte à n’en choisir aucun et vivre tranquillement avec ses paradoxes intimes. Le texte est d’ailleurs à mettre en regard avec « À propos d’un épisode méconnu des guerres coloniales motherlando-mycronnienes », belle histoire de trahison qui sent le sel, le sable, le désert et la mort, avec de vagues relents post-apocalyptiques. Entre ces deux nouvelles — aussi accessibles que convaincantes — naviguent des expérimentations pas si obscures (« L’atmosphère asphyxiante dans laquelle nous vivons sans échappée possible »), des dérives noires aux accents polardeux (« Playlist-Shuffle ») et de bizarres histoires d’amour lézardées. S’il est difficile de résumer Bara Yogoï, recueil conçu justement pour ne pas tenir dans une petite boîte, on peut facilement évoquer l’atmosphère et le spleen qui hantent ses pages. C’est ici que Henry et Mucchielli font mouche : dans la description d’un monde qui s’écroule, sous l’oeil de quelques témoins exsangues qui, de toute façon, n’en ont plus pour très longtemps.


Jacques Mucchielli et Léo Henry possèdent leur voix, leur ton et leur univers. On y adhère ou on passe complètement à côté, mais on a beaucoup de mal à fermer les yeux. Bara Yogoï fait partie des livres qui hantent. Une musique vénéneuse qui inquiète. Pour longtemps.

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