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Publié le 05/09/2006

"Battle Royale" de Koushun TAKAMI

["Battle Royale", 1999]

CALMANN-LEVY / INTERSTICES, JUILLET 2006

Par PAT

Des trois romans qui marquent l’arrivée de la collection Interstices dans le paysage éditorial français, « Battle Royale » est de loin le plus traditionnel et le moins intéressant. bénéficiant [ou souffrant ?] de la réputation du film éponyme qu’on en a hâtivement tiré, le livre doit d’abord se justifier lui-même et s’imposer tout seul, avec ses qualités et ses faiblesse.


Des qualités, « Battle Royale » n’en manque évidemment pas, notamment grâce au côté rentre-dedans qui n’est sans doute pas étranger à son immense succès au Japon. La faiblesse [et il y en a d’autres], c’est une tendance agaçante à tourner en boucle une fois les tenants et aboutissants installés. Ajoutez à çà des invraisemblances tout droit sortis des pauvres scénarios hollywoodiens [dont on imagine l’auteur friand], des longueurs pénibles dans ce qui aurait fait un très bon roman de 200 pages [contre 600, quand même], des déluges de sang, d’os, de viscères et de hurlements, et vous obtenez une sorte d’ovni littéraire plus susceptible de plaire aux adolescents en mal de sensations fortes qu’aux fins lettrés nippophiles.

Reste que « Battle Royale » est bel et bien un roman japonais, avec cette petite touche délicieuse qui accroche le lecteur de la première à la dernière page, cet attachement aux personnages si particulier et, au final, cette envie une peu gamine de se foutre de la gueule du monde sans qu’on sache vraiment si tout ça et vraiment sérieux. Il est également inutile d’espérer ôter au roman un aspect désagréable pour la société japonaise dans son ensemble : « Battle Royale » gratte là où ça fait mal dans l’imaginaire japonais. La notion d’enfant-roi, le culture du travail, la soumission [nécessairement aveugle] à l’autorité et, tout au bout, l’inévitable chute d’un système qui s’est déjà écroulé, même si ses principaux promoteurs en piétinent les ruines en feignant sa présence.

En principe, tout le monde connaît l’histoire : dans un futur très très proche [genre maintenant], un tyran fasciste règne sur le Japon. Arbitraitement et de la manière la plus absurde qui soit [la chose est plus ou moins justifiée par une vague histoire de statistiques militaires], une classe de troisième est tirée au sort chaque année. But de l’expérience : confiner les élèves dans un endroit dédié [en l’occurrence, une île], leur passer un collier explosif autour du cou, leur donner à chacun une arme différente [du pistolet mitrailleur à la hache en passant par la serpe ou le couteau de boucher] et les obliger à s’entre-tuer jusqu’au dernier.

Face à ce programme somme toute réjouissant, certains élèves jouent le jeu [par peur, par cynisme ou par plaisir, les raisons varient], d’autres tentent de s’allier et de trouver un moyen d’éviter le carnage. Un carnage qui, on s’en doute, se distille lentement au fil des pages à mesure que le nombre de survivants décroît.

On le voit, le postulat est minimaliste, mais il a le mérite de mettre tout le monde mal à l’aise. Que feriez-vous, dans pareille situation ? Le choix est-il inévitable ? La mort ou la vie ? Bref, de quoi méditer sur le triste sort de ces gamins de 15 ans dont certains font preuve de pragmatisme et décident d’en finir avec leurs camarades pour avoir une chance de survivre. Le reste, c’est du film d’aventure pas toujours très malin, mais évidemment très accrocheur, avec des techniques efficaces à défaut d’être révolutionnaires.


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Ceux et celles qui apprécient la littérature japonaise rigoleront bien en voyant TAKAMI dégommer les travers de son pays avec un bazooka et comparer la boucherie à l’entreprise. Surtout quand on sait comment ces thèmes sont habituellement traités au pays du soleil levant.

Désolé, il est impossible de chroniquer un roman japonais sans écrire au moins une fois "pays du soleil levant". Ah tiens, deux fois.