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Publié le 01/02/2010

Big Fan de Fabrice Colin

ED. INCULTE / AFTERPOP

Par PAT

Dernière parution adulte du décidément graphomane Fabrice Colin, Big Fan s’éloigne d’une science-fiction tournée sur elle-même et s’inscrit plus volontiers dans le registre du roman naturaliste bizarro-barré. Tant mieux pour les lecteurs, qui trouveront ici de quoi occuper leurs méninges.


Un roman sur Radiohead, l’idée peut surprendre, surtout quand on connaît la nullité pop de ce groupe banal prétendument génial et principalement occupé à produire du vide pour quelques millions d’adolescents tourmentés (un peu comme la science-fiction finalement). Sauf que Fabrice Colin se moque de Radiohead (littérairement s’entend) et s’en sert surtout pour écrire un roman tout court. Sur l’addiction. La folie. L’amour (si si). Et la fin du monde (ah, quand même). Un programme alléchant non dénué d’humour et passionnant — tant d’un point de vue formel que strictement littéraire. Bref, un roman intelligent et divertissant. Autant dire que ça nous change.

Proposé sous une jolie couverture orange tendance Grotesque & Comics, illustré (brillamment) par plusieurs détournements photographiques © Daylon, Big Fan dépasse son handicap majeur — Radiohead — et réussit la prouesse d’emballer le lecteur le plus réticent à cette non-musique merdique. Car oui, Colin maîtrise si bien sa narration que le groupe anglais perd de son importance au fil des pages. On se passionne pour leur histoire (alors qu’au fond, on s’en fout), on se délecte de leurs déboires et on se fait surtout avoir en beauté par l’auteur. Un auteur qui livre ici un récit impeccablement mis en page, dont la rigueur formelle souligne le rythme, l’invention et l’intelligence.

Big Fan s’articule autour de trois histoires parallèles évidemment liées : celle de Bill Madlock, fan obèse de Radiohead (drôlement pathétique et/ou pathétiquement drôle, c’est comme ça) installé chez sa mère, celle du même Bill Madlock (jeune homme enfermé à l’asile qui raconte pourquoi il en est là), et celle de Radiohead tout court (écrite par un Colin fantasmé, dont le manuscrit est corrigé avec beaucoup de pertinence agressive par Bill Madlock himself).
Ça fait beaucoup, mais non, car l’ensemble est non seulement lisible, mais surtout passionnant. Big Fan est un page turner, eh oui. Un très bon page turner, même, avec un style sec, un sens du dialogue remarquable (Colin est un excellent dialoguiste, et ça se confirme romans après romans) et un enchaînement vers l’irrévocable d’une rare subtilité. On s’attache vite à Bill, Bill et sa graisse, Bill et le dégoût vaguement craintif qu’il suscite chez les autres, Bill et son père alcoolique qui fout le camp, Bill et son iguane, Bill et sa grosse copine, Bill et son amour exclusif pour Radiohead. Ce groupe est tout, le reste n’est rien. On voit ici le mécanisme forcément excessif de l’adoration. Hitler, Samantha Fox ou Radiohead, c’est pareil. L’idole englobe tout, l’idole est tout et le reste orbite ou disparaît à jamais dans l’insignifiance. Cela dit, pour Radiohead, c’est vrai.
D’ailleurs, Bill Madlock est tout sauf un imbécile. Il sait lire, il écoute beaucoup de musique, il observe avec acuité son entourage et sa vision du monde n’a rien de délirant. Au contraire même, Madlok est d’une rare lucidité. Et Colin d’embrayer sur l’un des aspects flippants de la société de l’information : le complot. Complot ou sens caché accessible à quelques élus, le mécanisme est le même. Madlock connaît Radiohead. Il connaît le véritable sens de leurs paroles, de leur musique, il sait tout (et son délire va si loin que le lecteur y croit les yeux fermés). Et il lui appartient de veiller sur le groupe, car si la fin du monde a déjà eu lieu, il reste quelques petites choses à sauver.

Avant tout hilarant, mais plutôt inquiétant, Big Fan est un roman à part dans la production littéraire francophone. Sous des dehors faussement légers, on y trouve une réflexion assez grave sur le monde, à travers des personnages affreusement réels. À tel point que le lecteur en vient à réfléchir (scandale) sur la nature de l’information, sur la réalité, sur l’interprétation. Le tout emballé dans une prose percutante et une volonté contagieuse d’en découdre.


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On le sait, on l’a vu, Fabrice Colin se contrefout avec raison des vastes débats qui agitent la micro-sphère SF française. Fabrice Colin écrit. Et les autres courent derrière. Big Fan en est la meilleure illustration. Précipitez-vous.