Soufflez un bon coup : les fêtes de fin d’année sont terminées ! Cette dernière part de bûche que votre belle-mère vous a forcé à ingurgité l’autre soir étant quasiment digérée maintenant, vous allez pouvoir reprendre une vie normale - et lire, tard le soir, des histoires de trucs qui n’existent que dans votre imagination. Quel bonheur, non ?

Pour dresser un premier bilan de l’année passée, et obtenir quelques scoops sur les meilleurs bouquins à venir, le Cafard cosmique a soumis à la question les éditeurs de SF&F. Nous leur avons posé les trois questions suivantes :

  • Quels sont les succès et les échecs de 2006 dans la/les collection[s] que vous dirigez ?
  • Quels sont vos meilleurs souvenirs de lecture de l’année écoulée, tous éditeurs confondus ?
  • Quels sont les livres que vous souhaitez soutenir en 2007 ?

Certains ont répondu en longueur, d’autres sont plus concis - quelques uns n’ont pas eu le temps ou l’envie de répondre [une autre fois, peut-être ?], mais il y a dors et déjà là de quoi construire une nouvelle pile à lire à côté de l’ancienne. Réjouissant, non ?


LES EDITEURS ONT LA PAROLE


Bénédicte LOMBARDO pour Fleuve Noir / Rendez-vous Ailleurs & Pocket SF

  • Votre bilan 2006 ?

« Le Monde enfin » de Jean-Pierre ANDREVON a été la belle surprise de l’année. J’avais eu un très beau succès en 2005 avec le roman de Christophe LAMBERT, « La brèche » et cette année c’est encore un auteur français qui fait une des meilleures ventes de la collection.
Déception avec le roman de Iain M. BANKS, « La Plage de verre », qui n’a pas fait d’étincelles. Ce n’est pas un roman du cycle de la Culture, certes, mais c’est un bon space-op qui pouvait à mon sens attirer un public SF plus large.

L’année n’est pas terminée mais je trouve l’ensemble morose, en ce qui me concerne, voire bien mou... En revanche, sur le poche c’est assez dynamique. Et la SF n’est vraiment pas en reste.

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

Sans hésiter, je mets dans ma liste « A l’estomac » de Chuck PALAHNIUK [Denoël], « Il faut qu’on parle de Kevin » de Lionel SHRIVER [Belfond], « Tropique de la nuit » de Michael GRUBER [Pocket Thriller], « Le Pays des ténèbres » de Stewart O’NAN [L’Olivier].

Côté humour, j’ajouterai « Hontes », une antho des pires humiliations subies par des écrivains [aux éditions Joëlle Losfeld], « Le chant des Baleines » de Christopher MOORE [Série noire] et « Chaos de famille » de Franz BARTELT [Série noire]. Chez les éditeurs de genre, je retiens surtout « Axiomatique » de Greg EGAN. Me revient aussi en mémoire très clairement le roman de Colin MARCHIKA, « Les Gardiens d’Aleph-Deux » qui m’a impressionnée.

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Je n’ai que 8 titres prévus, dont « Zoulou Kingdom » de Christophe LAMBERT et « Temps » de Stephen BAXTER qui sont mes seuls titres de SF.
Je publierai également « War of Flowers » de Tad WILLIAMS, un roman de fantasy urbaine avec un rockeur comme perso principal qui entre de force dans un monde magique. Oui, je sais, dit comme ça, on pense à Dick Rivers sous LSD. Mais non !

Je reprends « La Roue du temps » de Robert JORDAN alors que Rivages avait arrêté il y déjà quelques années. Je publierai deux volumes le même mois, soit le volume 7 américain. Impossible de le faire en un volume, trop énorme, et ne parlons même pas de la reprise en poche. J’espère que les fans seront toujours au RV après ces années d’attente d’autant que le rythme de parution sera régulier, deux volumes chaque année.

J’espère aussi terminer la série de Greg KEYES, qui marche toujours très bien, et inviter l’auteur à l’occasion des 30 ans de Pocket SF.


Olivier GIRARD pour Le Bélial’

  • Votre bilan 2006 ?

Globalement, l’année 2006 fut bien moins mauvaise pour le Bélial’ que l’année 2005. Ma plus grosse déception sur 2006 courait déjà sur 2005, il s’agit du recueil « Aztechs » de Lucius SHEPARD, paru en octobre 2005. 800 ventes sur 14 mois d’exploitation, c’est une misère... J’espère toutefois qu’avec le Grand Prix de l’Imaginaire 2007 et la remise en place du livre avec un bandeau en janvier, ça nous permettra d’en vendre 200 ou 300 de plus.

Sur 2006, pas de déception majeure : ce qui devait marcher l’a plutôt bien fait, ce qui s’annonçait comme difficile l’a clairement été... La meilleure vente 2006 reste très nettement « La Nef des fous » de Richard Paul RUSSO, avec à ce jour 3500 ventes sur un tirage de 5000. « Axiomatique » de Greg EGAN marche plutôt pas mal : nous sommes à 1500 ventes nettes après trois mois d’exploitation et une mise en place de moins de 1100 volumes. C’est prometteur.

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

Très peu, en fait. Si sur 2006 je devais retenir un bouquin [hors ceux du Bélial’, évidemment, hors quelques titres chez ma femme, Bénédicte LOMBARDO, hors quelques titres chez mon quasi frangin, Gilles DUMAY !], ce serait certainement « Tropique de la nuit » de Michael GRUBER [sorti aux Presses de la Cité mais disponible en poche chez Pocket depuis quelques mois]. C’est un thriller hallucinant sur fond de magie africaine, une plongée anthropologique érudite et géniale au cœur de l’Afrique noire. Franchement, ça faisait des lustres que je n’avais pas lu un thriller aussi remarquable. J’attends la sortie du nouveau roman de l’auteur. S’il est aussi bon que « Tropique de la nuit », il faudra que nous fassions quelque chose sur GRUBER dans « Bifrost », parce que ce type est franchement phénoménal...

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Ben tous, en fait. Ce qui, a priori, est le plus difficile en terme de ventes, est souvent ce qui m’enthousiasme le plus. En mars, d’abord, le nouveau roman de Thierry Di ROLLO, « Les Trois reliques d’Orvil Fisher ». Je considère que Di ROLLO est un immense auteur. Son sixième roman en est une preuve supplémentaire.

En mai, il y a aussi le nouveau roman de Thomas DAY, « Le Trône d’ébène », une saga de fantasy africaine qui tourne autour du personnage historique de Shaka, le fédérateur de la nation Zouloue. C’est un bouquin assez brutal qui relate l’extraordinaire ascension du personnage. Un livre qui tient autant de l’Histoire que de la fantasy, un récit de pouvoir et d’amour, bref, du pur Thomas DAY.

Je compte pas mal, financièrement, sur le second tome inédit de « La Patrouille du temps » de Poul ANDERSON [au total, il y en aura 4], et naturellement sur « Rosetta Codex », le nouveau roman SF de Richard Paul RUSSO.

Plus dur [pour les ventes], mais autre vrai coup de cœur : le roman de Lucius SHEPARD, « Louisiana Breakdown », dont la sortie en septembre prochain sera pour moi un grand moment. Et puis, bien sûr, une manière d’apothéose en novembre, avec deux recueils : « Radieux », de l’incontournable Greg EGAN, et « Mémoires mortes », de Catherine DUFOUR.


Gérard KLEIN pour Ailleurs & Demain et Le Livre de Poche chez Robert Laffont

  • Votre bilan 2006 ?

Plus beau succès, « Olympos », de Dan SIMMONS, évidemment. Pire déception, l’accueil fait à Edward WHITTEMORE en général et en particulier au deuxième volume de sa tétralogie, « Jérusalem au poker » [paru en novembre 2005 mais en fait vendu en 2006].

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

« Traité de physique et de philosophie » de Bernard d’ESPAGNAT

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Dans Ailleurs et demain : Edward WHITTEMORE, « Ombres sur le Nil », troisième volume du Quatuor de Jérusalem, Ursula LE GUIN : « Terremer » et Paul McAuULEY : « Glyphes » [« Mind’s eye » en anglais].

Au Livre de Poche : Gene WOLFE, « La Cinquième tête de Cerbère » et Catherine DUFOUR : « Le Goût de l’immortalité ».


Gilles DUMAY pour Denoël / Lunes d’Encre

  • Votre bilan 2006 ?

La réponse à cette question ne peut-être que forcément tronquée, dans le sens où un livre a une durée de vie comprise entre 18 mois [minimum] et plusieurs dizaines d’années. « Le Prestige » e Christopher PRIEST a déjà 5 ans de vie chez Denoël et continue de se vendre. Livre largement déficitaire jusqu’en septembre 2006, il va bien entendu devenir bénéficiaire avant la fin de l’année 2007 même si les ventes générées par le long métrage sont extrêmement faibles. Jamais un film de 40 millions de dollars de budget n’aura eu aussi peu de retombées sur le livre lui ayant servi de source.

Mais revenons à 2006...
« L’Ombre du bourreau » de Gene WOLFE est une réussite incontestable avec près de 3000 exemplaires vendus pour le tome 1 et plus de 2000 pour le tome 2. En rajoutant les reprises en poche, d’ores et déjà assurées, je devrai finir les dix-huit mois d’exploitation de ce titre double en fort bénéfice.
« La Tour de Babylone » est le succès surprise de l’année, avec son tirage de 4000 exemplaires quasiment épuisé au moment où j’écris ces lignes [tirage augmenté à 4000 par les commerciaux de Denoël, alors que je ne prévoyais que 3000 ex tirés pour 1500 ventes nettes]. J’ai proposé à l’agent de Ted CHIANG de sortir une version augmentée de ce recueil puisque CHIANG vient de finir un court roman et il semblerait que cette édition augmentée soit possible. Ce qui veut dire que je vais probablement geler les offres poche que j’attends pour cet ouvrage et rééditer « La Tour de Babylone » début 2008. « Le Royaume Blessé » de Laurent KLOETZER était à 1700 ventes après retours la dernière fois que j’ai regardé les chiffres, cela peut paraître faible, mais pour un livre [tiré à 3000 ex] sans frais de traduction, vendu à 29 euros, c’est un très joli score. D’autant plus que là encore la revente en poche est assurée.
La réédition de l’intégrale des « Nouvelles » de Philip K. DICK vit sa vie comme il se doit, avec des ventes modestes mais régulières. Je ne pense que pas que nous soyons bénéficiaires pour le moment, mais ça ne devrait plus tarder, surtout avec les fêtes.

Pour ce qui est de l’après septembre 2006, en dehors des deux volumes d’ASIMOV, « Fondation » et « Fondation Foudroyée » [qui doivent être d’ores et déjà bénéficiaires] tout est très flou.
« Des parasites comme nous » de Adam JOHNSON se dirige lentement vers des ventes de 2000 ex, sans reprise poche assurée. « La Fille du Roi des Elfes » marchouille malgré une couverture ratée. « La Chair et l’ombre » démarre très lentement, mais la mise en place est correcte, je pense qu’on va atterrir entre 2500 et 3000 ventes au final, c’est peu pour un Robert HOLDSTOCK, d’autant plus pour celui-ci qui me semble être son chef d’œuvre. Un bon bouche à oreille peut sans doute accélérer le « retour sur investissement ». Je ne pense pas perdre beaucoup d’argent sur ces titres ; au pire ce sera sur Adam JOHNSON, s’il y a beaucoup de retours, car c’est un ouvrage que j’ai payé très cher [8000 euros] avec une très grosse traduction [environ 10 000 euros]. JOHNSON c’est un pari sur l’avenir... On ne saura pas avant son quatrième ouvrage si je me suis planté ou non.

2006 est sans aucun doute la meilleure année que Lunes d’encre ait jamais faite depuis l’existence de la collection, tout simplement parce que les livres chers [à l’exception du JOHNSON] ont trouvé très vite leur seuil de rentabilité, situation à laquelle il faut ajouter le fonds de la collection, considérable. Au moment des fêtes, « L’échiquier du Mal », « Les Puissances de l’Invisible » et « Histoires secrètes de Sherlock Holmes » se vendent comme des petits pains. Par ailleurs, depuis le Prix Hugo de R.C. WILSON, je vends pas mal le fonds WILSON.

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

Il y en a trop ! Les nouvelles de Kelly LINK, Paolo BACIGALUPI, Robert Charles WILSON et Jeffrey FORD. « Aquaforte » de K.J BISHOP. « La Fille dans le verre » de Jeffrey FORD. « L’âge des Lumières » de Ian R. MacLEOD [lu trois fois pour les besoins de sa parution en Lunes d’encre] ; « The House of Storms » du même MacLEOD. « Spin » de Robert Charles WILSON. Beaucoup de littérature japonaise chez Picquier. Beaucoup de Phébus, avec ARRIAGA, STEVENSON et d’autres. J’ai aussi adoré deux bouquins de vraie SF anglaise dont je ne veux pas parler, tant que les contrats ne sont pas signés par mon patron. J’ai lu « De sang froid » [NDCC : de Truman CAPOTE] que je n’avais jamais lu. J’ai relu du Graham GREENE, du Cormac McCARTHY.

J’ai découvert Ian WATSON dont je n’avais quasiment rien lu. Sinon, c’était mon délire « documentation » de 2006, j’ai lu beaucoup de livres sur Chaka, les Zoulous, l’Afrique du sud et ses explorateurs anglais.

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Après les purges « Fondation » et « L’Ombre du bourreau », œuvres du fonds Denoël qui m’ont donné beaucoup d’urticaire pour des raisons tout à fait différentes [ASIMOV écrit comme une patate ; WOLFE écrit bien mais est au service permanent d’une métaphore chrétienne qui, en tant que sympathisant bouddhiste, m’horripile] 2007 sera chez Lunes d’encre globalement un manifeste « Gilles Dumay adore et vous présente » :

  • « L’Âge des lumières » de Ian R. MacLEOD [à paraître en janvier].
  • « Spin » de Robert C. WILSON [février].
  • « La Fille dans le verre » de Jeffrey FORD [avril].
  • « L’Homme démoli/Terminus les étoiles » de Alfred BESTER, préfaces de Serge LEHMAN et Neil GAIMAN [mai].
  • « 1610, L’énigme du cadran solaire » de Mary GENTLE [octobre].

Seront aussi au sommaire
- « Les Chroniques de Durdane » de Jack VANCE [mars], qui fait partie de mes Vance préférés.
- « Kane » [l’intégrale 1/3] de Karl Edward WAGNER [juin], une conanerie complètement punk.

Que de bonnes choses, avec soit « Vélum » de Hal DUNCAN en sus soit « Three Days to never » de Tim POWERS [le premier est un chef d’œuvre de la littérature moderne ; le second un très solide Tim POWERS]. Ou peut-être un roman français, si celui auquel je pense est prêt pour septembre 2007. Dans ce cas, je publierai le frenchy plutôt que DUNCAN ou POWERS. Je n’aime pas que les auteurs français attendent. Les bons romans francophones sont suffisamment rares pour qu’on leur réserve un traitement de faveur.


Audrey PETIT et Célia CHAZEL pour Mnémos

  • Votre bilan 2006 ?

> Wayne BARROW, « Bloodsilver » : succès commercial pour ce western fantastique qui allie les codes du divertissement populaire et une véritable réflexion sur l’histoire - cela démontre qu’il est aujourd’hui possible de toucher un large public hors de la fantasy.
> Fabien CLAVEL, « La Cité de Satan » : nous défendons cet auteur depuis des années. Ses références culturelles classiques se révélaient jusqu’alors trop atypiques pour le public de l’imaginaire (par exemple avec son précédent roman, « L’Antilégende », relecture du mythe de Don Juan). « La Cité de Satan », peplum uchronique paru récemment, a rencontré un véritable succès critique à sa sortie et un démarrage en librairie satisfaisant.
> En revanche, déceptions commerciales pour « Le Cycle des Seuils » de Stephen DONALDSON, « Crépuscule d’acier » et « Aube d’acier » de Charles STROSS et « Deloria » de Richard CANAL... de la difficulté d’éditer aujourd’hui des cycles ou des romans de SF longs et ambitieux...

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

> Haruki MURAKAMI, « Kafka sur le Rivage » [Belfond] : Réalisme magique, humanisme, apport de la littérature japonaise à l’imaginaire contemporain. [Par contre, lauréat totalement hors-sujet du World Fantasy Award - symptomatique d’une confusion des genres qui ne profite ni à la fantasy ni aux littératures de l’imaginaire en général.]
> Alberto MANGUEL, « Journal d’un lecteur » (Actes Sud) > Rapport détaillé et passionnant de (et sur la) lecture. Quelques titres passés au crible, dont plusieurs appartenant à l’imaginaire.
> Ursula LE GUIN, « L’Anniversaire du Monde » [Robert Laffont / Ailleurs et demain] : novateur, poétique, intelligent...
> « Les Nombreuses Vies de Sherlock Holmes » et « Les Nombreuses Vies d’Hercule Poirot » [Les Moutons électriques / Bibliothèque rouge] : de beaux livres, dans tous les sens du terme.
> Caroline STEVERMER, « L’Equilibre des ancres » [Les Moutons électriques] : complètement déroutant, du Harry Potter intimiste et subversif. Avec un bémol sur le choix du titre.

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

> D’abord « La Lune vous salue bien » de Johan HELIOT, achèvement d’un tryptique commencé en 2000 avec La Lune seule le sait, histoire revisitée du 20e siècle qui a contribué à poser les jalons de l’uchronie/steampunk francophone.
> « La Musique de verre » de Louise MARLE, nouvel auteur traduit en France, ancienne musicienne professionnelle, pour un roman uchronique doux-amer sur la musique, le double et la réminiscence.
> « Mémoires de l’Homme-Eléphant » de Xavier MAUMÉJEAN, réédition révisée et augmentée du Prix Fantastic’Art 2000, premier volet du dyptique sur la foire. Où Joseph Merrick, le célèbre Homme-Eléphant, mène l’enquête depuis sa chambre de l’hôpital de Whitechapel...
> « Les Gardes Phénix » de Steven BRUST, le cycle le plus célèbre de l’auteur, relecture [très personnelle] des « Trois Mousquetaires ». Par le seul trotskiste américain.


Pascal GODBILLON pour Folio SF chez Gallimard

  • Votre bilan 2006 ?

Etant arrivé en milieu d’année il m’est difficile de répondre à cette question. Toutefois, il est probable que le plus beau succès sera « Le Prestige » de Christopher PRIEST, grâce au film, et c’est tant mieux car c’est un roman remarquable, vertigineux, exceptionnel ! Sinon la reprise de « La trilogie divine » de Philip K. DICK, « La saga de Hrolf Kraki » et La trilogie « Phénix » de Bernard SIMONAY se sont très bien comportés.

Les déceptions... Peut-être « La forteresse de coton » de Philippe CURVAL qui aurait mérité d’être mieux défendu [mais il n’y avait personne pour le faire au moment de sa sortie] ou la reprise du « Vaisseau des voyageurs » de R.C. WILSON. Et mi-satisfaction, mi-déception : le beau succès critique du génial roman de Thomas PICCIRILLI, « Un choeur d’enfants maudits », qui ne s’est pas vraiment accompagné de ventes à tout va. Mais je compte sur le long terme avec ce roman.

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

Je suis loin d’avoir tout lu mais je pense que « Anansi Boys » de Neil GAIMAN et « La cité des saints et des fous » de Jeff VANDERMEER [malgré 150 à 200 pages de trop à mon avis] sont les deux titres qui m’ont le plus marqué.

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Il y aura tout d’abord « La Horde du Contrevent » d’Alain DAMASIO en mars - dont la reprise en poche est, je crois, très attendue. La trilogie de « La guerre des cygnes » de Sean RUSSELL. La trilogie de « La légion de l’espace » de Jack WILLIAMSON qui vient, malheureusement, de nous quitter. La reprise aussi de « Une femme sans histoire » de Christopher PRIEST qui est un auteur que j’adore et que je souhaite continuer à défendre... Et plein, plein d’autres !
Enfin deux inédits : « Memory Wire », le deuxième roman de R.C. WILSON, jamais encore publié en France, et un ouvrage signé Cory DOCTOROW, un vrai coup de coeur. [1]


André-François RUAUD pour Les Moutons Electriques

  • Votre bilan 2006 ?

Le roman de Laurent QUEYSSI, « Neurotwistin’ », a fort bien marché et se maintien à une vente très honorable pour un premier roman d’un auteur débutant, j’en suis donc très content. Le scénario de Philip K. DICK est un peu décevant, en revanche, même s’il se vend pas mal, et le gros plantage c’est malheureusement « Manhattan Stories » de Jonas LENN, qui n’a eu que des critiques assez tièdes et n’a vraiment pas trouvé son public. Trop polar pour les uns, pas assez SF pour les autres, et vice-versa. Au point que je ne vais pas pouvoir en faire un deuxième, et ça je le regrette vraiment. Laurent QUEYSSI en revanche bosse déjà sur plusieurs nouveaux projets. Pour le reste, il est encore un peu trop tôt pour se prononcer.


- Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

Deux grandes claques, qui vont toutes deux sortir chez Denoël / LDE : « River of Gods » de Ian MacDONALD et « Spin » de Robert Charles WILSON. Le genre de romans renversant, bouleversant, qui démontrent que la SF est toujours une littérature sacrément vivante. Aussi, « Fournaise » de James Patrick KELLY, paru en VO en janvier dernier. Ce court roman m’a tellement fasciné, enthousiasmé, que je l’ai acheté aussitôt ! Et que j’ai décidé de le traduire moi-même, en collaboration avec Christophe DUCHET. Un vrai coup de coeur.

Sinon, pour 2006 je suis très heureux que Folio ait traduit le roman inédit d’Andrew WEINER, « Boulevard des disparus », qui est un polar-SF subtil et poignant, j’adore cet auteur. Ah oui, et puis il y a « Deloria » de Richard CANAL, chez Mnémos : je viens juste de le lire, c’est superbe.

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Deux auteurs phares : tout d’abord, l’Australien A. Bertram CHANDLER, qui débute chez nous une grande saga de space-opera, sur la vie d’un marin des étoiles, John GRIMES [« La Route des Confins », fin février]. C’est du bon vieux space-opera très fun, un vrai plaisir. Et puis ensuite : Léa SILHOL, qui entre en avril à notre catalogue avec son deuxième roman, très attendu, « La Glace et la Nuit ». Une splendeur !
Sinon, toujours attachés aux nouveaux auteurs nous allons publier le roman de SF de James Patrick KELLY, « Fournaise » [fin janvier], qui était nominé au dernier prix Hugo, et un débutant en fantasy, Jean-Philippe JAWORSKI [« Janua Vera », en mai], déjà auteur de deux jeux de rôles et que nous avons "piqué" à deux autres maisons qui étaient également intéressées...


Mathias ECHENAY pour La Volte

  • Votre bilan 2006 ?

Pas de gros succès commerciaux à la hauteur de « La Horde », mais de très bons échos sur Stephane BEAUVERGER et Jeff NOON. Je suis déçu des ventes, mais pas des livres. Je ne vise pas le succès, que les livres existent et soient beaux, qu’il y ait des réactions positives, cela m’apporte beaucoup de bonheur. De même pour « Aux limites du son » avec des auteurs que j’ai toujours aimés, sans parler des aventures musicales, Hint pour BEAUVERGER, et ces formations de musique "indisciplinée" pour le recueil, avec lesquels nous avons organisé un concert au Lieu Unique, musiciens et écrivains sur scène, c’est génial tout simplement.

  • Vos meilleurs souvenirs de lecture en 2006, tous éditeurs confondus ?

« Kafka sur le rivage » de Haruki MURAKAMI, j’aime cet auteur, ce roman est peut-être celui que je préfère. Alastair REYNOLDS, « La Cité du gouffre », quel souffle ! et avec une trame narrative qui ne se relâche pas, je trouve qu’il n’a pas en France, pour l’instant, le succès qu’il mérite. « Le festin nu » de Williams BURROUGHS, et ouais je ne l’avais pas lu alors que j’aime Jeff NOON !

  • Les oeuvres et les auteurs sur lesquels vous pariez pour 2007 - et que vous avez envie de défendre ?

Jeff NOON encore, deux livres, et la nouvelle édition de « La zone du dehors » d’Alain DAMASIO en mars [avec dvd], en janvier « Poisson-chien » de Laurent RIVELAYGUE, un roman délirant, très drôle... et pas du tout SF.


A NOTER : Les éditions Bragelonne n’ont pas souhaité répondre à ce questionnaire. Le directeur de collection de Bragelonne SF, Jean-Claude DUNYACH semble ne pas porter le Cafard cosmique dans son coeur à cause de quelques critiques trop incisives... Ceci dit, à la demande de certains participants du forum Bragelonne, JC DUNYACH a fini par répondre - en partie - au questionnaire à son tour... Vous pouvez prendre connaissance de ses réponses ici en bas de page.


Mr.C


NOTES

[1] Correctif : ces deux inédits paraîtront chez Folio SF en 2008.