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Publié le 13/06/2000

Blade Runner de Philip K. Dick

[Do Androids Dream Of Electric Sheep ?, 1968]

MULTIPLES REEDITIONS

Par oman

La Terre est véritablement un endroit où il ne fait pas bon vivre : la pollution radioactive d’après-guerre, comme la vermine, a fait disparaître un grand nombre d’espèces animales, et ces dernières sont une denrée rare sur une planète devenue stérile et peu habitable.
Rick Deckard vit à San Francisco. Un ancien flic, devenu blade runner : son travail est d’exterminer une autre vermine : les androïdes, que l’on ne peut identifier que grâce à des tests confondant leur empathie. Huit d’entre eux se sont échappés de Mars. Des Nexus-6, dont l’intelligence est bien supérieure à l’homme. Deckard reçoit pour mission de les "réformer"...


« Le déclic de l’orgue d’humeur situé près de son lit réveilla Rick Deckard ? Agréablement surpris, comme chaque jour, par la qualité de son éveil, il se dressa dans son lit puis, debout dans son pyjama multicolore, il étira ses membres. Dans le lit jumeau, sa femme Iran ouvrit des yeux gris sans joie, cligna deux ou trois fois des paupières en grognant, puis referma les yeux.
- Tu n’as pas réglé ton Penfield assez haut, lui fit-il observer. Je vais arranger ça, et tu te sentiras bien réveillée...
- Touche pas à mon orgue ! (sa voix était pleine de rancœur.) Je ne veux pas me réveiller. Il s’assit à côté d’elle, se pencha et lui expliqua doucement :
- Si tu règles la décharge de manière à ce qu’elle soit assez forte, tu serais heureuse de te réveiller. C’est tout l’intérêt de la chose ! Tu mets le bouton sur C et tu atteins d’un seul coup à la conscience éveillée. Comme moi... »

Le film culte.

Je n’ai pas à présenter Blade runner (le film), réalisé par Ridley Scott en 1982, avec Harrison Ford dans le rôle titre du blade runner, Rutger Hauer, exceptionnel, dans le rôle du chef des androïdes, dont la dernière tirade après avoir sauvé le blade runner, est un vrai moment de cinéma. Le décor, la photographie de ce film est esthétiquement une pure merveille esthétique, la bande son du pur bonheur.

Seul un petit nombre d’amateurs de science fiction n’a pas chez lui ce film, ou au moins l’a vu et revu. C’est du moins, encore aujourd’hui une ambiance qui a été (pas très bien reprise parfois) copiée, qui a inspiré grand nombre de décorateurs de film. Assez pour être en quelque sorte, un repère dans le cinéma.

Néanmoins, après avoir lu le roman, il en apparaît que le scénariste a fait une adaptation large du roman, et en a occulté les grandes lignes, pour en faire un beau film plus à la portée du grand public, toutefois. Car la réformation des androïdes n’a d’autre but pour le héros, que d’obtenir les primes pour...se payer un mouton !

L’empathie.

Ce que le film n’a pas souligné et qui est un des aspects les plus importants du roman est l’empathie. L’empathie pour le vivant. En effet, c’est cette qualité que nous avons, enfin je l’espère, qui permet de différencier un homme du reste. Ce que DICK expose très bien dans ce roman : la technologie pourra d’ici quelques décennies, quelques centaines d’années peut-être, nous permettre de copier un homme, de construire une machine capable de ressembler à un être humain, dans son apparence, dans un premier temps, et qui aura son savoir et enfin dans sa capacité de raisonnement, de façon à pouvoir côtoyer les hommes, tout en respectant les comportements sociaux. Mais sera t-il capable de sentiments ? Sera t-il capable de sacrifier sa propre vie pour en sauver une autre ? L’empathie y est tellement importante que les humains se connectent à une boîte à empathie. Un test ?

La sauvegarde de la vie.

La pollution qui est la nôtre actuellement met en danger des milliers d’espèces animales, et ici la disparition des espèces y est importante, à tel point que les hommes se sentent obligés d’avoir un animal chez eux, un peu comme la preuve que les gens sont humains : le fait de s’en occuper est encore une marque d’empathie, ce qu’un androïde ne pourrait pas faire. Avoir un animal androïde (un mouton électrique, par exemple) est une source de honte.

« Rick marcha droit sur son mouton, se baissa et fourragea dans l’épaisse toison laineuse - la vermine, du moins, était authentique -, jusqu’à trouver ce qu’il cherchait : la trappe de visite secrète du mécanisme. Sous les yeux de Barbour, il fit basculer la trappe, révélant les entrailles électroniques. »

« Pharmacien sur Mars, lut-il sur la fiche de renseignements. C’était, du moins, la couverture choisie par l’andro. Mais c’était probablement un manuel, un ouvrier agricole rongé d’ambition. Les androïdes rêveraient-ils ? se demanda Rick. »

« Jadis, songea-t-il, j’aurais vu les étoiles. Il y a de cela des années. Et maintenant, je ne vois que les cendres, la poussière. Des années et des années que personne n’a vu une étoile, du moins sur Terre. Et si j’allais là où l’on peut voir les étoiles ? se dit-il. Le véhicule gagnait de la vitesse et de l’altitude ; il s’éloignait de San Francisco en direction des étendues désolées du Nord de la vile. Là où aucun être vivant ne se serait jamais rendu. A moins de sentir approcher la fin... »


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Encore une fois, l’univers dickien est inimitable. Encore une fois, on est ballotté par l’auteur : qui est humain, qui est un androïde ? On se sent parfois perdu et emporté par le doute. Et ici, on se demande ce que c’est d’être humain, à partir de quand on l’est et à partir de quand on ne l’est plus. L’empathie est-elle vraiment le seul critère ? Que devient-on si l’on a de l’empathie pour les animaux ? Et pour les androïdes ? Et si l’on n’a pas d’empathie pour les androïdes, cesse t-on d’être humain ?

Encore une bonne claque, décidément Dick ne cessera de me surprendre. Même en connaissant le thème et la trame globale, à travers le film que j’avais vu il y a quelques années, j’ai été soufflé par ce roman.