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Publié le 01/12/2008

Blanche Neige et les lance-missiles de Catherine Dufour

REED. LE LIVRE DE POCHE / FANTASY, NOV. 2008

Par Nébal

Des fois, comme ça, tout à coup, subitement, on se prend à penser que la vie est belle. Tenez, par exemple : Blanche Neige et les lance-missiles. Le premier roman, joliment titré, de Catherine DUFOUR, paru chez Nestiveqnen en 2001 et heureux vainqueur du prix Merlin 2002. Et le premier tome de sa série de « fantasy burlesque » joyeusement intitulée « Quand les dieux buvaient ».
Ça fait envie.
Sauf qu’il était impossible de mettre la main dessus, de même que sur les volumes ultérieurs à l’exception du petit dernier, depuis, ouf, au moins...
Mais joie ! joie ! La collection « Fantasy » du Livre de poche s’est enfin décidée à rééditer ledit roman. Et, tant qu’à faire, sous le titre de Blanche Neige et les lance-missiles, ce sont en fait les deux premiers romans de la série qui sont aujourd’hui repris [sévèrement revus et corrigés, semble-t-il], en attendant un second volume composé des tomes 3 [Merlin l’Ange chanteur] et 0 [L’Immortalité moins six minutes ; ouais, 0, parce que les préquelles, en ce moment, c’est ach’ment tendance].
Alors, franchement : elle est pas belle, la vie ?


Deux romans pour le prix d’un, donc [façon de parler, bien sûr], posant les bases d’une série de fantasy frappadingue assumant sans vergogne ce qu’elle doit à Terry PRATCHETT [surtout], mais aussi à Douglas ADAMS ou encore aux Monty Python, etc. Comme les plus belles réussites de ces chantres de l’humour britannique, Blanche Neige et les lance-missiles déborde donc de parodies déviantes, de situations absurdes, de noms propres improbables et de jeux de mots tout simplement scandaleux. Et c’est à la fois totalement crétin, et, non, en fait, pas du tout. Mais avec un petit quelque chose qui le distingue de ces prestigieux modèles, et en fait bien plus qu’une « Palcopie » [aha], à savoir un [mauvais, bien sûr] goût particulièrement prononcé pour l’irrévérence allant jusqu’au trash : ici, on ne se contente pas de malmener les mythes et les archétypes ; on les explose, on les massacre, on les prend, on les retourne, et on les [*bip*] sauvagement. Et, disons-le, oui, avouons-le franchement : ça défoule ; et ça fait du bien. Oh, oui. On l’a souvent souligné, mais allons-y gaiement : tout ça est très punk, en fait. Et extraordinairement jouissif.

Le pitch de Blanche Neige et les lance-missiles, ou plus exactement de sa première partie [rebaptisée ici Les Grands Alcooliques divins ; personnellement, j’aurais préféré le titre original de Blanche Neige = SS, mais, bon...], en témoignera assez. C’était il y a bien longtemps, sur un monde plat [forcément]. Il y avait alors des gnomes consanguins particulièrement xénophobes, des gragons particulièrement dangereux, et des fées particulièrement stupides. Parmi elles, il y avait notamment ces insupportables marraines, qui passaient leur temps à arranger des mariages.
Mais, un jour, un spectre particulièrement rancunier du nom de Bille Guette [une vraie enflure, vous vous en doutez] a trouvé le moyen de bourrer la gueule à Dieu et au Diable, et ça a comme qui dirait foutu un peu le bordel, anges et démons en profitant pour faire un peu tout et n’importe quoi. C’est comme ça que la Belle au Bois-dormant, à la diction un peu anachronique, forcément, s’est retrouvée à épouser un démon, que Peau d’Âne est restée coincée dans sa cabane miteuse au fond des bois, et que Blanche Neige, en échappant aux manœuvres de sa belle-mère et de son miroir magique gâteux, a grimpé les échelons à coups de fourberies sanglantes, jusqu’à devenir impératrice d’Obersturm, où elle instaura une abominable dictature [mais il est vrai qu’elle avait une hérédité chargée, la garce]. En suivant ces personnages, mais aussi quelques autres, dont le prince charmant de Cendrillon reconverti dans la magie [il faut dire que le coup de la pantoufle de verre, c’était quand même pas une bonne idée], une mésange bavarde et une petite vareuse à capuche rouille [sa gueule], on sera amené à assister à rien moins qu’à la fin du monde. Eh oui.

Un joyeux délire totalement foutraque, débordant d’idées génialement débiles et autres références savoureuses, et servi par une plume alerte, naviguant sans soucis au milieu des barbarismes et néologismes, des jurons et des anachronismes médiévalisants [les répliques d’Aurore sont souvent à tomber, de même que le long flashback consacré à Wilfried Anicet Méthode et à ses problèmes de « cuer »]. C’est déjà beaucoup ; mais, chose surprenante et particulièrement appréciable, Catherine DUFOUR, tout en pillant à droite à gauche et en partant dans tous les sens, multipliant les digressions interminables et saynètes anecdotiques, parvient néanmoins à nous raconter une histoire. Et une bonne histoire, qui plus est : drôle, certes, mais aussi caustique [et parfois très noire...] ; dingue, d’accord, mais plutôt bien ficelée [même si la construction parfois alambiquée n’est sans doute pas irréprochable, problème que l’on retrouvera également dans L’Ivresse des providers] ; référencée, OK, mais inventive. En jouant des clichés de la fantasy commerciale et des contes de fées dans ce qu’ils ont de plus niais, elle parvient cependant à livrer quelque chose d’original et finalement très personnel, et à surprendre régulièrement le lecteur. Belle performance, pour un résultat hilarant de bout en bout, que l’on dévore avec gourmandise et un sourire bête permanent.

Et c’est peut-être encore plus vrai pour ce qui est de L’Ivresse des providers, roman qui se situe bien plus tard ; de nos jours, en fait, et sur un monde « bouliforme », mais dans un univers parallèle au nôtre. Où les spectres, menés par le génial et insupportable Evariste Galois, se sont emparés de l’Internet, mais ont maille à partir avec l’Ankou, la Faucheuse, qui, non contente d’être Bretonne, s’est dégottée un terrible allié, le magnat de l’informatique... Will Door. Eh oui : Il est revenu [Catherine DUFOUR a dû avoir de gros soucis avec Windows, faut croire]. Dieu et le Diable, par contre, non. Du coup, pour triompher de l’immonde petit salopard et de ses hordes de pacmans ayant envahi les réseaux, l’aide des fées sera la bienvenue. Et la vieille fée Calmebloc Icibachudun Désastrobscur [Cid, ça va plus vite], tirée de sa souche, relookée façon Lara Croft et secondée de la « créatrice » de jeux de rôles navrants Mismas, de répondre à l’appel de ses copines rescapées. C’est-à-dire de se rendre au bois de Boulogne. Il sera bien temps, alors, de se lancer dans une quête improbable, parsemée de cuites épiques, de gros pétards de beuh et de propositions nécessairement inconvenantes, et où l’on croisera entre autres le père Noël et Arthur RIMBAUD. Tant qu’à faire, hein... Après tout, c’est pas tous les jours l’apocalypse [oui, encore ; enfin, dans un sens... mais c’est un peu une obsession, chez le petit magouilleur rancunier].

Catherine DUFOUR délaisse cette fois les contes de fées, vaincus par KO au précédent round, pour nous concocter une mixture improbable télescopant horreur et folklore breton, science-fiction et fantasy, cyberpunk et steampunk. Et où l’on trouvera aussi bien des blagues d’informaticiens que de la méta-fiction [une idée absolument géniale...]. Et le pire, c’est que le mélange prend remarquablement bien. L’ivresse des providers déborde encore plus d’inventions que le roman précédent, et est indéniablement personnel. Et toujours à mourir de rire. Et pourtant grave, parfois. Mais très bon, en tout cas.


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Ce premier tome de « Quand les dieux buvaient » fait donc partie de ces livres rares qui font du bien. 600 pages de pur bonheur, d’inventions conciliant débilité profonde et subtilité [si, si], et d’éclats de rire salutaires allant du gros beuglement bien gras au ricanement sardonique [et plus si affinités]. Et c’est jouissif.
Oh, oui. La vie est belle, parfois, vous dis-je.