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Publié le 02/05/2006

Boulevard des disparus de Andrew Weiner

[Among The Missing, 2002]

ED. GALLIMARD / FOLIO SF INEDIT, 2006

Par Mr.C

Walter Hertz, un employé du Bureau des Archives, a disparu. Un détective privé, Joe Kay est chargé de le retrouver par un client étrangement net baptisé Lazare. Mais son enquête l’amène peu à peu à s’interroger sur la réalité de cette disparition... et sur la réalité tout court.


Andrew Weiner, auteur anglais installé au Canada n’est pas une star de la SF, mais la collection de poche Folio SF avait déjà publié "En approchant de la fin" et un recueil de nouvelles épatant, Envahisseurs !. Voici maintenant un inédit, Boulevard des disparus, variation sur le thème des mondes virtuels d’une grande qualité.

Dans la cité étrangement morne de Joe Kay, des graffitis alertent les passants ["Retourne toi et pars", "Franchis la ligne"...], des immeubles et des quartiers entiers surgissent en l’espace d’une nuit, d’autres s’évanouissent aussi rapidement. Et, au fait, depuis quand exactement dure-t-elle cette guerre lointaine qui impose des lois d’exceptions ? Et pourquoi la météo est-elle toujours aussi mauvaise ? et ou vont-ils ces gens aux regards absents qui prennent le bus ?

Un collègue de Kay, Carl Broder semble avoir compris : cette ville n’existe pas, ce sont les extra-terrestres qui sont derrière tout ça. La guerre dont on parle, ils l’ont gagné, et maintenant ils nous gardent sous cloche dans une parodie d’univers. Il se peut qu’il ait raison.

Il se peut qu’il ait tort.

Le maire de la ville, lui, n’en a cure. Il fait ce qu’il veut, puisqu’il est le maire. Il défile souvent, pour se faire acclamer, il s’invite aux réceptions, se conduit comme un animateur TV en plein show... Parfois il est menaçant, et ses habits blancs deviennent antiphatiques.

Joe Kay va enquêter. Et nous derrière lui. L’énigme est dickienne : où commence la réalité ? comment la différencier à coup sûr lorsque même le rêve semble plus vrai que l’éveil ? Comment garder ses repères quand une nouvelle vérité s’impose soudain aux sens, solide comme un mur de brique, faisant passer l’ancienne pour un sale rêve ? Comment ne pas perdre l’esprit lorsqu’une troisième réalité les englobe toutes ?

A ceux qui l’ont vu, Dark City, le film d’Alex Proyas (1998), viendra rapidement à l’esprit : une ville anonyme dont le plan d’occupation des sols est devenu fou, des disparitions inexpliquées, le soupçon que des êtres différents, quelque part, manipulent les habitants et qu’un terrible secret se cache derrière les façades lépreuses [forcément lépreuses]... mais la comparaison ne fonctionne que sur une moitié du roman. La vérité qui se trame derrière le Boulevard des disparus est plus... abyssale, entre Ubik et La Cité des permutants, multipliant les fausses pistes et les impasses enténébrées.


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Andrew Weiner a l’esprit tordu et la plume subtile. Relire le premier chapitre, lorsqu’on a terminé le bouquin entièrement, est une expérience étonnante : on y perçoit soudain, ici et là, des détails qui nous avaient échappés et qui, alors, prennent tout leur sens.

On réalise que tous les éléments étaient déjà là pour comprendre, et qu’on avait rien vu... Comme si nous aussi, dans cette cité morne et instable, nous avions confondu la vérité et son reflet.