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Publié le 09/01/2010

Brasyl de Ian McDonald

[Brasyl, 2007]

ÉD. BRAGELONNE / BRAGELONNE-SF, SEPT. 2009

Par Arkady Knight

À notre époque, à Rio de Janeiro, Marcelina, productrice d’une émission de téléréalité, devient la cible d’une conspiration séculaire.
En 1732, dans la forêt amazonienne, un aventureux missionnaire jésuite,pourchasse un prêtre sanguinaire qui fait régner la terreur.
En 2032, à São Paulo, un jeune homme rêve de sortir de sa favela sordide, tandis qu’arrivent sur le marché noir les technologies quantiques.
Trois époques, trois histoires, trois Brésil. Une même énigme.


Miraculeusement découvert par la critique française après vingt ans d’existence, Ian McDonald s’est enfin taillé une notoriété à la hauteur de son talent grâce à sa fausse trilogie de fantasy Roi du matin, Reine du jour (1991) parue chez Denoël en janvier 2009.
La parution de Brasyl chez Bragelonne a fait un flop, résultat probable de la conjoncture d’un auteur exigeant dans une collection qui ne l’est pas, et suite aux premiers échos d’une traduction française qualifiée d’abominable. Cependant, il faut aussi reconnaître, après lecture de l’ouvrage, que cet échec semble surtout dû à une évidence : Brasyl est un bouquin quelconque, à peine digne de servir de scénario à une vulgaire séquelle de Sliders.

Dans Brasyl, Ian McDonald s’intéresse à trois histoires se déroulant au Brésil à des époques différentes.
La première, de nos jours, suit une productrice de télé-réalité dont le nouveau projet est un procès télévisé de Moacir Barbosa, le gardien de la Seleção jugé responsable de la défaite dans le match décisif contre l’Uruguay lors de la Coupe du Monde 1950. Celle-ci ne se doute pas que Barbosa est à présent une sommité dans le multivers et que son projet va avoir des conséquences inattendues sur sa propre vie…
La deuxième, une vingtaine d’années dans le futur, prend corps dans une société où le réseau informatique est devenu prédominant et où chaque opération semble soumise à un contrôle « orwellien ». On y découvre un jeune dénicheur de talents, notamment de footballeuses, s’amourachant d’une énigmatique « hackeuse » quantique. Tout se passe bien entre eux jusqu’au jour où elle se fait assassiner et que sa jumelle d’un autre univers débarque…
La dernière suit, en 1732, le périple en Amazonie d’un Jésuite irlando-portugais chargé de rapatrier, et au besoin de tuer, un autre père jésuite qui a eu la folie des grandeurs et a créé son royaume au cœur de la jungle – à l’instar du Kurtz d’Apocalypse Now. Ce que son ordre ignore, c’est que ce royaume est une branche d’une organisation « multiverselle » et liberticide bien décidée à maintenir le peuple ignorant de son existence.

Comme on le pressentait, Brasyl est un roman foisonnant d’idées. S’appuyant sur le contexte insensé de la société brésilienne, Ian McDonald s’amuse avec sa triple narration à tiroirs et déploie une multitude de digressions drôles, morales et ludiques. Chacune des intrigues présente un intérêt certain : la peinture cynique de la télé-réalité, la tentative d’anticipation d’une société informatisée à l’extrême, l’expédition amazonienne et la confrontation théologique entre les deux pères. Le style de McDonald est comme d’habitude vertigineux – il s’affirme une fois encore comme l’un des meilleurs stylistes du genre, même si son brio manque, comme souvent, de fluidité. Évidemment, on pourra reprocher à la traduction d’être en-deçà du style de l’auteur, mais quelle traduction ne l’est pas ; il faut en outre admettre que les éditions Bragelonne ont habitué leur lectorat à bien pire et que le travail de Cédric Perdereau est, tout bien considéré, honorable. En revanche, on pourra regretter l’absence flagrante de relecture et de corrections de la part de l’éditeur, un manque qui condamne de nombreuses phrases à demeurer incompréhensibles et parsème le roman de nombreuses coquilles malencontreuses.

Le vrai problème de Brasyl reste surtout son absence de réel intérêt. Ian McDonald dévoile trop rapidement les enjeux des trois récits ; ses personnages sont fades, notamment la productrice de télé-réalité (on ne croit guère à sa promotion subite en cyber-policière) ; il développe peu son arrière-plan autour d’un multivers quantique, une idée pas fraîche et qui n’apporte pas le vertige que ses prédécesseurs des années 1990 ont su en tirer. Au mieux, Brasyl confirme qu’on a définitivement fait le tour des histoires d’univers parallèles à la papa.

On sent néanmoins à deux ou trois reprises que Ian McDonald a mis le doigt sur quelque chose de plus profond, de plus moderne dans cette histoire d’organisations luttant dans une matrice dégénérée, mais il n’approfondit jamais ce « quelque chose ». En réalité, son roman se contente de retracer le parcours de trois ou quatre humains amenés à prendre un rôle dans cette lutte pour le futur. Il laisse de côté le récit de cette lutte, pourtant à l’origine de l’enjeu libertaire de son propos, pour à la place raconter la biographie de ses personnages. Il donne ainsi au lecteur l’impression de dérouler un pilote de série télé dont le seul objectif serait d’introduire les héros.


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Le Brésil et Ian McDonald sont fous. Le mélange des deux donne un roman détonnant au contexte et au style déments. À l’opposé, l’histoire ne convainc guère et McDonald tire à la ligne sans jamais affronter le cœur de son sujet. Brasyl amuse mais déçoit, s’adressant en premier lieu aux inconditionnels de l’auteur.
Pour les autres, on conseille de se faire une idée plus concrète des qualités de l’écrivain dans Desolation Road (1988) et Necroville (1994).
Aux amateurs de romans quantiques, on conseillera Isolation de Greg Egan ; et à ceux d’univers parallèles, La Voie terrestre de Robert Reed.