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Publié le 05/01/2008

Conan, l’Intégrale - Conan le Cimmérien, 1932-1933 de Robert E. Howard - Tome 1/3 [1932-1933]

[The coming of Conan the Cimmerian, 2003]

ED. BRAGELONNE, OCT. 2007

Par K2R2 Par paul muad’dib

Soixante-dix ans ! Il aura fallu attendre plus de soixante-dix ans pour voir enfin publiées les aventures de Conan dans le respect de l’œuvre originale de Robert E. Howard. L’initiative n’est pas à mettre au crédit des éditions Bragelonne, mais remercions tout de même cet éditeur d’avoir eu l’ excellente idée de traduire cette édition parue en 2002 chez l’éditeur américain Wandering Star.
Par ailleurs réjouissons nous, car on retrouve aux manettes de ce projet l’excellent Patrice Louinet, qui s’était également occupé de l’édition anglo-saxonne et qui demeure l’un des plus grands connaisseurs au monde de l’œuvre de Robert Howard. Après un travail d’exégète tout à fait admirable, ne serait-ce que parce qu’il a permis de retrouver l’essentiel des textes originaux de Howard, Patrice Louinet a entrepris un travail éditorial remarquable qui permet désormais aux lecteurs d’accéder aux textes originaux écrits par l’auteur texan.


Ce premier tome concerne la période 1932-1933 et regroupe donc, dans leur ordre d’écriture, les treize premières nouvelles des aventures du Cimmérien. Pour l’essentiel il s’agit de textes publiés dans la revue américaine Weird Tales [en dehors de deux ou trois textes refusés et publiés dans d’autres revues], mais pas encore des textes remaniés et réécrits partiellement par Sprague de Camp après la mort de Robert Howard. Ces nouvelles feront l’objet des deux volumes suivants qui paraîtront à partir de 2008 ; inutile de dire que le travail de Patrice Louinet s’est essentiellement concentré sur cette dernière période, qui a été sujette, à juste titre, à nombre de controverses. Il s’agit bien donc d’une édition des aventures de Conan le Cimmérien et non d’une réédition.

« Sache, ô Prince, qu’entre l’époque qui vit l’engloutissement de l’Atlantide et des villes étincelantes et l’ascension des Fils d’Aryas, il y eut un âge insoupçonné, au cours duquel des royaumes resplendissants s’étalaient à la surface du globe tels des manteaux bleus sous les étoiles : la Nemedie, la Brythunie, l’Hyperborée ; Zamora, avec ses femmes aux cheveux noires et ses tours mystérieuses aux horreurs arachnéennes, Zingara et sa chevalerie, Koth, qui jouxtait les prairies de Shem, la Stygie et ses tombes protégées par les ombres, l’Hyrkanie dont les cavaliers étaient vêtus d’acier, de soie et d’or. Mais le plus illustre de ces royaumes du monde était l’Aquilonie, Dont la suprématie était incontestée dans l’Occident rêveur.

C’est en cette contrée que vint Conan, le Cimmérien, cheveux noirs, regard sombre, épée au poing, un voleur, un pillard, un assassin, aux accès de mélancolie tout aussi démesurés que ses joies, pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »...


Bref Rappel Historique :

Pour ceux qui, éventuellement, ne connaîtraient pas Conan, sachez qu’il n’est pas simplement ce personnage aux allures de brute et au vocabulaire restreint, interprêté à deux reprises par Arnold Schwartzenegger [au passage, seul le film de John Milius est digne d’intérêt], mais bel et bien un héros tout droit sorti de l’univers des pulps.
Conan est né en 1932, dans la revue américaine Weird Tales [dans laquelle sévissait également un certain H.P. Lovecraft], sous la plume de Robert E. Howard. Lovecraft et Howard entretenaient d’ailleurs une correspondances soutenue, et certaines des nouvelles de Conan sont truffées de petites références à l’univers de l’homme de Providence

R.E. Howard était un auteur prolifique qui vivait de son travail d’écrivain, chose rare pour l’époque, surtout lorsqu’on écrivait dans un genre aussi marginal que celui de la Fantasy, que l’on appelait alors plutôt Sword & Sorcery. Hormis Conan, Howard créa nombre de héros improbables tels Kull le Conquérant [un roi atlante qui lutte contre les hordes d’ hommes serpents de Thulsa Doom bien avant l’époque barbare de Conan], Solomon Kane [qui est une sorte d’inquisiteur puritain, qui parcourt le monde pour le laver des incursions du mal], El Borak, Bran Mac Morn et bien d’autres encore...

Mais son personnage le plus connu reste Conan le Cimmérien, digne descendant des Atlantes, tour à tour aventurier, barbare, voleur, pirate et roi, arpentant le monde Hyborien en quête d’aventure.

Howard créa ainsi l’Âge Hyborien, passé imaginaire et oublié de notre Terre, situé entre l’engloutissement de l’Atlantide et l’avènement des civilisations antiques. Parce qu’il était un passionné d’Histoire et de récits historiques, mais que ceux-ci demandaient un énorme travail de recherche pour être suffisamment crédibles, il préféra créer son propre monde. Howard a d’ailleurs écrit un petit mémento sur l’histoire de l’Âge Hyborien [L’Âge Hyborien, présent en annexe dans ce volume], et dessina des cartes épurées de ce monde imaginaire, superposées à des cartes de l’Europe entre autres [Cartes du Monde Hyborien, dessinées aux environs de 1932].
Grâce à ces documents, il bâtit progressivement un monde cohérent et riche, recelant mystères, malédictions, sectes maléfiques et trésors, fournissant un cadre idéal pour des aventures fantastiques à forte dominante épique.

Cette inspiration clairement revendiquée par l’auteur explique à la fois la proximité des lieux et de la géographie du monde Hyborien, mais également les nombreux anachronismes qui parsèment ses nouvelles. Ainsi, les civilisations décrites par l’auteur maîtrisent des techniques et des technologies qui en réalité sont bien plus tardives [au hasard : le sidérurgie, la boussole, la bougie ou bien encore certaines techniques de navigation].

Conan n’est pas exactement la brute épaisse à laquelle on pourrait penser au vu de son physique, il a au contraire l’esprit assez agile et sa réflexion [bien que trop rare dans les nouvelles qui composent ce recueil] est parfois d’une étonnante maturité. Ainsi la déchéance du monde qu’il parcourt, dont la civilisation s’écroule sous le poids de l’incompétence, de la cupidité ou tout simplement de la bêtise des hommes qui la dirigent, même si ce n’est pas forcément le moteur esentiel de sa quête du pouvoir.

Le livre en lui-même :

Les nouvelles qui composent ce recueil peuvent être classées en deux catégories :

  • Les textes fondateurs, qui bénéficient d’une certaine recherche, y compris sur le plan littéraire [limitée toutefois, Howard n’a rien d’un grand styliste]. On peut citer dans ce wagon trois des meilleures nouvelles de ce volume, à savoir La tour de l’éléphant [qui inspira un des passages du film de John Milius], La citadelle écarlate [qui fut pourtant refusée par Weird Tales] et La reine de la côte noire [dans lequel on trouvera quelques-uns des passages les plus intéressants de l’oeuvre d’Howard]. On y croise d’ailleurs un Conan plus sombre, souvent mélancolique et assez désabusé quant aux réalités du monde.

" - Et tes propres dieux ? Je ne t’ai jamais entendu les invoquer.
- Leur chef est Crom. Il demeure sur une grande montagne. A quoi bon l’invoquer ? Que les hommes vivent ou meurent, il s’en moque. Mieux vaut se taire et ne pas attirer son attention sur soi ; car il enverra alors des malédictions, et non la bonne fortune. Il est cruel et sans amour, mais à la naissance il insuffle dans l’âme de chaque homme le pouvoir de se battre et de tuer. Que pourraient demander d’autre les hommes aux dieux ?
- Et les mondes qui se trouvent au-delà de la rivière de la mort ? Insista-t-elle.
- Dans les croyances de mon peuple, il n’y a pas d’espoir ici ou après répondit Conan. Dans ce monde, les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille ; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où elles errent sans joie, pour l’éternité.

Bélit frissonna.
- La vie, aussi mauvaise puisse-t-elle être, est préférable à une telle destinée. Et toi, en quoi crois-tu Conan ?
Il haussa les épaules.
- J’ai connu un grand nombre de dieux. Celui qui nie leur existence est aussi aveugle que celui qui leur fait trop grande confiance. Je ne cherche pas à savoir ce qu’il y a au-delà de la mort. Ce sont peut-être les ténèbres, comme l’affirment les sceptiques de Némédie, ou bien le royaume de glace et de nuages de Crom, ou encore les plaines enneigées et les salles voûtées du Valhalla des peuples du nord. Je l’ignore et cela m’importe peu. Il me suffit de vivre ma vie intensément ; tant que je peux savourer le jus succulent des viandes rouges et le goût des vins capiteux sur mon palais, tant que je peux jouir de l’étreinte ardente de bras la blancheur d’albâtre et de la folle exultation de la bataille lorsque les lames bleutées s’enflamment et se teintent d’écarlate, je suis satisfait ! Je laisse aux érudits, prêtres et philosophes le soin de méditer sur les questions de la réalité et de l’illusion. Je sais une chose : si la vie est une chimère, alors moi aussi j’en suis une ; par conséquent l’illusion est réelle pour moi. Je vis, je brûle de l’ardeur de vivre, j’aime, je tue et je suis satisfait"

["La reine de la côte noire"]

  • Les textes purement commerciaux [La vallée des femmes perdues, Le diable d’airain ou bien encore Xuthal la crépusculaire], qui terminent le recueil et qui correspondent à une période où Howard exploitait le filon de Conan face au succès que rencontrait le personnage.
    Conan y est souvent présenté au coté de jeunes demoiselles en détresse très légèrement vêtues et l’imagination de l’auteur y est au plus bas, ce dernier se contentant de recycler des poncifs ou des idées déjà développées dans d’autres textes.

Rien que pour le travail éditorial effectué sur les textes [retour au texte original dans la mesure du possible, traductions révisées ou entièrement nouvelles] cette nouvelle édition est d’un intérêt capital pour tout fan qui se respecte. Mais Patrice Louinet ne s’en est pas tenu là et, en sus des deux articles passionnants qu’il propose en introduction et en fin de volume, il nous propose dans un appendice d’une centaine de pages du matériel inédit en langue française : une version rejetée par Weird Tales du Phénix sur l’épée [première nouvelle écrite par Howard], une demi-douzaines de synopsis de nouvelles [publiées par la suite ou inachevées], deux articles de l’auteur de Conan sur le monde Hyborien [Notes sur divers peuples de l’âge hyborien et L’âge hyborien] qui nous éclairent sur le cadre imaginaire développé par Howard, deux cartes dessinées en 1932, ainsi que quelques notes sur les noms de pays. Cette édition est par ailleurs agrémentée d’illustrations en noir et blanc de Mark Schultz, plus ou moins réussies [souvent moins il faut bien l’avouer] ; on aurait préféré voir du Frazetta, mais il s’agit probablement d’une questions de droits. Précisons également que Patrice Louinet a le bon goût de citer ses sources et la date de publication originale des nouvelles de Conan.

Pour ne rien gâcher, cette édition est de bonne facture. Grand format avec jaquette, reliure pleine et cartonnée recouverte de tissus, papier de bonne qualité et typographie soignée. On regrettera juste que la maquette de la jaquette soit aussi moche, notamment le logo « Conan » qui rappelle amèrement qu’il s’agit d’une marque déposée [oui oui] et universellement transposable [BD, jeux vidéos, figurines et autres âneries présentes dans les paquets de céréales].


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L’avis de Paul :
N’hésitez pas !
Ce livre est un événement à ne pas rater. Lisez-le et vous survolerez les territoires du Nord, visiterez les territoires somptueux de l’Aquilonie, vous enfoncerez dans les mystérieuses tours de la Stygie ou écumerez les côtes de Kush aux cotés de Belit la Déesse.
Et, par Crom ! Vous aurez peut-être la chance - ou la malchance ? -de croiser la route de Conan.

L’avis de K2R2 :
Cette édition n’a vraiment rien à se reprocher, c’est du très très bon travail éditorial de la part de Patrice Louinet. Assurément tout fan de Conan se doit de posséder cette édition Bragelonne ; même le prix est assez justifié au regard de ce qui est proposé. Pour les autres, je ne saurais conseiller cet achat qui s’adresse avant tout aux inconditionnels. En effet, les appendices, aussi passionnants soient-ils n’intéresseront pas tout le monde et ne sont pas forcément indispensables en dehors des deux textes de Patrice Louinet, très instructifs quant au travail de Robert Howard. Enfin la démarche de Louinet est à double tranchant, en voulant proposer une édition complète des textes de Conan en respectant l’ordre d’écriture, il n’effectue aucun travail de sélection des textes et pour être honnête plus de la moitié des nouvelles de ce recueil sont bonnes à mettre à la corbeille [cf. un peu plus haut]. Relisez tout de même les trois nouvelles majeures de ce recueil car elles valent vraiment le détour et représentent l’essence même de Conan.