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Philippe CURVAL [1], de son vrai nom Philippe Tronche, acquiert sa première machine à écrire à quinze ans. Se faisant chasser successivement de plusieurs lycées et collèges, et coupant les ponts avec sa bourgeoise famille dès l’âge de dix-sept ans, il endosse divers métiers, comme par exemple photographe, céramiste ou encore peintre au pistolet sur réfrigérateur [si, si...].
Il fréquente assidûment le Saint-Germain-des-Prés de la grande époque [avec boisson et tout ce qui s’en suit], arrondissant ses fins de mois en tenant la librairie de Valérie Schmidt, boutique qui est alors le repère des passionnés de science-fiction de l’époque : Boris VIAN, Michel BUTOR, Alain DORÉMIEUX, Jacques STERNBERG... Avec ce dernier, il donne naissance à ce qui peut être considéré comme le précurseur de la presse "underground", Le petit silence illustré.
Sa carrière d’écrivain de science-fiction débute en 1955, quand le magazine Fiction publie sa première nouvelles, L’œuf d’Elduo ; pour Fiction, il élabore également des illustrations de couvertures, comme celle du numéro 40 ci-contre, par exemple...
En 1960, paraît son premier roman, Les fleurs de Venus, et il ne faudra attendre que deux ans pour que son second roman, Le ressac de l’espace, rafle un prix littéraire : le défunt Prix Jules Verne.
En 1964, CURVAL devient journaliste scientifique pour La Vie électrique et, grâce à cela, se met à voyager beaucoup... Ce qui influencera en profondeur ses écrits...
Après une pause de quelques années [pas de roman entre 1962 et 1967 ; pas de nouvelle entre 1964 et 1967], Philippe CURVAL revient marquer définitivement la science-fiction de son talent, gagnant successivement deux prix : le Grand Prix de l’Imaginaire [alors Grand Prix de la Science-Fiction Française] en 1975 pour L’homme à rebours, et le Prix Apollo en 1977 avec son roman suivant, Cette chère humanité.
Sa prose a mûri, elle est devenue plus élégante, pour un traitement plus sensuel de ses thèmes, l’auteur alliant logique et absurde, intelligence, provocation et humour. Ses héros lui ressemblent, libres penseurs, individualistes, humanistes, assoiffés de liberté. Il sait émerveiller par la création d’univers extraterrestres originaux, par un sense of wonder efficace. Couleur, odeur, musique, amour, sueur, jouissance, sensualité, sexualité, hédonisme, anarchie... , il insuffle un violent souffle d’humanité, à ces œuvres.
Excellent nouvelliste et romancier, journaliste scientifique ou encore photographe et/ou illustrateur à ses heures, il est aussi fin critique pour le Magazine littéraire à partir de 1986, comme il le fut occasionnellement pour l’ancienne mouture de Fiction, et régulièrement dans les années soixante-dix pour Galaxie, la furtive revue Futurs et Le Monde.
Et ce n’est pas tout : Philippe CURVAL fut aussi anthologiste, au travers des recueils Futurs au présent en 1978 et Superfuturs en 1986. Il a d’ailleurs obtenu, en 1990, le Prix Spécial du Grand Prix de l’Imaginaire « pour son travail d’anthologiste et de découvreur de talents ».
Traduit dans plusieurs langues et publié notamment aux Etats-Unis, chose rarissime pour un écrivain de science-fiction francophone, Philippe CURVAL est un pilier de la science-fiction francophone contemporaine, un de ceux qui ont indiscutablement contribué à repousser et élargir ses limites, de part ses écrits mais aussi de part sa volonté de la faire découvrir et se répandre.
Aujourd’hui, à presque quatre-vingt ans [dont plus de cinquante ans de carrière], il est toujours actif. Il œuvre, entre autres, sur le site Quarante-Deux, où l’on peut retrouver ses critiques et ses billets d’humeur, toujours pleins de l’intelligence et de l’humour qui le caractérisent, ainsi que, accessibles en toute liberté et gratuité, certaines de ses nouvelles, remaniées et révisées par lui-même.
[1] CURVAL est un pseudonyme. En anglais, curval signifie "courbe", "plié" ; c’est aussi le nom d’un des quatre bourreaux, pervers psychopathes, dans Les Cent Vingt Journées de Sodome ou L’Ecole du libertinage du marquis DE SADE...

Après cinq ans de silence, Philippe CURVAL revient enfin nous rappeler qu’il n’a jamais démissionné, avec ce livre se rattachant par son contexte à son cycle de L’Europe après la pluie [la lecture des précédents n’est pas nécessaire à la compréhension de celui-ci... mais celui-ci risque bien de vous en donner l’envie].
Arrakhan