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Publié le 01/11/2004

"Cablé + " de Walter John WILLIAMS

REEDITION AUGMENTEE DENOËL / LDE, SEPTEMBRE 2004

Par Lunatik

Denoël / Lunes d’encre nous offre une réédition, qui sans être incontournable, n’en est pas moins indispensable. Paradoxal ? Non.

Dans ce gros volume on retrouve 2 romans et 2 nouvelles :
- "Câblé" ["Hardwired", 1986]
- "Perspective Erogène" ["Eregenoscape", 1991]
- "Solip : System" ["Solip ::Systeme", 1989]
- "Le souffle du cyclone" ["Voice of the whirlwind", 1987]


Seule la nouvelle "Perspective érogène" est un inédit et on pourrait douter de l’intérêt d’une telle réédition. Toutefois, les quatre récits se déroulent dans le même environnement et forment un tout homogène.

- "Câblé"

Dans un avenir relativement proche, la Terre est à présent sous l’emprise des orbitaux. Dans leurs labos et usines en micropesanteur, les orbitaux contrôlent toute la production des produits manufacturés qui alimentent la Terre, et leurs satellites dirigent les robots qui gèrent les productions céréalières des gigantesques fermes.

Depuis la dernière guerre des Rocs [les orbitaux ont balancés des météorites sur les grandes villes en rebellions], le système politique des États-Unis a explosé et chaque état est à présent indépendant. Dorénavant, le transit de matière entre états est strictement réglementé et soumis à des taxes prohibitives. Du coup, un marché parallèle s’est mis en place pour contrecarrer les pénuries organisées par les orbitaux [afin de faire grimper les prix], mais aussi pour faire transiter ces marchandises entre l’Est et Ouest de l’Amérique du nord.

Cowboy est un Panzerboy, un convoyeur qui à bord de son panzer sur coussin d’air fait hurler ses turbines entre les états pour transporter des marchandises. Le cerveau directement interfacé à son engin, il contrôle tous les paramètres de sa machine. Mais Cowboy n’est pas un simple exécutant, et s’il continu à sillonner le pays en prenant de gros risques face aux défenses armées de chaque état, c’est plus par nostalgie du temps ou il était pilote de Delta. Sa préoccupation principale est, à présent, de savoir si ce n’est pas les orbitaux qui contrôlent également le marché parallèle au travers des intermédiaires. Grâce à sa notoriété, il va tenter de rassembler les autres panzerboy autour d’une fédération afin de mieux contrôler le business. Ca ne va pas plaire à tout le monde...

Sarah, ex pute devenue garde du corps, tueuse a gage, ne rêve que d’une chose : faire en sorte qu’elle et son frère rejoignent les orbitaux. Quitter enfin la surface de cette Terre décadente pour ne plus être obligé de côtoyer la violence quotidienne qui règne dans la rue. Elle accepte un contrat avec un bloc orbital en échange de suffisamment d’argent pour s’offrir les deux billets, tant convoités. Mais comme souvent dans ce type de transaction, les gros se retournent vite contre les petits afin d’éliminer toutes les traces d’une quelconque intervention. Donc une fois le contrat rempli, Sarah se retrouve avec des tueurs à ses trousses, afin de faire taire toutes fuites éventuelles. Le destin de ces deux personnages va se croiser pour ensemble combattre leurs ennemis communs, les orbitaux. Ecrit deux ans après l’énorme succès critique de GIBSON - Neuromancien -, Câblé a très vite trouvé son public. Les nombreux lecteurs, qui n’avaient pas accroches avec le style très novateur de GIBSON mais qui étaient demandeur de ce nouvel univers Cyberpunk, ont plébiscité "Câblé".

WILLIAMS intègre, en effet, tous les ingrédients propres au genre lancé par GIBSON et STERLING : Multinationales omnipotentes, technologie omniprésente, cyberspace, drogues en tout genre... Le style utilisé reste relativement classique, mais c’est là l’un des atouts majeurs de son succès. L’autre point fort de son récit - et cela se retrouvera par la suite dans tous les livres de WILLIAMS - c’est l’application qu’il porte à la description de ses personnages. Sarah en est, ici, le parfait exemple.

Pour faire simple, "Câblé" est un tout. Une histoire bien ficelée, un univers bien rodé, des personnages profonds et un style irréprochable. Rien de tel pour en faire un classique du genre.

- "Perspective érogène"

Le docteur Talbot, chirurgien plasticien, prépare sa future opération sur la plus grande star du moment à l’aide d’une simulation en réalité virtuelle. La particularité de cette simulation est que le corps virtuel de Babeth est la réplique exacte de son originale, du simple aspect physique en passant par les organes internes de la future patiente. Le niveau de sécurité autour de cette simulation est à son maximum. De nombreuses personnes donneraient cher pour obtenir une copie du corps virtuel de la star.

Une idée derrière cette petite nouvelle : Une simulation destinée au corps médical et servant à préparer des opérations chirurgicales pourrait très bien être détournée de son but original afin de satisfaire les pulsions malsaines de certains dérangés du cerveau.

Une idée percutante, un traitement efficace, on en redemande !!! La nouvelle prend place dans l’univers de "Câblé", davantage par commodité que par un réel lien entre les histoires. Chronologiquement elle aurait plutôt du se trouver en introduction du recueil, puisque l’auteur mentionne que cette nouvelle prend place quelques années avant "Solip : System", donc implicitement avant "Câblé".

- "Solip : System"

Reno, la personnalité digitale prisonnière du réseau dans "Câblé", se retrouve dans le corps de Roon, l’orbital, afin d’infiltrer et de torpiller les multinationales et ainsi libérer la Terre du joug orbital. Difficile de devoir faire semblant d’être quelqu’un qui vous répugne. Une véritable merveille de noirceur.

La dualité Reno/Roon est décrite avec justesse et froideur. La souffrance de Reno, incarné dans cet immonde sadique de Roon, est palpable. Est-il possible que le transfert de personnalité n’a pas été complet et qu’une partie de Roon se soit intégrée à celle de Reno ?

Cette nouvelle formera a posteriori une transition entre "Câblé" et "Le souffle du cyclone". Elle explique, en effet, pourquoi dans "Le souffle du cyclone", la Terre n’est plus entièrement asservie aux pouvoirs des orbitaux.

- "Le souffle du cyclone"

Steward est mort assassiné. Lui et sa compagnie de mercenaire ont été décimés lors de l’opération militaire lancée sur Sheol, petite planète insignifiante. Les renforts ne sont jamais arrivés. Steward II, son clone, se réveille avec un trou de mémoire de quinze ans, faute d’une mise à jour des souvenirs de l’alpha. Il s’en est passé des choses en quinze ans : son employeur n’existe plus et la guerre fait rage entre les colonies humaines qui s’entredéchirent pour la possession des artefacts d’une race ET. Quinze ans de mémoire à combler pour comprendre pourquoi il se trouve au centre d’une intrigue complexe, coincé entre les intérêts économiques et politiques des colonies et des policorpos. L’éditeur de WILLIAMS voulait absolument pouvoir rattacher ce roman à Câblé - la suite d’un succès est toujours plus rentable. WILLIAMS a donc dû adapter quelque peu sa première mouture afin de coller son récit dans une époque postérieure à Câblé.

Nous avons droit ici à un savant mélange entre cyberpunk et space opéra. Les multinationales - policorpos - sont devenues de grandes puissances et l’Humanité, dispersée dans l’espace, a pris contact avec des extra-terrestres. Un ton en dessous de "Câblé", ce livre est malgré tout de très bonne facture. Il démarre de façon un peu poussive, le décor prenant un peu de temps à ce mettre en place. Mais l’intrigue et les personnages font, à nouveau, la différence et on finit par avaler les dernières pages sans s’en rendre compte.

A noter, car ce n’est pas si fréquent pour un livre venant d’outre atlantique, que le personnage principal de l’histoire n’est pas américain mais... français [Cocorico]. Et si c’est son nom de famille - Steward - qui est utilisé le plus souvent dans le récit, notre héros se prénomme... Etienne.


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En fait, seul "Câblé" et "Solip : System" se font réellement suite, "Perspective érogène" et un petit récit à part et "Le souffle du cyclone" a été retravaillé par l’auteur à la demande de son éditeur pour qu’il puisse coller à un futur probable de "Câblé".

Pour ceux qui ont déjà lu l’un ou tous les récits déjà publiés, il y aura le plaisir de se replonger dans une des œuvres majeures du cyberpunk et pour les autres le plaisir de la découverte sans avoir à jongler entre plusieurs bouquins.