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Publié le 09/01/2010

Calliope, la voix des flammes de Tabitha King

[Candles burning, 2006]

ÉD. TÉLÉMAQUE, OCT. 2009

Par Arkady Knight

Quand la femme de Stephen King reprend le roman inachevé d’un écrivain de littérature fantastique surtout connu pour ses scénarii (Beetlejuice et L’Étrange Noël de Mr Jack), on se dit que ça sent le pâté.
Pourtant à la lecture des premières pages, on est séduit par la limpidité et la légèreté de la prose de Tabitha King ; on se dit finalement qu’on tient peut-être là une surprise inattendue.


Riche concessionnaire automobile, le père de Calliope, petite fille au physique disgracieux, se fait sauvagement démembrer et assassiner sans raison par deux femmes cruches et obèses.
Prenant pour cadre l’Amérique des années 1950 et 1960, Calliope, la voix des flammes raconte l’enfance puis l’adolescence de Calliope, d’abord hébergée par sa grand-mère maternelle puis, alors que les intérêts de cette dernière semblent douteux et que les soupçons autour de la mère de Calliope quant au meurtre de son mari s’épaississent, dans une étrange pension de famille, tenue par une lointaine parente.
Trouvant un refuge et des repères dans cette demeure paraissant hors du monde, hors du temps, la jeune fille va grandir, mûrir et apprendre à se connaître – car, à l’instar de cette parente, elle semble posséder de mystérieux pouvoirs, tel celui de percevoir les voix des défunts.
Le roman suit l’apprentissage de Calliope sur plus d’une décennie, jusqu’à ce qu’elle se sente prête à quitter le cocon de la pension et à découvrir la vérité sur le meurtre de son père.

Avec Calliope, long roman éducatif, écrit sur un ton poétique assez envoûtant, Tabitha King confirme son talent pour l’écriture ; dans ce livre, elle fait ses premières preuves dans le domaine du fantastique social cher à son mari. Sa manière d’aborder l’Amérique des sixties et de traiter l’enfance la rapproche des classiques de son mari comme Ça ou La petite fille qui aimait Tom Gordon. Son approche reste cependant plus onirique et peut-être moins crue et cruelle que celle de Stephen King.

Malheureusement, pour un lecteur familier du genre, le point de départ intriguant et le style agréable de Tabitha King s’avèrent insuffisants quand l’intrigue commence à s’enliser dans le quotidien de Calliope : Calliope à la plage, Calliope fait le ménage, Calliope nage avec les requins, Calliope se coupe les cheveux, et caetera. Les péripéties de l’héroïne se multiplient sans réel lien de cause à effet et on finit par se désintéresser de ce qui se passe. Les 500 pages de l’ouvrage apparaissent alors démesurées en regard de ce que la romancière a réellement à dire.

Calliope, la voix des flammes est donc une fausse bonne surprise. C’est regrettable, car Tabitha King tenait là un sujet porteur auquel elle a su donner vie, mais pas assez consistant pour mériter un traitement aussi long. Le roman manque de dynamisme et d’enjeux dramatiques spécifiques à ses différents actes.

Cette déception ne doit pas faire oublier les qualités du propos moral de Calliope. Celui-ci est empreint de bon sens et ne cède pas à la facilité. Le roman de Tabitha King, malgré sa langueur, devrait être à même de séduire un jeune lectorat, encore peu lassé par le genre, et plus proche des préoccupations de l’héroïne, de ses craintes et de son mal-être. Calliope apporte des pistes aux divers questionnements de l’enfance et de l’adolescence, des leçons de vie plutôt pertinentes et nobles, contrairement à la majorité des séries commerciales actuelles qui, à l’instar de leur modèle Harry Potter, distillent trop souvent une morale niaise, douteuse et égocentrique.


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Loin d’être désagréable ou mauvais, Calliope risque surtout d’être soporifique pour de nombreux lecteurs. On le conseillera en priorité aux parents désireux d’apporter un peu d’intelligence aux lectures imaginaires de leurs enfants – malgré un point de départ assez gore.
Quant aux adultes, amateurs de littérature fantastique d’ambiance, s’ils n’ont pas peur des pavés, Calliope mérite l’essai. Sinon, on préfère les renvoyer vers des classiques analogues plus efficaces tels que Nous avons toujours habité le château de Shirley Jackson, avec lequel le roman de Tabitha King nourrit quelques familiarités.