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Publié le 06/11/2010

Canisse de Olivier Bleys

ED. FOLIO SF / INÉDIT, SEPT. 2010

Par Gregory Drake

Auteur d’une courte biographie de Jules Verne et de quelques romans hors genre primés ici ou ailleurs, Olivier Bleys franchit le pas SF avec Canisse. De quoi attirer l’attention, d’autant que l’ouvrage paraît directement au format de poche.


Après trente-huit ans de bons et loyaux services comme garde-pêche de l’Unité, Xhan Elotym part à la retraite sans trop avoir le choix. Un cap difficile à passer pour qui a traqué et combattu les braconniers aux confins de l’Outre-Monde. Il partage son temps entre son ami Regus, qu’il affronte sur le goban, et son amie d’enfance, Serina, dont les maris ne voient pas ses intrusions d’un très bon œil. Orphelin et émasculé comme tous les membres de la Confrérie des Gardes-pêche, affligé d’une tumeur maligne entre le foie et la rate, Xhan a bien conscience que sa vie est derrière lui quand il rencontre un homme mystérieux, pilote sur les Grandes Lignes, dans un bar du quartier aéroportuaire de la ville. Le dénommé Moox souhaite lui montrer un objet extrêmement rare qu’il a en sa possession : un œil de megathalos, fabuleux organe de vingt-huit mètres de diamètre appartenant à une espèce non répertoriée dans l’exhaustif Guide Outre-Monde des Chasses et des pêches. > À cette découverte, le cœur de Xhan s’enflamme : il lui faut voir ce titan marin de ses propres yeux, à n’importe quel prix. Oubliant ses principes pour financer son voyage, il met tout en œuvre pour fouler le sol de la terrible Canisse, planète rythmée par les facéties chimiques de son unique océan : Ramorine, le fief des megathalos.

« Oh ! Achab, s’écria Starbuck, il n’est pas trop tard, même à cet instant, en ce troisième jour, pour renoncer. Vois ! Moby Dick ne te cherche pas. C’est toi, toi seul qui, dans ta folie, le cherches ! »
Moby Dick, Ch. CXXXIV – Herman Melville

Avec Canisse, Olivier Bleys propose un court planet opera et puise sans vergogne dans les ressorts du genre. Le lecteur friand d’aventures spatiales et de mondes nouveaux y trouvera son compte. On y découvre une planète à l’écologie variable, une population aux rites étranges, des factions aux intérêts opposés, une faune merveilleuse et des personnages dont la triste humanité renforce la vraisemblance.
Si le lecteur ne peut s’empêcher de penser à Melville, et plus particulièrement à Moby Dick ou à Taïpi, l’auteur ne se contente pas de s’en inspirer. Il essaie de perpétuer une certaine tradition du récit d’aventure, remplaçant le romantisme du XIXe siècle par une bonne dose de fatalisme du XXe que l’on retrouve souvent dans la littérature d’anticipation, mais aussi dans le roman noir : cet effacement de l’individu dans le déterminisme imposé par sa propre espèce.
Par opposition à cette vue pessimiste, l’osmose entre les Canissiens et leur environnement ne manque pas de poésie et fait parfois l’objet de bien belles phrases au lyrisme mesuré. Il est simplement dommage que l’auteur ne fasse qu’effleurer cet univers pourtant prometteur. On n’y trouve ni la portée métaphysique du Solaris de Lem, ni l’incroyable richesse créatrice de L’écorcheur d’Asher. Une fois le livre refermé, il n’en reste pas grand-chose. Par ailleurs, Canisse ne manque pas de défauts. Sa construction particulièrement déséquilibrée laisse penser qu’Olivier Bleys, tel un Dr Moreau littéraire, raccroche son roman à la chute d’une nouvelle qui, si bonne soit-elle, ne manquera pas de laisser le lecteur sur sa faim. D’autant que la brièveté du récit fait aussi ressortir une certaine faiblesse de style surprenante de la part d’un auteur aguerri : emploi répétitif d’expressions inutiles, notamment lors des dialogues, et utilisation de tournures vieillottes qui perturbent la fluidité de la lecture. Un hommage à Verne ?


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Cette première incursion d’Olivier Bleys en science-fiction ne convaincra pas grand-monde. Malgré quelques passages agréables, voire prometteurs, Canisse souffre de sa superficialité et d’une certaine maladresse.