Publié le 22/08/2007

« Car je suis légion » de Xavier MAUMÉJEAN

ED. MNEMOS, JUIN 2005 - REED. POCKET SF, JUIL. 2007

Par K2R2

Babylone, an 585 avant notre ère. Sarban, fils de Dagan, vit une enfance paisible dans la ferme familiale jusqu’au jour où un accusateur de passage remarque son intelligence et décide de lui faire poursuivre des études à Babylone.

Un thriller à Babylone qui n’a rien à envier aux classiques du genre.


Sarban n’est âgé que d’une dizaine d’années lorsqu’il est repéré par un étranger appartenant au puissant ordre des accusateurs ; ce dernier lui demande alors de quitter ses parents et de se rendre à Babylone où il recevra une éducation qui fera de lui un accusateur ; un personnage d’une importance capitale, à la fois juge, enquêteur et bras séculier chargé de faire appliquer l’implacable code d’Hammurabi.

Vingt ans plus tard, Sarban devenu un accusateur puissant et respecté parmi son ordre, va devoir affronter le chaos. Ainsi, la lutte entre les anciens et les nouveaux dieux semble à nouveau faire trembler les murs de Babylone. Marduk et Ishtar, les divinités tutélaires de la cité, doivent une fois de plus affronter Tiamat, la coléreuse et capricieuse mère des eaux salées. Mais Marduk, fatigué par son combat multimillénaire a décidé d’abandonner pour un temps ses fidèles - et la ville est ainsi livrée à elle-même, privée de son gardien et protecteur le temps que durera son repos. La loi est ainsi suspendue, hommes et femmes se livrent au saccage et au pillage, au viol et au meurtre, tuant le voisin autrefois respecté, assassinant l’épouse tant aimée ou le fils adulé.

Face au chaos, l’ordre des accusateurs sera le seul à défendre ce qui reste de dignité et de stabilité, au prix du sang et des armes. Mais au coeur de ces tueries de voisinage, Sarban est témoins d’un étrange meurtre, qui semble échapper par le mode opératoire à l’anarchie ambiante, et pour le jeune juge, cet acte nécessite une enquête à l’issue de laquelle les auteurs du crime devront être punis.

Ainsi débute ce thriller babylonien étonnant et prodigieusement rafraîchissant. Dans un secteur éditorial dominé par une fantasy d’inspiration médiéval fantastique d’obédience celtico-scandinave [du TOLKIEN quoi], l’angle choisi par Xavier MAUMÉJEAN est franchement le bienvenu. Il est par ailleurs surprenant de constater à quel point la fantasy n’a jamais osé s’aventurer sur les terres vierges [littérairement parlant] et les mythologies du Proche Orient ancien, mis à part peut-être Robert SILVERBERG avec son « Gilgamesh ».

Sans doute les repères sont-ils moins évidents, à la fois pour les auteurs, mais également pour les lecteurs, peu familiarisés avec l’histoire de cette partie du monde, pourtant si riche. Ce qui ne semble pas être le souci majeur de Xavier MAUMÉJEAN, diplomé en philosophie et en science des religions. Ainsi, son roman est très sérieusement documenté et se révèlerait presque un outil pédagogique idéal, mais seulement pour les plus âgés, car la violence n’est ici pas un vain mot ; pour autant elle n’est jamais gratuite et s’inscrit dans une certaine logique narrative.

Par ailleurs, et en dépit des apparences, « Car je suis légion » n’est pas un roman historique, même s’il n’appartient à la fantasy que parce qu’il exploite habilement les anciens mythes mésopotamiens et propose à quelques reprises une fracture avec la réalité.
Pour autant, il ne s’agit pas pour autant d’une uchronie car ici le passé n’est pas revisité, même si cette histoire n’est de bout en bout qu’une pure fiction. Mais faisons fi de toute classification restrictive, Xavier MAUMÉJEAN exploite ici très habilement ce qui fait le succès de plusieurs genres différents ; et la recette fonctionne plutôt bien car le lecteur est pris du début jusqu’à la fin par le suspense de l’aventure, secoué par la violence des affrontements, emballé par le rythme de la narration et dépaysé par un décor absolument envoutant.


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C’est la folie des hommes qui est au centre de l’histoire. Leurs capacités à une extrême violence dès lors qu’on leur en donne l’occasion. Et si cette occasion s’appuie sur des croyances religieuses l’effet n’en est que plus dévastateur.

On pourrait reprocher à l’auteur d’avoir trop occidentalisé certains éléments de l’enquête et les réactions du héros principal, qui à peu de choses près ne dépareillerait pas dans un polar moderne. On pourrait reprocher à l’auteur d’avoir choisi une contruction narrative un peu trop classique ou d’avoir sous-exploiter les éléments d’une rélfexion sur le rôle de la justice et de la loi au sein de la cité. Mais ce serait être de bien mauvaise foi tant ce roman, servi par une écriture impeccable, est dans son ensemble réussi.
A lire impérativement !