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Publié le 20/06/2007

« Cartographie des Nuages » de David MITCHELL

[« Cloud Atlas », 2004]

ED. DE L’OLIVIER, MAI 2007

Par Daylon

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la grande mode est d’évoquer l’exfiltration de la SF [et assimilés] vers les territoires de la littérature dite blanche, ou mainstream. Les auteurs picorent, bricolent et réinjectent de l’imaginaire sous forme de touches timides, d’esquisses discrètes et de suggestions quasi subliminales.
Certes s’en plaignent.
Nous, au Cafard, nous sommes contents : ces livres nous donnent l’occasion de vous parler de tout et de SF. De tout. Et de rien. Et de tout, aussi.


« Prétendez-vous que la race blanche ne domine point par la grâce divine mais par le mousquet ? »

« Cartographie des nuages », de David MITCHELL, suit un « Écrits Fantômes » [aussi édité chez l’Olivier, puis en poche, chez Points] plutôt bien apprécié, par ici.
Auteur quasi inconnu en France [oui, il en faut peu pour attiser notre curiosité], David MITCHELL servait pour ce premier roman, une suite de nouvelles interconnectées par des unités de temps et d’espace ; par des protagonistes testant les lois de la causalité d’un texte à un autre, où un attentat au Japon bouclait sur son propre terroriste, en passant par des traders, des éditeurs, des mafieux, une IA nouvellement née...
« Cartographie des Nuages » nous fera retrouver une construction tout à fait similaire, même si, cette fois, ce sont des écrits qui vont être interconnectés au travers les âges.

« Il faudra bien qu’elle comprenne : un artiste vit dans deux mondes à la fois. »

Même structure, donc.
Ce roman [allez : quelqu’un pour le qualifier de postmoderne ?] débute dans une Nouvelle-Zélande sillonnée par les colons de tous bords, sous la plume d’Adam Ewing, notaire originaire de San-Francisco relatant ce périple dans un journal.
Coupure.
Nous trouvons ensuite une relation épistolaire entre Robert Frobisher, bourgeois désargenté et son amant anglais, Rufus Sixmith. Frobisher, recherchant la protection d’un grand compositeur, tout en travaillant à ses propres œuvres, dont une certaine Cartographie des nuages.
Coupure.
Nous voici ensuite dans un récit de fiction ; un thriller décrivant la lutte d’une jeune journaliste face à un complot du complexe militaro-industriel de l’Amérique des seventies.
Coupure.
Un éditeur anglais, Thimothy Cavendish, note dans ses mémoires ses mésaventures.
Coupure.
Les minutes du procès de Sonmi-451, clone factotum et rebelle lettrée de la mégacitée coréenne.
Coupure.
Zachry, berger d’une Terre post-apocalyptique et sa biographie orale.

« Si tu avais le pouvoir de connaître l’avenir, demande-t-il, tu t’en servirais ? »

Je confesse ma semi-déception à l’entâme. J’attendais MITCHELL sur un terrain vierge, du moins de ses propres productions. Force est de constater que le procédé est identique. Perfectionné, épuré, mais identique. Mais.
Oui, il y a un mais : la narration va suivre ces différentes lignes jusqu’à un apex situé en milieu de livre... Pour repartir en arrière ; de Zachry à Sonmi, de Sonmi à Cavendish, de Cavendish à Luisa Rey ; atteindre enfin Robert Frobisher, point culminant de l’aventure littéraire et Adam Ewing en épilogue.

« C’est indéniable : à trop lire de romans, on devient aveugle. »

Si le procédé sent le réchauffé, il faut bien reconnaître que MITCHELL est tout seul sur ce créneau. Alors, quoi ? Dois-je vous déconseiller ce livre alors qu’il y a fort à parier que vous n’avez pas lu « Écrits Fantômes » ?

Il faut aussi remarquer la pleine capacité de la technique. Où « Écrits Fantômes » semblait un peu vain [très classe, mais vain], « Cartographie des Nuages » propose un vrai principe. Une structure nette d’où se dégagent certains symboles [l’argent comme constante véhiculant la mort ; l’eau comme principe de vie] et un propos solide [l’humanité court à sa perte depuis toujours, ce n’est qu’une question de temps]. Chaque écrit semble mettre en abîme celui qui le suivra dans le temps et précise le message ; depuis ce futur post-apocalypse où l’humain est sur le point de disparaître, au développement des colonies.

« Les âmes traversent les ciels du monde. Sonmi, c’est l’est et l’ouest, Sonmi, c’est la carte et les bords de la carte et c’qu’y a au-d’là. »

Maintenant, David MITCHELL se fait piéger par sa propre mécanique : lors de ce compte à rebours temporel, il est évident [d’où le titre] que l’écriture de la Cartographie des Nuages par ce Frobisher tourmenté est le point culminant du récit ; une métaphore sur la nature humaine appuyée par les propos de Zachry dans la partie centrale.
Mais il faut bien avancer encore d’une case et lire la fin du journal d’Adam Ewing, épilogue bien écrit, mais radoteur et quelque part superflu. Et un roman qui se ramollit sur la fin, c’est forcément dommage.


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Alors : oui, « Cartographie des Nuages » pêche par son épilogue trop long, mais il est évident que vous ne lirez pas des romans de ce type tous les jours. Et vous faites certainement partie de ceux qui n’ont pas lu « Écrits Fantômes ».

« Cartographie des Nuages » a ses défauts, mais comme ils disent à coté : « lisez-le quand même. »
Et pour le coup, le conseil est sincère.