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Catherine DUFOUR s’est fait sa place au soleil en produisant coup sur coup des livres aussi intelligents que marquants. Dernier en date, L’accroissement mathématique du plaisir, un recueil de nouvelles plus ou moins inédites, plus ou moins anciennes. Idéal pour se retourner et contempler tout ça avec un peu de hauteur.


Le Cafard cosmique : Vous êtes pénible. On vous connaît comme auteur de Fantasy rigolote à la PRATCHETT avec des fées qui jurent et qui picolent, et puis un jour, comme ça, sans prévenir, vous sortez Le goût de l’immortalité, et ça ne fait rire personne. Pourquoi ?

Catherine DUFOUR : Vous êtes de mauvaise humeur. Le goût de l’immortalité est un roman plutôt drolatique, quoiqu’en disent les mauvaises langues. Et ma trilogie en quatre volume abrite, sous ses airs guillerets, des horreurs à nulles autres pareilles : guerres, méfaits de l’alcool, maltraitance juvénile et infantile, drogue, prostitution, spectres vengeurs, meurtres, tortures, Sainte Inquisition, bûchers, vampires, cultures OGM et plagiat. Tant de mauvaise foi m’attriste.

CC : Du coup, on attend L’accroissement mathématique du plaisir avec angoisse. Ça vous amuse, de balader vos lecteurs ?

C.D. : Je préfère leur payer le coup. Assis, si possible. Et apprenez à votre libraire qu’il n’y a plus lieu d’attendre L’accroissement mathématique du plaisir puisqu’il est d’ores et déjà en vente libre.

CC : Pouvez-vous mettre une date précise sur votre premier acte / élan d’écriture ?

C.D. : Sept ans. Un poème. J’imagine que j’ai été fascinée par les premières poésies qu’on m’a fait apprendre. Ou horrifiée, allez savoir.

CC : Les nouvelles de ce recueil ne sont pas inédites dans leur majorité. Quel regard portez-vous sur les textes les plus anciens ?

C.D. : Le regard quelque peu gêné de l’auteur qui se dit que certains textes, au lieu d’être conservés dans la naphtaline, auraient du l’être dans la chaux vive. Ca laisse moins de traces.
Non, vraiment, ce recueil brille dans la nuit telle la lune en son plein hors deux textes qui, hahaha ! Mais je n’en dis pas plus, vous verrez par vous-même.

CC : Richard COMBALLOT a sélectionné les textes. Vous étiez globalement d’accord avec lui ?

C.D. : Oui. Hors deux textes qui, hou ! J’ai émis des réserves, pourtant. Galactus sait combien j’ai émis des réserves ! Dont on n’a pas tenu compte, hélas.

CC : Le même Richard COMBALLOT vous interviewe. C’est une idée à la con d’interviewer un auteur, quel intérêt ?

C.D. : Qui ne s’est pas un jour retrouvé dans une chambre d’hôtel parisien, face à face avec Richard COMBALLOT et son vieux magnétophone dans la lumière chiche d’une fin de journée poussiéreuse, contraint de répondre pendant des heures à des questions de plus en plus serpentiformes, ne sait pas ce qu’est une interview, ni ce qu’est la maïeutique. Il n’y manquait qu’une Underwood et je me prenais pour Hemingway.

CC : Un constat surprend au sortir de la lecture de L’accroissement mathématique du plaisir : la diversité des registres dans lesquels vous évoluez avec une égale aisance. Le fantastique, la fantasy, le conte, la science-fiction, le road-movie... D’autres pistes à explorer ?

Merci, merci vraiment pour l’« égale aisance ». D’autres pistes ? Le gore, le policier, la blanche, le porno, la romance, tout reste à faire.

CC : Les hommages et clins d’œil que vous adressez à vos pairs au travers de ce recueil sont nombreux : Lewis CARROLL [avec Le poème au carré], Edgar Allan POE [Confession d’un mort], mais aussi Bret Easton ELLIS [La liste des souffrances autorisées]. On sent dans vos influences une forte imprégnation du fantastique français [GAUTHIER, NODIER, MÉRIMÉE, MAUPASSANT]. Un commentaire ?

C.D. : Pairs, mazette ! Des maîtres, que dis-je ? Des kilomaîtres. Pour faire ce genre de "à la manière de", je commence par me goinfrer de l’auteur autant que possible. Ensuite, pendant quelques heures, j’ai tendance à écrire dans le même registre que lui. C’est une phase éponge. J’en profite.

CC : De même, vos textes n’omettent pas certaines révérences à l’art : la sculpture [L’accroissement mathématique du plaisir], la peinture [La lumière des elfes], ou la musique [Kurt Cobain contre le Docteur No]. Quelle place l’art en général occupe-t-il dans votre vie ?

C.D. : Toute. Toute la place. J’ai fait deux années d’histoire de l’art et ça a changé ma vie, oui ! Découvrir la techno m’a fait le même effet, un peu plus tard. J’ai arpenté tout ce que j’ai pu des musées de Paris, Prague, Budapest, New York, Saint-Petersbourg ou ailleurs, et tout ce que j’ai trouvé comme fête techno dans les bois, les catacombes, les hangars SNCF ou pire.
Tenez, je vais vous confier mon truc : quand vous avez envie d’aller à une expo, réservez une place pour la dernière entrée d’une nocturne, puis laissez passer le troupeau et revenez en arrière. Ca m’a permis d’avoir Impression de soleil levant pour moi toute seule, Kokoshka pour moi toute seule, Klimt pour moi toute seule, le visage d’Antinoüs pour moi toute seule ! C’est magique. La vraie magie est là.

CC : De source sûre, on murmure que vous préparez un roman punk. Des détails ?

C.D. : No punk, no punk. C’est simplement une suite au Goût de l’immortalité, l’imparfait du subjonctif en moins. Que vouliez-vous que je fisse d’autre ? Que je me tusse ? Pour résumer le propos de ce prochain livre, permettez-moi de vous fredonner la rengaine préférée du héros :
Chie moi sur la gueule, pisse moi sur le ventre et DIS MOI QU’TU M’AIMES !
Ça donne une idée.

CC : A la lumière de vos écrits, on distingue deux Catherine DUFOUR. Une Catherine DUFOUR punk iconoclaste, qui distribue joyeusement de grands coups de pieds dans les valseuses de la littérature en dynamitant les mythes [l’Alice sous champignons du Poème au carré, le Peter pan triphasé de La perruque du juge, l’antihéros de Je ne suis pas une légende...] et une Catherine DUFOUR beaucoup plus grave, dépressive, sombre, voire désabusée [L’Immaculée conception, Mater Clomorosum, Valaam...)] Vous faites preuve d’un réel sadisme à l’endroit de certains de vos personnages, n’hésitant pas à leur faire endurer les pires sévices [la Claude de l’Immaculée conception et son arrachage de dent à vif...cumule dans son supplice]. Sans sombrer dans la psychologie de bas étages, l’acte d’écriture vous apparaît-il comme une forme de catharsis, de défouloir, d’exutoire ? Un moyen d’appuyer le doigt sur les rouages branlants d’une réalité sclérosée ?

C.D. : Non. L’acte d’écrire me fait du bien, c’est tout. Et ma description de la grossesse de Claude est simplement réaliste. Voire vécue. Oui, c’est bien à moi qu’un dentiste vert de fatigue a arraché une molaire sans anesthésie parce qu’on ne peut pas anesthésier une femme enceinte, et a dit : "Bast ! Ca vous donne un avant-goût de votre accouchement". Et j’ai épargné le pire à mes lecteurs, c’est-à-dire que je n’ai pas décrit l’accouchement lui-même. Oui, pendant une grossesse, on prend dix kilos, on perd ses cheveux et ses dents, on attrape des hémorroïdes et des gaz. Et accoucher, ça revient à pisser un pamplemousse. Est-il sadique de le dire ? Pour qui ? Toute femme qui a été enceinte est au courant et les autres s’en fichent. A part les futures mères, à qui on ne dit rien mais qui se doutent vaguement que ça va être un sale moment. L’Immaculée conception a une seule ambition : montrer à ces futures mères tout ce que j’aurais souhaité savoir quand j’étais à leur place, afin de ne pas avoir à le découvrir toute seule.
Mater clamorosum provient aussi d’une réalité, heureusement abolie. Il était d’usage d’emmurer des êtres vivants dans les piles des ponts, et ce n’était pas toujours des chats. Si des enfants ont pris la peine de subir ce sort, ma foi, on peut bien se donner celle de le raconter ou de le lire. Quant aux putains de l’Est battues à mort pour une histoire de dope, ça se passe tous les soirs sous nos fenêtres. Je me trouve au fond bien peureuse de placer ce fait divers dans une île lointaine.
Le plus souvent, quand il veut fonder une histoire sur des faits réels, le premier soin d’un écrivain est d’en atténuer la cruauté, non l’inverse. Sans quoi son histoire ne serait pas crédible.

CC : Autre constat marquant : l’épaisseur, la consistance de vos écrits, qu’on sent rédigés au coin du vécu. L’Immaculée conception [qui illustre de manière saignante la phobie maternelle de l’accouchement], Un soleil fauve sur l’oreiller [qui expose sur le ton le plus attendrissant la relation mère/fils], ou encore Le cygne de Bukowsky ou Valaam, sont autant de textes inspirés du réel et dans lesquels vous injectez une forte dose de vécu qui saute littéralement à la gorge. Le vécu est-il un ingrédient nécessaire à l’élaboration de vos écrits ?

C.D. : Oui, bien sûr, on part toujours de ce qu’on connaît. Mes deux grossesses sont un matériau dont je me suis servie pour écrire une histoire, de même que mes voyages aux Etats-Unis et en Russie m’ont servi pour écrire d’autres histoires.
Il m’est arrivé d’essayer de faire évoluer des personnages dans des milieux que je ne connaissais pas du tout, avec lesquels je n’avais aucune familiarité, disons... la Bretagne rurale au début du XIXe siècle. Eh bien, c’est un casse-tête sans nom. Comment dormaient-ils ? Sur un matelas, une paillasse, la terre battue ? A quelle heure se levaient-ils ? Avec le soleil, avant, après ? Commençaient-ils par faire pipi, raviver le feu ou nourrir les bêtes ? Quel bois mettaient-ils dans le feu ? Mangeaient-ils le matin ? S’habillaient-ils ou dormaient-ils tout habillés ? Seuls ou à plusieurs ? Avant même que le personnage ne passe la porte, j’en avais eu pour dix jours de documentation. Quand elle existe. Car on en sait toujours beaucoup sur les faits et gestes des princes mais les autres, tous les autres, en tout temps, nous sont obscurs. Bref, il est plus simple d’écrire à partir de son vécu. Sans compter que le résultat a davantage de chance d’être intéressant, puisqu’on évacue rapidement le décor au profit de l’histoire.

CC : Certain textes du recueil confinent à l’exercice de style (Rhume des foins, Confession d’un mort...). Votre prose est à la fois riche en images percutantes et possède un rythme quelque fois vaporeux, tout empreint de poésie. Avez-vous pratiqué la poésie ? La pratiquez-vous encore ?

C.D. : Oh oui ! Oh non. La poésie ne supporte pas la médiocrité et je ne suis pas poète, hélas. D’un autre côté, quand on voit les vies pourries qu’on trainées la plupart des poètes, je ne regrette rien.

CC : En quoi American Psycho est-il un roman fascinant ? Même question pour Les Liaisons Dangereuses. Subsidiairement, trouvez-vous quelques liens entre ces deux œuvres que les siècles séparent ? [Les témoignages respectifs de la fin d’une ère ?]

C.D. : American psycho me fascine en ce que l’auteur n’a reculé devant rien. Je ne parle pas des scènes de violence, qui ne sont là que parce qu’il faut bien que la folie du personnage aboutisse quelque part, mais bien de la descente aux enfers d’une psyché qui se délite. Je n’aimerais pas être dans la tête de Bret Easton Ellis. Il faut une confiance maladive en son propre cerveau pour oser se lancer dans un livre pareil, berk.
Les Liaisons dangereuses sont une petite perfection d’action et de style. Je ne dirais pas « de mœurs », heureusement. Nous ne sommes plus aux temps où la vertu d’une femme « se réfugiait dans une fente », comme le dit si joliment Marguerite YOURCENAR. Ce livre fait partie des livres que j’appelle paradisiaques, comme Histoire d’O : les méchants sont si méchants, les gentils sont si gentils, tout le monde est si beau, si policé, si plein de santé, de sentiments et de blocages, uniquement occupé à travailler du corsage et du chapeau, avec un souci de la souffrance de l’autre qui touche à l’amour divin ; nul problème d’impôts, de voisinage, de syndrome dépressif saisonnier ou de fin de mois. Exactement la littérature qui hérissait le poil de BUKOWSKI avant qu’il ne découvre Fante.
Evidemment, on mettrait bien un pied au cul de Cécile de Volanges pour qu’elle cesse d’être bête, ou de Madame de Merteuil pour qu’elle occupe son brillant cerveau à autre chose qu’à des foutaises, mais le résultat est parfait dans son genre.
Quant à la fin d’une ère, euh... le yuppie se porte bien, merci. L’adultère mondain aussi, je parie. Et la méchanceté.

CC : Vous avez entamé des collaborations (écriture à quatre mains) avec quelques écrivains francophones, entre autre, Jérôme NOIREZ, sans succès. Comment expliquez-vous ces « échecs » ?

C.D. : NOIREZ est bien trop bon et moi, je ne suis pas joueuse. Une question de territoire, peut-être ? Je vous ai dit que je faisais toujours pipi tout autour de mon bureau avant de commencer à écrire ? D’ailleurs je vais aller boire un verre d’eau.

CC : Vous êtes une star, désormais. Le Livre De Poche publie Boris Vian et Catherine DUFOUR. En Fantasy comme en SF. Après avoir été clocharde toute votre vie, quelle effet ça fait de tutoyer les plus grands ?

C.D. : Le Livre de Poche publie, en ce jour, BEIGBEDER. On ne voit que ça sur leur site. Or je ne tutoie pas BEIGBEDER. D’abord parce que c’est mal élevé, ensuite parce que nous ne fréquentons pas les mêmes bars. Je ne tutoie pas non plus Boris VIAN, car j’ai le respect des morts. Et quand on ne sait pas distinguer un froc de clochard d’un Levi’s twisted tape payé 150 boules rue Sainte Catherine, Montréal, Nouveau monde, on ne se mêle pas de critique sociale.

CC : Maintenant que vous êtes auteur-qui-compte, on peut vous demander votre avis sur la SF en général. Qu’est-ce que vous en pensez ?

C.D. : Auteure, si vous le voulez bien. Qui ne compte pas car, quand on aime, etc. De plus, la SF ne se généralise pas. La SF est ! La SF est guerres de clans, luttes d’étiquettes, échauffourées entre les genres ! De toute façon, la SF est une littérature de nerd, je préfère la fantasy qui met mieux en valeur ma féminité. Je pense donc que votre question n’a aucune raison d’être. Allez plutôt lire « 2666 ».


Interview réalisée par Goldeneyes et PAT. Les question sérieuses sont de Goldeneyes. Les questions à la con, comment dire ?


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PAT