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Publié le 06/11/2010

Ceux qui nous veulent du bien
Anthologie collective

[avec des textes de Stéphane Beauverger, Alain Damasio, Ayerdhal, Jeff Noon, Philippe Curval...]

ED. LA VOLTE, OCT. 2010

Par Tallis

Parrainée par La Ligue des droits de l’Homme (dont le logo apparaît avec celui de La Volte sur la deuxième de couverture), l’anthologie Ceux qui nous veulent du bien propose en dix-sept nouvelles un panorama des dangers induits par les nouvelles technologies et des modes de résistance possibles.
Sur ce terrain piégé (on associe facilement progrès technique et dérives sécuritaires), auteurs confirmés et nouvelles plumes se mélangent allègrement.


On commence de manière très classique avec le texte de Thomas Day. Son enfant messianique pourchassée par les autorités du fait de sa capacité à parasiter les systèmes d’échanges et de communication apparaît touchante et le récit en lui-même ménage un joli suspense. Mais l’arrière-plan dénoncé par l’auteur reste très anecdotique.
Du coup, le contraste avec « Satisfecit » de Stéphane Beauverger s’avère criant : située dans un futur proche où la population est traitée via un système virtuel (la « virturapie »), sa nouvelle se révèle à la fois fascinante et glaçante. Les implications et enjeux sont livrés avec parcimonie et éclatent au fur et à mesure d’une histoire menée avec l’efficacité d’un thriller de grande classe. Sans conteste l’un des grands textes de l’anthologie.

Bernard Camus place « Les événements sont potentiellement… » au cœur de l’actualité et n’en rend les enjeux que plus palpables mais la brièveté de l’ensemble ne permet pas d’en creuser suffisamment les implications. Frustrant.

Et si le progrès permettait d’implanter directement dans votre cerveau des slogans publicitaires ? Et si ceux-ci, tournant en boucle dans votre tête, vous rendaient fous ? « Spam » de Jacques Mucchielli se propose de conter par le menu ce qui risque de vous arriver. Cette errance au sein d’un univers urbain en déliquescence, traversée de pointes d’humour grinçant, frappe aussi fort que le récit de Stéphane Beauverger.
Le point de vue choisi par Camille Leboulanger apporte une respiration bienvenue : son héros, vieil homme observant d’un œil goguenard l’arrivée du « progrès », offre un point de vue décalé mais pertinent sur la course aux améliorations technologiques.
Avec « Paysage urbain », Ayerdahl fait du Ayerdahl, dans ses réussites comme dans ses excès. Il démonte magnifiquement la logique qui sous-tend les politiques d’urbanisation actuelles (exclusion des sans-abris, parcage des pauvres dans les banlieues, flicage des déplacements) mais dilue le tout dans une démonstration bavarde conclue par une fin en demi-teinte.

Des quatre textes suivants, seul se détache celui d’Eric Holstein, enquête au sein d’une entreprise de démarchage publicitaire qui sert en réalité de base de données pour pister le consommateur qui est en nous. L’exploitation de cette belle idée se noie toutefois dans une trame confuse qui laisse un peu sur sa faim.
« Sauver ce qui peut l’être » de Prune Mattéo et « Annah à travers la harpe » d’Alain Damasio présentent pour point commun d’aborder le sujet des nouvelles technologies par le biais des relations sentimentales. Mais si la première y raconte le délitement progressif de la personnalité de son héroïne, piégée par son mari, le second choisit d’introduire une note d’espoir à travers la recherche éperdue d’un père pour retrouver sa fille. « Annah » imbrique des idées et des images assez fascinantes mais certains passages se révèlent parfois trop abscons pour convaincre pleinement.
On passera rapidement sur les textes de Sébastien Cevey et Paul Beorn, brouillon pour le premier, à côté de la plaque et plus proche d’un fantastique éculé pour le second.
Philippe Curval fait preuve dans « Un spam de trop » d’un humour assez rafraîchissant mais la fin trop plate ne parvient pas à relever l’ensemble.
« Si naître et fleurir » de Léo Henry est superbement écrit (ce qui n’a rien d’une surprise), il faut bien avouer que cette histoire de dentiste avorteur et mesquin a de quoi laisser perplexe en terme d’enjeu et fait presque figure d’intruse au sein de l’anthologie.
« Le Point aveugle » de Jeff Noon, étrange, poétique, clôt le recueil sur une note énigmatique et fascinante. Son atmosphère onirique, à la lisière du fantastique, imprègne durablement le lecteur malgré sa brièveté.

D’un point de vue qualitatif, Ceux qui nous veulent du bien se révèle donc très inégale avec trois grands textes (ceux de Stéphane Beauverger, Jacques Mucchielli, Jeff Noon) et une poignée d’autres qui tirent leur épingle du jeu par leur point de vue original ou leur style (Alain Damasio, Camille Leboulanger, Prune Mattéo).

Sur le plan thématique, le spectre des dangers technologiques est balayé de manière assez large : contrôle des esprits (« Sauver ce qui peut l’être », « Spam », « Vieux salopard »), attirance irrationnelle vers une société saturée de gadgets (« 78 ans », « Un spam de trop ») ou flicage perpétuel et utilisation abusive des données (« Paysage urbain », « Remplaçants », « Le Regard », « Ghost in a supermarket »). Dommage que la tonalité générale reste au niveau du pur constat – souvent désabusé – sur le caractère intrusif et aliénant du « progrès ». Les moyens de lutte imaginés par les auteurs restent bien souvent au niveau de la pure résistance idéologique (le retour à la nature chez Philippe Curval, la posture radicale du héros de « 78 ans » ou le recours aux sentiments pour Alain Damasio). Et si, ponctuellement, on y prend – littéralement – les armes (« Spam »), seul Thomas Day pense à mettre en scène une résistance utilisant les propres outils de la technologie.


Cette anthologie prometteuse présente un bilan en demi-teinte. Les constats des auteurs s’y révèlent pertinents, radiographie lucide des dangers qui nous guettent déjà.
Dommage que la qualité inégale des textes et l’absence de propositions alternatives tempèrent sérieusement l’enthousiasme.