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Publié le 01/05/2004

"Changing Planes" d’Ursula LE GUIN

[EDITIONS GOLLANCZ]

I M P O R T

Par Daylon

"Changing Planes" est ouvertement un livre qui interpelle. Outre sa couverture, plutôt originale ET réussie, son titre à tiroirs en constitue le pivot même : ici, on change d’avions... Et on change de plan. C’est un étrange concept que LE GUIN nous propose : La méthode Sita Dulip.

Un roman extérieur aux fameux cycles de "l’Ekumen" et de "Terremer", un roman difficile à oublier.


Dans un aéroport, bloqué entre deux correspondances, on s’ennuie parfois pendant des heures. Figé dans un siège en plastique au milieu d’autres voyageurs eux-mêmes bloqués dans des sièges en plastique parfaitement identiques et symétriquement disposés par rapport au votre. Cet état paroxysmique de l’attente, Sita Dulip a réussi à l’exploiter pour changer de plan... Tout simplement. Accéder à une infinité de dimensions. Des voyages dans les voyages, gérés par les agences interplanaires locales.

C’est sur ce point de départ assez particulier que démarre "Changing Planes". Car c’est un livre étrange dans son concept, quelque part hybride du roman et du recueil de nouvelles, qui se montre tout à fait unique. Pas de personnages principaux ; pas de trame scénaristique. Pour accéder à un monde parallèle, nul besoin de technologie de pointe ou de formule magique issue d’obscures incantations marmonnées au travers de la barbe grisonnante d’un quelconque mage. Grâce à la méthode Sita Dulip, on change d’univers... C’est tout. Rien de plus simple. A tel point d’ailleurs que le procédé lui-même s’efface dès la fin du prologue et n’apparaît plus que comme un vague filigrane, tout juste évoqué de nouveau à deux ou trois reprises.

Aucune histoire dans "Changing Planes", mais toujours cet aspect de recueil de contes ethnologiques [ce qui n’est pas si surprenant lorsque l’on connaît les antécédents de l’auteur]. LE GUIN nous décrit des mondes : leur Histoire, leurs mœurs, leurs coutumes, des anecdotes... Tout d’abord dubitatif au premier chapitre, on se prend finalement facilement au jeu. On parcours avec bonheur ces pages, passant d’un monde à l’autre, voguant sur cette langue que LE GUIN utilise si bien [pour le coup, c’est une VO réellement valable !].

On passe d’une société du tout génétique [jusqu’à l’absurde] à un monde où tous les humains vivants sont issus de la même lignée royale, à un autre encore peuplé de bâtisseurs inlassables ne comprenant pas réellement leur tâche à celui, enfin, de migrateurs... Et ce ne sont que des exemples parmi la quinzaine de dimensions proposées, et tous uniques en leur genre.

On appréciera tout particulièrement "The Fliers Of Gy", nouvelle empreinte d’une très grande poésie. Ne nous y trompons pas : LE GUIN reste fidèle à elle-même et met habillement notre propre civilisation en perspective, ce dont on ne se plaindra pas !


Néanmoins, "Changing Planes" est... trés long. Et manque de rythme. Ne vous attendez pas à un roman passant en revue tout un catalogue de pyrotechniques... Ici, ce sont des analyses dignes d’un ethnologue, avec la distance que cela implique. D’une certaine manière, nous avons ici un « roman » de hard-SF, finalement... Mais cet aspect tend à assoupir le lecteur entre la moitié et les trois-quarts du recueil. Dommage, car le roman avait tout pour être une œuvre majeure de la bibliographie de l’auteur.

Heureusement, LE GUIN nous fait profiter d’un magnifique final. La conclusion à elle seule fait oublier 80 pages un peu longuettes. Ursula LE GUIN [qui a tout de même 75 ans cette année, bravo Madame !] est encore pleine de ressources.