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Publié le 05/12/2009

Chien du Heaume de Justine Niogret

ÉD. MNÉMOS, NOV. 2009

Par PAT

Encore un énième bouquin de fantasy, avec esthétique à l’avenant et grosse hache en couverture... Rien de bien nouveau sur la planète Imaginaire, en quelque sorte, sauf que l’auteur s’appelle Justine Niogret, qu’elle est française et déjà connue pour plusieurs nouvelles parues ici ou là. Un cahier des charges suffisant pour jeter un coup d’œil à la chose. Et là, stupeur. Le coup d’œil se change en minutes, puis en heures, et au moment où on se dit qu’il est temps de reprendre une gorgée de café, on s’aperçoit qu’on a laissé refroidir la tasse et que le bouquin en question est terminé.
Terminé ?
Vraiment terminé ?
Pas de trilogie en sept volumes de mille pages ?
Non non, Justine Niogret fait dans le court et le percutant. Chien du Heaume dépasse à peine les 200 pages, installe un décor minimaliste et s’attarde sur des personnages à la présence extraordinaire. Sans doute la meilleure surprise francophone de cette fin d’année.


Elle s’appelle Chien du Heaume, et le prologue du roman éponyme ne laisse que peu de place au doute. Chien ne plaisante pas. C’est une femme, elle est laide, trapue, et manie la hache comme personne. Un détail utile quand on travaille comme mercenaire dans le haut Moyen Âge et ses hivers interminables. Et comme il faut une quête à tout roman de fantasy qui se respecte, Chien est à la recherche de son nom, de son identité, de son passé. Voilà pour les présentations.

Pour le reste, Justine Niogret brouille les pistes avec talent. Ici, pas de magie, juste la lourde présence meurtrière des éléments et quelques croyances douteuses réservées aux paysans. Ici, pas d’empire des ténèbres, ni de preux chevaliers, juste des personnages hantés, sales, réalistes et lucides qui mènent leur existence comme ils le peuvent, entre privations et moments de grâce. Ici, pas de haut fait, juste la boue et le sang, la mort et le râle des mutilés. Ici, pas de bataille, juste le souvenir des batailles. Car malgré sa couverture foireuse, Chien du Heaume est un roman intimiste sur un monde qui s’écroule. Face au temps, face à la mort, face au clergé renaissant, face au peuple avide et face au propre désespoir de ceux qui l’ont fait.

Dans une vraie-fausse langue moyenâgeuse (on renvoie à l’interview de Justine Niogret dans laquelle elle s’explique justement sur ses choix stylistiques), l’auteur souffle plus son histoire qu’elle ne la raconte. Chien cherche son passé, rencontre des personnages magnifiques, écoute, vit, accepte la mort des autres et continue malgré tout, certaine de la tragédie à venir. Et le lecteur se surprend à avaler ce livre en quatrième vitesse, happé par la présence des personnages, leur réalisme troublant, tout en se délectant — ultime paradoxe — de la vraie langueur de ce très court texte.

Malgré quelques maladresses inévitablement liées à la douloureuse expérience du premier roman — l’apparition et la disparition de quelques éléments artificiels qui entrent dans le récit et en sortent sans y avoir rien apporté — Chien du Heaume révèle un étonnant niveau de maîtrise, surtout pour un sujet aussi casse-gueule. Le texte fonctionne du début à la fin, confortant l’adage qui veut que seuls les personnages donnent corps au récit. Le reste n’est que vague décor, neige, bruit blanc. Mais l’ensemble s’anime et la littérature est là.


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De la fantasy quasi historique avec de vagues moments teintés d’onirisme ? Une tranche de vie sombre et froide où l’on entend que l’écho des combats sans jamais y assister ? Tu plaisantes, Justine ? Mais non, Justine ne plaisante pas le moins du monde (enfin si, mais à la fin. Ne surtout pas louper le glossaire, qui donne une assez bonne idée de l’étendue des capacités stylistiques de la dame).
Elle pose son livre. Au lecteur de suivre.
Et le lecteur suit.
C’est Noël.