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Une fantasy extrémiste, qui accole la magie et l’industrie, les plumes et les écailles, la sueur et la rouille, la machine à vapeur et les poupées vaudous... Un univers de bric-et-de-broc, de DICKENS et de TOLKIEN, de cadavres exquis et d’héros grotesques... China MIEVILLE a défriché un plan inconnu du royaume de l’Imaginaire.

Ce jeune auteur cumule les audaces : il est anglais et communiste, diplômé d’anthropologie, fan de Max ERNST et de M.J. HARRISON, et il créé des monstruosités sous-marines pour divertir nos longues soirées d’automne...

Après Perdido Street Station [2004], avant Iron Council [2006], il nous parle de lui et des Scarifiés, son deuxième roman situé dans le monde de Bas Lag...


Le Cafard cosmique : Avez-vous toujours été attiré par la littérature fantastique ?

China MIEVILLE : Comme beaucoup d’enfants, j’aimais n’importe quel bouquin, du moment qu’on y parlait de monstres, d’extra-terrestres, de sorcières, de toutes sortes de bizarreries - bref j’aimais le fantastique. Et, oui : je n’ai jamais grandi, de ce point de vue-là tout au moins. En réalité, j’ai grandi en découvrant les différentes formes de la littérature fantastique : je me suis intéressé de très près au Surréalisme, au Symbolisme, à l’Art décadent ou grotesque... Aujourd’hui je lis également beaucoup de chose sans rapport avec la littérature fantastique, mais je ne peux pas nier que ce soit là ma famille littéraire.

CC : Il y a beaucoup de monstres dans vos romans, de Perdido Street Station, aux Scarifiés... Où allez-vous cherchez des êtres aussi étranges que les Femmes-moustique ou les Homme-cactus ?

CM : Je n’en ai pas la moindre idée ! Les monstres, c’est ce que je préfère, et c’est certainement pour créer et donner vie à des monstres, tout autant que pour d’autres raisons, que je me suis lancé dans la littérature fantastique.
Je ne peux pas vous dire d’où me viennent les idées - je constate que la plupart de mes monstruosités, comme c’est le cas pour les monstres de la littérature classique, sont des assemblages de morceaux d’animaux combinés. Les possibilités sont sans fin ! Parfois, il faut aussi y voir une représentation de mes propres peurs... Comme pour les Femme-moustiques, par exemple : je voue une haine profonde aux moustiques.

CC : Mais pourquoi aimez-vous tant les monstres ?

CM : Je n’en sais rien ! J’ai une passion inextinguible pour le grotesque, et les monstres sont le nec plus ultra en la matière. Je les trouve extrêmement inspirants et ils me procurent toujours une joie fébrile par leur pure étrangeté.

CC : Les termes « baroque » et « grotesque » reviennent justement souvent pour qualifier vos romans, et l’univers de Bas Lag.

CM : Je suis heureux qu’on me qualifie de baroque et/ou de grotesque. Je crois que cela est dû au fait que mon style d’écriture est très dense, pas du tout sobre. C’est une question d’excès, le luxe des détails... Le fantastique traité avec modération, avec sobriété, tend vers la fable morale ou le conte de fées. Le fantastique outré, excessif, tend vers le grotesque.

CC : Y-a-t-ils des artistes « baroques » ou « grotesques » auxquels vous vous compareriez, même des peintres ou des musiciens ?

CM : Je n’oserai certainement pas me comparer à qui que ce soit. Mais il y a des artistes qui répondent à cette définition et qui m’inspirent : Bosch et Max ERNST en premier lieu. Les Surréalistes en général. Odilon REDON, Mervyn PEAKE, Leonora CARRINGTON, Paul KLEE, et bien d’autres, trop nombreux pour être tous cités.

CC : J’ai le sentiment que vous aimez agglomérer les choses, que ce soit l’animal, le végétal et l’humain pour créer des monstres, que ce soit les genres littéraires, ou même les mots, avec lesquels vous formez des noms aussi coccasses que Isaac Dan der Grimnebulin et Bellis Froidevin... L’agglomération, c’est votre mode de création ?

CM : Je crois que vous mettez le doigt sur quelque chose d’important, là. C’est vrai que le monstrueux qui m’intéresse le plus est précisément celui qui fonctionne sur l’agglomération de plusieurs éléments, aussi bien au niveau linguistique qu’au niveau des éléments floraux/végétaux/humains. Je pense que je suis effectivement un « agglomérateur ». Je crois que c’est exactement cela que je fais : j’agglomère...

CC : Les Scarifiés se développe essentiellement en haute mer, et parfois en dessous du niveau de la mer. Avez-vous fait des recherches spécifiques sur les bateaux, les fonds marins etc. ?

CM : J’ai fait beaucoup de recherche, mais j’avais commencé depuis longtemps parce que j’adore tout ce qui a trait à l’univers sous-marin. La plongée sous-marine est une de mes passions et je suis fasciné par tout ce qui a trait à l’atmosphère mystèrieuses des profondeurs marines.

CC : Pouvez-vous nous en dire plus à propos des personnages que vous avez imaginé ?

CM : J’ai voulu ces personnages proches de certains archétypes classiques et en même temps je les voulais complètement réalistes, crédibles - j’espère que j’y ai réussi. Uther Dol, par exemple, est le classique chevalier morne, façon Don Quichote, mais avec une psychologie que j’ai voulu complexe et opaque - même pour lui. Il m’est difficile de vous dire d’où viennent mes personnages - comme vous l’avez dit, je suis un « agglomérateur », un « colleur », je crois que beaucoup d’entre eux sont des collages de moments, d’images que je vois - je les imagine dans différentes situations clé, et j’agglomère tout cela, et au final ça donne un personnage. C’est un agglomérat de situations isolées.

CC : L’édition de Perdido Street Station comportait une carte minutieusement détaillée de la cité de Nouvelle Crobuzon. Est-il important pour vous que la ville, et plus généralement le monde de Bas Lag, demeurent crédibles, voire tangibles, malgré leur essence fantastique ?

CM : Complètement. Je suis suffisament « geek » pour avoir besoin que ce monde soit, intrinsèquement, consistant et cohérent. Certains de mes mondes imaginaires favoris, devrais-je ajouter, ne sont cependant pas aussi cohérents... Ainsi le Cycle du Viriconium, de M. John HARRISON change à travers chaque récit, de façon délibérée - c’est d’ailleurs une technique qui peut donner d’excellents résultats. Mais quant à moi, je fonctionne mieux dans un univers stable.

CC : Avez-vous dessiné une carte de Bas Lag ou bien allez vous le faire petit à petit ?

CM : Un peu des deux : j’ai une carte détaillée de certaines régions et il y a des régions « inexplorées » que je pourrai compléter et explorer plus tard, dans de nouvelles histoires - mais pas forcément. Pour être honnête, j’ai bien aussi conserver des terres vierges - ça me permet d’avoir le sentiment de m’explorer moi-même [je vais avoir l’air stupide de parler comme ça, je regrette déjà !].

CC : Avez vous l’intention de nous en dire davantage un jour sur l’Histoire de Bas Lag ? D’où viennent ces créatures ? Y-a-t-il une connexion avec notre monde ? Avez vous seulement déjà les réponses à ces questions ? Suis-je trop curieux ?

CM : Hm. J’ai des réponses à ces questions, mais je n’ai pas envie d’en parler. Il est bien plus intéressant, je pense, pour les lecteurs, de réfléchir à tout cela chacun dans leur tête. Plus j’expliquerai les choses, moins le lecteur pourra vivre l’expérience que promet justement le genre de choc culturel que nous recherchons, je crois, tous dans la littérature fantastique. Je dirais, cependant, que j’écrirais, sans aucun doute, à nouveau sur Bas Lag, et que les prochains romans en révèleront une plus grand part - sinon la totalité.

CC : Vous vous êtes présenté au scrutin parlementaire en Grande-Bretagne, avec le parti Socialist Alliance [comparable au Parti Communiste français] et vous vous décrivez comme un « authentique Troskiste » : comment résumeriez-vous vos convictions politiques ?

CM : Mes opinions politiques sont exactement celle que vous imaginez : je suis socialiste, je suis contre le capitalisme, je soutiens la lutte pour la justice sociale. J’ai bien l’intention d’être politiquement actif, oui.

CC : Pensez-vous que vos idées politiques apparaissent dans vos romans ? Y-a-t-il des allégories politiques dans Perdido Street Station, Les Scarifiés ou Iron Council ?

CM : Evidemment. Ces romans développent des thématiques autour du racisme, des inégalités sociales, de l’exploitation ou de l’aliénation, etc. Cependant - et je fais cette réponse à chaque fois qu’on me pose la question - cela ne veut pas dire que mes livres ont pour sujet la politique ou qu’il soit nécessaire d’adhérer à mes opinions politiques, ni même de s’y intéresser, pour les lire. Mon objectif est que mes romans fonctionnent avant tout comme des histoires, des fictions. Evidemment, si des lecteurs s’intéressent à la politique, tant mieux. Mais la fiction ne peut pas passer derrière la politique, sinon j’aboutirais à de la mauvaise fiction... et à de la mauvaise politique.

CC : Comment conciliez la passion pour la politique, une passion ancrée dans la réalité difficile du monde qui nous entoure, et la fonction d’auteur de fantastique, plongé dans des univers imaginaires ?

CM : La question se pose pour toute forme et toute expression d’arts, à commencer par le Surréalisme, par exemple. En réalité, bien sûr, les Surréalistes étaient les artistes et les écrivains les plus politisés qui soient. Mais il n’y a pas de contradiction entre l’amour de l’art d’un côté - quel qu’il soit, puisque tout art est « imaginaire » à sa façon - et l’engagement politique d’un autre côté. Dans le domaine spécifique de la littérature fantastique, il y a en fait une réelle tradition de fantasy politique - et une bonne part de la SF et de la fantasy est bien plus politisée que la littérature blanche.

CC : Quels auteurs de SF & Fantasy lisez vous ?

CM : M. John HARRISON, Kelly LINK, Peter STRAUB, Justina ROBSON, Minister FAUST, William Hope HODGSON, H.P. LOVECRAFT, et beaucoup d’autres...

CC : Quels auteurs lisez vous en dehors de la Sf & Fantasy ?

CM : Dambudzo MARECHERA, Charlotte BRONTE, Zadie SMITH, Toby LITT, Jackie KAY, Richard FLANAGAN... et, encore une fois, beaucoup d’autres...

CC : Sur quoi travaillez-vous en ce moment

CM : Je termine actuellement le pénultième brouillon d’un nouveau roman, qui ne se situe pas sur Bas Lag. Je voulais prendre le temps d’un livre ou deux loin de cet univers - j’ai écrit à propos de Bas Lag pendant des années, et il était temps de changer d’horizon. Même si certainement j’y reviendrai. Je ne veux pas en dire trop à propos du roman que je viens d’achever - je suis, disons, superstitieux.

CC : Avez-vous des projets de venue en France ?

CM : Cela viendra, j’en suis certain. Mais pour le moment, je suis réellement débordé. Quand mes engagements se seront allégés, cela deviendra possible. J’ai été plusieurs fois invités pour des conférences et des conventions en France, et pour le moment, hélas, je n’ai pas pu accepter. Mais je suis sûr que le jour viendra.


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Mr.C