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Puisque ce mois d’avril 2005 est uchronique, nous tenions à saluer l’arrivée d’un [presque] nouvel auteur français qui a osé affronter le périlleux exercice. Premier contact, donc, avec Christophe LAMBERT, dont « La brèche », paru en mars 2005 chez Fleuve Noir / Rendez-vous ailleurs, explore, comme Christopher PRIEST avec « La séparation », la rupture fascinante de la Seconde guerre mondiale..


- Le Cafard cosmique : Vous étiez jusque-là spécialisé dans la jeunesse, considérez-vous « La brèche » comme un roman essentiellement destiné aux adultes ? ?

- Christophe LAMBERT : Pas forcément. Mais je ne considère pas mes romans « jeunesse » comme étant « essentiellement destinés aux ados ». Je ne suis pas comme Fabrice COLIN, qui trace une frontière très nette entre ses productions « adultes » et « jeunesse ». Si vous avez quatorze ou quinze ans, et que vous encaissez bien les scènes de guerre réalistes [donc très violentes], alors vous pouvez essayer « La brèche »... C’est une question de sensibilité. Pour ce qui est du style et de la complexité de l’intrigue, je pense des bons lecteurs motivés peuvent suivre l’action dès le collège. Je ne traite pas ici de thèmes typiquement « ados », mais c’est un roman d’aventures, donc à ce titre, cela peut intéresser les jeunes...

- C.C : Quelle en a été la genèse ?

- C.L. : Je crois que tout a commencé par une image que j’avais dans la tête, une sorte de plan séquence : des soldats de la guerre 39-45 marchent dans un champ de ruines, sur le qui-vive, et à l’arrière-plan, on voit apparaître un engin volant ronronnant, type « La guerre des mondes » ! Je n’avais pas d’histoire, mais j’aimais ce contraste entre les technologies. Souvent, j’ai une envie, et je m’arrange pour construire mon récit autour de cela. Donc, partant de cette image type « La guerre des mondes », j’ai essayé de réfléchir à une sorte de war game grandeur nature dans un Stalingrad virtuel, genre « réalités truquées », mais ça ne m’a pas mené bien loin. L’autre option était le thème du voyage dans le temps...

- C.C : Le voyage dans le temps et les paradoxes qu’il entraîne sont parmi les thèmes les plus classiques de la SF. Comment renouveler ce bon vieux principe ?

- C.L. : Je ne voulais pas réitérer ce que j’avais fait dans « Souviens-toi d’Alamo » [en gros, Nimitz au Texas]... Là, le déclic est vraiment venu de l’idée suivante : deux futurs possibles [1/ les Alliés ont gagné 2/ les Nazis ont gagné] coexistent durant une brève période [une brèche ouverte dans l’espace-temps, d’où le titre] et ces deux univers concurrents vont se bagarrer pour renvoyer l’autre au néant. C’est une partie de poker géante où les drones et les exosquelettes remplacent les cartes ! A ma connaissance, cette astuce n’avait jamais été exploitée au ciné ou en littérature... Le hic avec les paradoxes temporels, c’est qu’il faut prévoir un budget « aspirine » conséquent pour ne pas devenir cinglé au bout d’un moment......

- C.C : Pourquoi situer l’action à Omaha Beach ?

- C.L. : Avec le Fort Alamo, c’est un des épisodes historiques que je connais le mieux. J’ai visité plusieurs fois les plages du débarquement, enfant, et ces journées m’ont beaucoup marqué. Et, bien entendu, je suis un fan du « Soldat Ryan » et du « Jour le plus long ». D’ailleurs, en visionnant ce dernier [à l’âge de huit ou neuf ans], je m’étais fait la réflexion suivante : si les démineurs commandés par Robert Mitchum n’avaient pas fait sauté les fortifications, les GI seraient restés coincés sur la plage ; Omaha Beach aurait été alors un vrai désastre et l’opération Overlord se serait peut-être soldée par un échec... Sans le savoir, je venais de poser dans mon esprit la première pierre de ce qui allait devenir « La brèche », un quart de siècle plus tard ! Les auteurs sont des bestiaux singuliers. Ils recyclent vraiment tout ce qui leur passe par la tête ! ...

- C.C : Que répondez-vous quand les critiques parlent d’un côté un peu trop caricatural dans vos personnages ?

- C.L. : La vedette chez moi, c’est clairement la SITUATION... Les persos viennent en second. J’essaie de les charpenter solidement, mais peut-être que je ne réussis pas à tous les coups. J’ai quand même l’impression que mon duo de héros, dans « La brèche », fonctionne plutôt bien. Je les trouve attachants ces deux gars. D’ailleurs j’ai mis beaucoup de moi-même dans le rôle de l’historien pas très dégourdi ! Ma référence, question psychologie, c’est le cinéma ricain des années 70, ces grosses productions où les personnages avaient quand même une certaine densité. Je pense à « JAWS », par exemple.
Pour les rôles secondaires, c’est vrai que je tombe un peu dans les clichés : le jeune loup arriviste [merci "Robocop"], le général « dur mais correct » [merci "XIII"], etc. Mais, bon, je crois que quand on va voir un film-catastrophe au cinéma, on n’a pas vraiment la même attente en termes de « psychologie » que lorsqu’on va voir le dernier Téchiné...

- C.C : Vous êtes le second francophone à être publié dans la collection Rivages d’ailleurs du Fleuve noir... un commentaire ?

- C.L. : Il paraît qu’on ne fait pas vendre, nous autres pauvres frenchies ! C’est peut-être vrai ; je ne sais pas. En tous cas, pour les auteurs de SF, les débouchés éditoriaux se réduisent comme une peau de chagrin... Coup de chapeau à Bénédicte LOMBARDO [NDCC : Directrice de la rédaction du Fleuve Noir] pour son courage éditorial : publier des petits nouveaux, en SF, des Français de surcroît, et dont l’un porte le même nom qu’un acteur ringard ! Moi je dis, c’est plus du courage, c’est de l’héroïsme ! J’ai appris que Jean-Pierre ANDREVON allait nous rejoindre bientôt dans la collection. C’est peut-être l’auteur français dont je me sens le plus proche. On a un côté « réalisateur frustré » tous les deux !

- C.C : Avez-vous un avis sur la SF mondiale ? Sur la française ?

- C.L. : Non. J’ai surtout l’impression qu’on s’est tous fait bouffer par la Fantasy. Dans les ouvrages récents, j’ai bien aimé la guerre de Troie version Dan SIMMONS [« Ilium »], et j’attends le tome 2 avec impatience.

- C.C : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

- C.L. : Plein de trucs divers et variés. Un projet jeunesse-thriller-SF-top secret avec Fabrice COLIN, notamment. J’aimerais bien également faire de la BD : une biographie [très libre] de LOVECRAFT est en préparation, avec Emre ORHUN aux dessins...

[interview réalisée par PAT, mars 2005]


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de LAMBERT Christophe [et d'autres critiques]

PAT