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L’année dernière, il était le second auteur francophone publié par la recommandable collection Rendez-vous Ailleurs du Fleuve Noir, imaginant avec « La Brèche » l’aventure d’uné équipe de télé-réalité sur les plages du Débarquement... Audacieux - voire périlleux mais le résultat était un divertissement foutraque d’une efficacité redoutable.

Christophe LAMBERT repart à l’assaut - et il n’a toujours pas froid aux yeux : cette année, il scénarise l’invasion de Londres par trois milles gueriers zoulous en pleine époque victorienne. Guest-stars au générique : H.G. Wells et Elephant Man... [quand on vous dit qu’il n’a pas froid aux yeux.]

Interview d’un fou-de-guerre qui a plus d’une saguaie dans son sac.


Le Cafard cosmique : Comment est née l’idée loufoque d’envoyer les Zoulous envahir Londres ?

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Christophe LAMBERT

Christophe LAMBERT : Depuis quelques années, quand je cherche une idée autour d’un sujet donné [ici, les guerres anglo-zouloues], je prends le contrepied systématique de ce qui a déjà été fait. Parfois, cela donne des axes intéressants. Donc plutôt que de décrire l’invasion du Zoulouland par les Anglais, j’ai choisi de faire exactement l’inverse : les Zoulous débarquent à Londres !

CC : L’acte de sorcellerie par lequel les zoulous se "transportent" sur les rives britanniques est un peu vite esquissé m’a-t-il semblé... n’étiez vous pas à l’aise avec cet aspect de l’intrigue ? aviez-vous envie d’aller plus rapidement au coeur de l’histoire ?

C.L. : Oui, tout à fait. J’ai abordé ce prologue ethnologique à la manière d’une formalité nécessaire au démarrage de l’intrigue, mais sans chercher vraiment à approfondir. En fait, je vois « Zoulou Kingdom » comme un film de zombies. Dans les ROMERO, l’élément déclencheur n’est pas très important. Que les morts se réveillent suite à un sort vaudou, le passage d’une comète ou des taches solaires, on s’en fout un peu. Ce qui est important, c’est de voir comment la société va s’écrouler, comment les autorités, les médias, vont gérer le fléau, ou encore comment des gens d’horizons très différents vont être amenés à ce serrer les coudes.

CC : Si je peux me permettre, il m’a semblé aussi que le "lien de sang" entre le sorcier zoulou et le serial-killer n’était pas très évident - un peu comme si vous aviez eu du mal à légitimer cet élément ? Ou à trouver un dénouement, une façon simple de briser le sortilège ? Me trompe-je ?

C.L. : Non, vous avez encore raison [grrrr]. Mais cette "ficelle" là était vraiment tentante : le personnage du "ripper" est assez incontournable, quand on parle du Londres victorien, et puis cela me permettait de tirer un trait d’union entre les deux continents, d’étoffer le rituel et aussi, c’est vrai, d’effacer l’ardoise d’un coup, à la fin.
Dans le doute, j’ai demandé si ça fonctionnait à mon éditrice, et elle m’a répondu "oui". J’avais pensé à une autre piste, où les Anglais contraient le maléfice zoulou en se replongeant dans leurs racines celtiques, druidiques, tendance Stonehenge, mais je ne suis pas parvenu à donner suffisamment de substance à cette idée...

CC : « Zoulou Kingdom » appartient à ce genre d’uchronies-patchwork où l’on mêle personnages historiques réels et personnages fictifs, dans de joyeuses et savantes relectures de l’Histoire. Aviez-vous le sentiment de vous inscrire dans un genre aussi défini ? Avez vous lu/apprécié les textes relevant du genre, signés Xavier MAUMEJEAN, Fabrice COLIN, Johan HELIOT, etc ?

C.L. : Ce qui est génial avec l’uchronie, c’est que l’on a tous les avantages du roman historique [une doc pratiquement illimitée] sans les inconvénients [la nécessité de respecter les faits]. Je n’ai pas lu MAUMEJEAN et HELIOT. De COLIN, au rayon "uchronie", je ne connais que « Dreamericana ». Je n’ai pas lu « A vos souhaits » de crainte d’être influencé. En BD, j’ai apprécié « Empire » et « Hauteville House », chez Delcourt.

CC : J’ai beaucoup aimé le roman et cependant j’y vois un exercice très périlleux - réussi à mes yeux mais peut-être pas au yeux de tous : à force de personnages historiques et de situations abracadabrantesques, n’aviez-vous pas, en écrivant le livre, l’impression de potentiellement frôler le ridicule total ?

C.L. : Oui, j’ai eu quelques sueurs froides. Mais je crois que le côté loufoque est contrebalancé par les recherches documentaires. Quand je vous dis que, en janvier 1879, tel régiment était aux Indes et tel autre en Irlande, je ne blague pas. Idem pour les détails concernant le boudoir de la reine, les costumes des pompiers ou les égouts. J’ai cherché à créer un "effet de réel" très fort pour donner corps à tout ce bazar. La deuxième chose qui, à mon avis, fait passer la pilule, c’est ce que j’appelle le ciment métaphorique. Il est sûr que, si l’on regarde les choses au premier degré, des Zoulous qui ravagent Londres, c’est complètement débile. Mais, après tout, un singe de dix mètres qui ravage le New York des années 30, c’est tout aussi idiot.

Heureusement, dans les deux cas, il y a une dimension symbolique. On est à fond dans l’esprit biscornu de la SF évoqué précédemment. King Kong parlait [entre autres] de la dépression économique. « Zoulou Kingdom » parle de la fracture nord-sud, du 11 septembre. Nous y voyons quoi ? Des gens très matérialistes, très sûrs d’eux, les "maîtres du monde", et tout d’un coup, le ciel leur tombe sur la tête, l’impensable survient. Il y a du sens dans tout cela ; on n’est pas dans le jeu de massacre gratuit. Et puis j’ai essayé d’introduire une dimension poétique. Je transforme une ville très moderne, concrète, en un véritable marécage infesté de créatures cauchemardesques. Il fallait y aller à fond les manettes ou pas du tout. Je transporte l’Afrique à Londres, littéralement. J’aime bien cette idée.

CC : Une de mes grandes questions en terminant ce roman : pourquoi avoir fait si court ? lorsqu’on voit la matière accumulée, les recherches effectuées, le nombre de personnages mis en scène, on se dit qu’il y avait sans doute de quoi faire deux fois plus long, sans être lassant, non [d’ailleurs « La Brèche » n’était pas non plus un roman très long] ?

C.L. : Je ne suis pas à l’aise sur les longues distances. Au bout de 300 000 signes, je commence à tirer la langue. Cela vient peut-être de mon côté "écrivain jeunesse". Ceci étant dit, la première version de « Zoulou Kingdom » était plus longue. Mais il y avait trop de personnages. Le premier acte finissait par ressembler à un catalogue : je présentais X, puis Y, puis Z, puis Z’, et l’action n’avançait pas. J’ai taillé dans le lard, sur les conseils de Bénédicte LOMBARDO.

CC : Après la Deuxième Guerre Mondiale dans « La Brèche », c’est toujours la guerre en toile de fond dans « Zoulou Kingdom »... une obsession personnelle ?

C.L. : Oui. Je n’étais pas seulement, dans ma jeunesse, un ado-boutonneux-amateur-de-jeux-de-rôles, j’étais aussi un ado-boutonneux-amateur-de-wargames. Ceci explique sans doute cela. La guerre, c’est un sujet à la fois spectaculaire et porteur de thèmes, très jouissif à décrire. Y a pas grand monde sur le créneau, en France, et moi je me m’y sens très à l’aise, donc pourquoi ne pas creuser ce sillon là ? Mon rosebud, c’est « Alamo » de John WAYNE. Les sièges, les héros submergés par le nombre, l’esprit de sacrifice, tout vient de là !

CC : Vous souvenez de la première fois que vous avez vu « Alamo » ?

C.L. : Je m’en souviens comme si c’était hier ! J’avais cinq ans et je regardais FR3, un mardi soir, allongé par terre, coudes sur la moquette très "seventies" de mes parents [quand j’y repense, ils étaient dingues de me laisser regarder ça à cinq ans]. Il y a eu le pré-générique de la 3, avec la musique de Francis Lai et les yeux de stars en fondus enchaînés, puis vlan, la chapelle de fort Alamo, en cinémascope, et les premières notes du deguello. J’ai tout de suite été hypnotisé. Ce film a fait vibrer une corde sensible en moi ; je ne sais pas trop comment l’expliquer. D’un point de vue purement plastique, au niveau de la composition de l’image, de l’équilibre des masses, des hordes d’assaillants qui se fracassent sur une ligne de défense, ça a de la gueule, surtout en technicolor ! J’ai adoré, par exemple, le fait que les héros meurent à la fin. Et pas n’importe quels héros : John Wayne, Richard Widmark... la claque ! J’ai trouvé cette transgression des règles établies géniale.

Je crois que cette histoire comble à la fois mon moi "exalté", maniaque [au sens psychanalytique du terme], de par son côté épique, héroïque, et, en même temps, la fin négative, donne satisfaction à mon "moi" dépressif. Une place forte investie par l’ennemi, un bateau envahi par les flots, ce sont là des images qui résonnent très fort pour quelqu’un de mélancolique comme moi. Le "moi" du mélancolique est hémorragique, traversé par la pulsion, la mélasse noire chère aux Grecs. Hum, c’est sympa de s’auto-psychanalyser pendant les interviews ! Je vous dois combien, docteur Cafard ???

C.C. : C’est offert par la maison. Mais cela ne nous dit pas pourquoi vous exprimez vos obsessions dans des récits de science-fiction...

C.L. : J’écris parce que raconter des histoires est une drogue dure. Sans doute aussi parce que je ne sais rien faire d’autre. Quant à la SF, cela demande une tournure d’esprit un peu biscornue qui me plaît bien. On aborde pas les choses de front. On biaise. C’est ludique, quoi. Et puis j’aime bien la quincaillerie qui va avec le genre : les robots, les mutants, les clones, les taun-tauns...

C.C. : Des influences marquantes ?

C.L. : En SF, deux grands chocs, deux grandes sagas : « Dune » et « Hypérion ». J’aime bien l’aspect "vulgarisation spectaculaire" chez CRICHTON. Mon roman « Titanic 2012 », par exemple, est très chrichtonien. En parlant de "chtoniens", j’ai eu ma période LOVECRAFT quand j’étais un ado boutonneux amateur de jeux de rôles. J’ai fait un petit crochet par DICK, vers l’âge de 20 ans. Concernant « Zoulou Kingdom », les influences littéraires majeures sont « La guerre des mondes » [pour le choc des technologies], « Ravages » de BARJAVEL [pour la dimension apocalyptique] et « Le fléau » [pour le côté "chorale"]. Je trouve que KING est excellent en anticipation "next door"[« Marche ou crève », « Running man »...]. Dommage qu’il n’en fasse pas plus souvent. « Cellulaire », par contre, est raté ; ça démarre sur les chapeaux de roues mais l’histoire s’essouffle à mi-course.

CC : Comment avez vous vécu le succès de "La brèche" ? Cela a-t-il changé quelque chose à votre vie/vos envies/votre travail ?

C.L. : J’ai trouvé cela encourageant. J’espère que "La brèche" fera une belle carrière en poche. En "jeunesse", je suis toujours en attente d’un vrai beau succès...

CC : Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?

C.L. : En ce moment, je joue les mercenaires : j’écris pour la télé [du dessin animé]. Je dois finir les corrections sur deux romans "jeunesse" : « Infaillible », pour Bayard, l’histoire d’un petit génie qui a fabriqué une machine à prédire l’avenir + une histoire [co-écrite avec Michael ESPINOSA] qui parle de fantômes pendant les guerres [encore les guerres !] napoléoniennes. Ce sera chez Nathan. J’ai aussi un Autres Mondes sur le feu avec, comme background, la frontière américano-mexicaine en 2020 ! Bref, c’est pas encore en 2007 que je vais m’ennuyer...


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Mr.C