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Publié le 01/05/2005

« Chromozone » de Stéphane BEAUVERGER

EDITIONS LA VOLTE, AVRIL 2005

Par Epistolier

Chromozone, c’est le nom du virus militaire le plus efficace au monde. Après son passage, il n’y a plus rien. Chromozone a été lâché, l’ère cyber n’aura pas lieu, il n’y a plus d’informatique. Chromozone, c’est aussi un vilain jeu de mot qui nous force à répéter le titre au libraire qui n’a pas vu passer le livre, ce n’est donc pas Chromosome, le marqueur génétique qui indique notre identité à l’état sauvage. Chromozone, si je fais de l’étymologie de comptoir, c’est la « zone de couleur », Chromozone, ce sont les hommes qui se regroupent par communauté, la zone des bretons blancs, la zone des musulmans, la zone des noirs d’Afrique...


Extrait du premier chapitre de « Chromozone » : Un feulement impatient au fond de la gorge, Ogre maintint la cadence quelques secondes de plus, juste pour le plaisir de distinguer leur nuque raidie par la terreur. Ses bottes usées martelaient le sol avec insistance, grignotant à chaque foulée l’avance de ses proies. Au bout de la rue apparurent enfin les balises rutilantes marquant la frontière nord du quartier. Au-delà desquelles lui-même n’avait aucune envie d’aller s’aventurer. Les poumons en feu et les cuisses souillées, les deux blancars franchirent la ligne d’arrivée en vainqueurs, lapins fous filant dans l’ombre de leur terrier. Ogre stoppa net sa course, manquant de se briser une cheville sous le choc. Finalement, les mômes étaient arrivés entiers à bon port. Sa fonction de berger d’un soir s’arrêtait là.

L’humanité était au bout de la rupture, grâce à Chromozone, la rupture a eu lieu, Chromozone, vision post-apocalyptique, où « il n’y a plus de place pour la bêtise », phéropunk, où la technologie de la communication n’a pas dit son dernier mot, lignes directrices multiples qui vont, oh par miracle, se rejoindre, où les divers aspects de ce monde peu reconnaissable nous sont décrits.

Tout d’abord, ce qui fait de ce roman une oeuvre de 2005, c’est le thème du communautarisme. C’est la bête noire de notre époque, et BEAUVERGER la chevauche. Le communautarisme, est un sujet polémique, certains diront que ce n’est qu’une manipulation des médias, qu’il n’y a que quelques banlieues surmédiatisées qui cultivent la communauté. Mais d’autres montreront que l’intégration nationale n’est plus ce qu’elle a été il y a quelques dizaines d’années, et que le communautarisme, ce sont aussi les bretons, les corses, les basques, les auvergnats, sans parler des sectes, des communautés sportives, littéraires, religieuse. Si on cherche bien, nous appartenons tous à une communauté, mais nous sommes aussi et avant tout français. Ma bonne petite conscience ne trouve pas vraisemblable que la communauté prime à la cohésion nationale. Le sujet est polémique, c’est une vision d’auteur aujourd’hui cynique, mais demain ? Pour prendre ses distances avec les clichés, BEAUVERGER tort les détails : il imagine des mixages inédits, et tout aussi sectaires que ceux que nous connaissons. Des islamistes modernes qui n’obligent pas à voiler les femmes. C’est aussi cela la science-fiction, l’exploration d’un demain à la limite du vraisemblable.

Ces communautés se sont valorisées dans un monde post-apocalyptique, après la disparition de tout système informatique. Là, pas trop d’originalité : un monde qui bascule après le grand crash informatique, c’est bien beau tout ça, mais j’ai déjà vu "Dark Angel" à la télé... pas grand chose de nouveau, la violence nous attend à chaque coin de rue, même si tout est tranquille la menace rôde, cela va de la petite rencontre de voyous au coin de la rue à l’insurrection totale, en passant par l’embuscade. Les scènes de combat sont si nombreuses que j’ai eu l’impression d’avoir droit à un scénario de jeu vidéo, où il faut de l’action pour le joueur : c’est le monde post-apocalyptique qui est comme cela ou alors le scénariste du jeu vidéo qui prend le dessus ? La question se pose. L’originalité ne peut être partout, elle est ailleurs dans ce roman.

Ce monde ne sera donc pas cyber, c’est certain. Nous ne retournons pas pour autant vers le steam, nous allons vers l’avant. L’idée forte de « Chromozone » est la phérommunication, télécommunication par l’odeur. Une société humaine qui communique à haute densité sur le même mode que les fourmis... Voici l’ère du phéropunk. Première illustration : le personnage de Khaleel, qui traite chimiquement les odeurs qu’il perçoit via un réseau de senseurs, les décrypte et les transmet via sa transpiration.

Le roman suit plusieurs personnages. Les parcours de chacun interfèrent, se croisent de plus en plus, puis l’histoire fusionne, et finalement il n’y a plus qu’une seule ligne directrice. Seulement, tout d’abord il n’y a pas de synchronisme, une première rencontre se fait entre deux personnages, nous avons un certain point de vue, et il faut que le point de vue change au chapitre suivant, que la scène soit revécue par l’autre personnage, pour finir sur la rencontre qui a été observée dans le chapitre précédent... Une certaine confusion s’en ressent, sans que cela apporte beaucoup à l’intrigue. Ensuite, comme les informations ne sont pas assez précises, on peut s’attendre pendant tout un chapitre à ce qu’une réunion de personnages se fasse, mais en fait elle ne se fait pas, car les lieux sont différents. Cela semble volontaire d’après l’agencement des chapitres, mais au niveau de l’intrigue, il n’y a rien : j’ai toujours trouvé le faux suspense inutile. Malheureusement, ce n’est pas le faux suspense qui manque.

Par ailleurs, il y a un personnage schizophrène dans le roman, cela nous est suggéré dès les premiers chapitres. Le doute s’installe mais il n’y aura jamais de révélation nette et précise [dans ce volume de la trilogie, du moins]. Le hic, c’est que l’auteur joue un peu avec ce doute qui est mis en place, faiblement, afin que ce doute nous travaille, mais pas totalement, le doute ne fait pas le tour de la balance, pas assez, je me demande même pourquoi il y a un tel jeu alors que finalement tout est implicite dès le début, et aussi que le filon n’est pas exploité complètement.
Avoir des personnages complexes, ok, mais pourquoi ne faire qu’effleurer certains traits importants ?


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« Chromozone » est donc un roman marqué par l’actualité, les virus informatiques et le repli communautariste de ce début du XXIème, montrant l’homme selon son plus mauvais profil. La bêtise est maintenant encore plus présente qu’avant, et ce n’est pas une petite apocalypse qui lui enlèvera sa place dans le monde !

Donc, comme nous dit l’éditeur, Mathias ECHENAY : « Propagez Chromozone ! ».

Stéphane BEAUVERGER ne fait pas dans la philanthropie avec "Chromozone", même s’il nous change volontiers en fourmis avec sa technologie des phéromones. Au niveau de la lecture, quelques petits désagréments nous attendent, alors que nous ne savons pas si c’est par jeu ou si c’est involontaire, le parfum de Dune saupoudre certaines scènes, alors que dans d’autres c’est celui d’une révélation ou d’une réunification qui n’a pas lieu qui est présent, BEAUVERGER nous fait languir alors que finalement, il semble tout conclure, la suite ne pointe pas son bout du nez, nous laissant choisir convenablement si nous désirons le tome de la fin d’année ou pas, fermant l’opportunité de réponses à certaines questions, même si d’autres sont toujours ouvertes...