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Publié le 01/07/2005

"Chroniques de l’inquisition T.1" de S.P. SOMTOW

Réed Denoël - Lunes d’encre, Juin 2005

Par K2R2

Dans sa recherche perpétuelle de la perle rare, voici que la collection Lunes d’encre a entrepris la réédition des fameuses "Chroniques de l’inquisition" de l’écrivain d’origine thaïlandaise S.P. SOMTOW. Ce cycle fut précédemment publié dans la défunte collection Présence du futur en trois tomes.


Comme d’habitude le travail éditorial pour cette réédition est de qualité, la traduction a été révisée et aux trois romans initiaux vient s’ajouter un recueil de nouvelles pour constituer l’intégrale ultime de ce cycle. L’édition présente sera découpée en deux tomes de repectivement 700 et 840 pages. Malheureusement, la critique qui devait initialement porter sur l’intégralité de cette nouvelle édition ne sera consacrée qu’au premier tome, le talent consommé du sieur SOMTOW ayant prématurément usé ma patience et ma capacité à supporter l’ennui !

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces chroniques constituent un cycle ambitieux et imposant, et pas seulement par la taille. L’univers imaginé par SOMTOW est plutôt recherché et 1500 pages ne semblaient pas démesurées pour en faire le tour. Voyez plutôt :

Dans un futur indéterminé, l’humanité à essaimé à travers l’univers, occupant des centaines de milliers de systèmes. Cette diaspora incontrôlée à travers le cosmos ne fut régulée que par la création de l’Inquisition il y a plus de 20 000 ans. Cette caste de surhomme, à la vie éternelle et au pouvoir incommensurable, dirige l’univers, veillant à préserver son pouvoir sur plus d’un million de mondes et ne tolérant aucune entorse à ses préceptes. Chassant l’utopie et l’hérésie au nom de la compassion inquisitoriale, les inquisiteurs occupent la plus grande partie de leur temps à s’affronter au makrugh, sorte de jeu de pouvoir à l’échelle galactique ; chaque inquisiteur participant à une joute met en jeu des mondes colonisés, le perdant voit bien entendu ses planètes réduites en poussière lors de l’issue finale.

Premier tome du cycle, "Lumière sur l’abîme" nous invite à suivre le parcours de Kelver, jeune paysan de Gallendys dont le destin bascule subitement lorsqu’il croise le parcours de Touche ténèbres et de l’inquisiteur rebelle Davaryush. La planète Gallendys revêt en réalité une importance capitale pour l’Inquisition car elle abrite la seule colonie connue de Delphinoïdes ; le cerveau de ces créatures, relié à un vaisseau spatial, est le seul moyen de voyager à travers la galaxie [un monopole sur le voyage galactique que Frank HERBERT avait imaginé déjà pour "Dune"]. Gallendys abrite donc l’unique chantier de construction de vaisseau intersidéraux de toute la diaspora humaine. C’est dire si l’inquisition prend un risque en confiant à un inquisiteur loin d’être en odeur de sainteté le soin de diriger cette précieuse planète.

Mais ce que ne savent pas les habitants de Gallendys, ni même l’inquisiteur Davaryush, c’est que les Delphinoïdes, lorsqu’ils vivent en liberté dans la Muraille du Ciel, émettent un chant de lumière qui provoque chez les humains des révélations mystiques difficilement compatibles avec le rôle auquel ils sont destinés. Alors l’Inquisition a conçu par manipulation génétique, une race d’aveugles et de sourds, qui deviendront les chasseurs de portevents. Ce peuple vit depuis des millénaires dans la Muraille du Ciel et fournit aux chantiers de Gallendys les cerveaux delphinoïdes nécessaires à la construction des vaisseaux. Nul n’a jamais pu pénétrer dans le pays aveugle, et nul être de cette race n’a jamais franchi les limites de la Muraille du Ciel, sauf la jeune Touche ténèbres.

« Récit d’aventures initiatiques » comme aime à le rappeler la quatrième de couverture, "Lumière sur l’abîme" n’est pas sans évoquer les débuts de "Dune" tant les ficèles de la narrations sont proches. Mais la comparaison a ses limites : si ce roman est relativement distrayant et pour le moins dépaysant, le lecteur demeure tout au long du récit dans l’expectative oscillant gentiment entre perplexité et ennui. Non pas que l’écriture de SOMTOW soit désagréable, mais la narration est un trop linéaire et le plaisir de la découverte de cet univers original est gâché par un manque profond de perspective.

On sent bien chez l’auteur l’embryon d’une réflexion sur le pouvoir et la tolérance, mais sans jamais que cette voie ne soit réellement exploitée. Il reste un petit roman d’aventure pas tout à fait déplaisant, mais un peu soporifique sur la durée.

Second volet de cette intégrale, "Le trône de folie" narre l’apprentissage de Kelver en tant qu’inquisiteur. Dans un plan pour le moins audacieux, Davaryush a imaginé que le jeune homme serait la mauvaise graine au sein de l’Inquisition, ainsi, de l’intérieur, le germe de la rébellion minerait progressivement cette institution multimillénaire afin de redonner la liberté à l’humanité. Un peu simpliste et plutôt manichéen, ce roman est encore plus ennuyeux que le précédent, on y apprend un peu plus sur l’Inquisition et les circonstance de sa création, mais sans pour autant donner à ce cycle la saveur qu’il nous promettait. SOMTOW semble pour le moins dépassé par l’ampleur de son propre univers et abandonne définitivement le lecteur en cours de route.


Reconnaissons l’excellent travail accompli par les éditions Lunes d’encre. Cela ne suffit cependant pas à donner à ces "Chroniques de l’inquisition" suffisamment de substance pour mériter une dépense d’environ 55€.

Si je n’ai pas réussi à vous décourager, tentez de vous faire prêter cette intégrale par un malheureux acheteur ou bien empruntez la à la bibliothèque, la pilule passera mieux. Quant aux plus téméraires, je ne puis que leur souhaiter bon courage.