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Publié le 26/06/2002

"Chrysalide" de Robert REED

ED. IMAGINAIRE SANS FRONTIERES, 2002

Par ARNm

Un recueil de neuf nouvelles dans lequel Robert REED investit les grands thèmes de la science-fiction, à sa façon.


  • "Chrysalide" ["Chrysalis",1996]
  • "Les Cercueils" ["Coffins", 1992]
  • "Hybride" ["Hybride", 2000]
  • "La création du monde" ["The Building of the World", 1998]
  • "Le match du siècle" ["Game of the Century", 1999]
  • "Le nouveau système" ["The New System", 1998]
  • "Fouette-queue" ["Whiptail", 1998]
  • "La forme de toute chose" ["The Shape of Everything", 1994]
  • "Les deux Sam" ["Two Sams", 2000]

Sans être grand Clerc deux options sont à privilégier quand on souhaite faire la critique d’un recueil de nouvelles : soit on l’analyse dans son ensemble soit on examine consciencieusement les nouvelles les unes après les autres. J’aime à penser que la dernière solution ne s’envisage que quand le recueil contient peu de nouvelles ou qu’elles sont tellement disparates qu’aucune autre échappatoire n’est possible. En toute objectivité dès que je tombe sur une fiche lecture qui se contente d’analyser chacune des nouvelles d’un recueil j’ai une certaine propension à ne pas la lire.

Or ici « Chrysalide » comporte 9 nouvelles. C’est un peu trop pour faire une critique systématique et pourtant sur le fond elles sont particulièrement variées.

Au fil des lecture on passera ainsi de textes proches du mainstream et vaguement autobiographiques ["La création du monde", "La forme de toute chose"] à des sujets frôlant le fantastique ["Les hybrides", "Le nouveau système"] en passant par la tranche de vie de deux équipes de football américain prétexte à une réflexion sur la bioéthique ["Le match du siècle"] ou encore à une l’histoire d’amour visant à asseoir tout un monde nouveau et sa révolution en marche. ["Fouette-queue"]

BERTHELOT serait ravi : on nage en pleine littérature inclassable et variée. Alors ; le voici donc ce lien tenu ? En marge, toujours en marge le Robert ?

Que nenni puisqu’on y trouve du bon space opéra brut de décoffrage ["Chrysalide", "Les cercueils"] avec son lot de robots, d’étoiles, de planètes hostiles et autres planètes accueillantes qui fleurent bon l’humus du jardin de mamie.

Et puis si la diversité des thèmes est de mise, point de véritable inégalité qualitative. Ce n’est que du bon [je simplifie pour ceux qui fatiguent]. Parfois du très bon (Fouette queue et Hybride avec leur fin superbe) mais à mon sens rien d’exceptionnel ni de franchement décevant n’émerge des neuf textes.

Bien évidemment si on s’oriente vers une analyse globale on se doit de trouver un fil rouge, une connexion impalpable qui unit les différents textes. Cela peut être une ambiance caractéristique comme pour les recueils de BERTHELOT, de BRADBURY avec leur poésie interne ou dans un autre genre Simak et son côté terroir américain. Cela peut être aussi un humour réitératif qu’on retrouverait au fil des nouvelles. Je pense bien évidemment aux recueils de BROWN, de SHECKLEY...

Bien que le Robert Reed possède à n’en pas douter une plume légère et dégagée de toute contrainte aucune véritable atmosphère particulière ne se dégage de ses textes. Le lien aurait pu émerger d’un thème, d’un univers spécifique comme pour « Gravé sur Chrome » de Wiliam GIBSON, « Les chroniques de Majipoor » de SILVERBERG.

A contrario, une diversité excessive dans le propos comme pour « Dystopia » de Richard Christian MATGHESON aurait pu servir de liant. Rien de tel ici, je l’ai déjà évoqué.

C’est Gérard KLEIN qui m’a mis sur la voie en lâchant au début de sa préface le mot « humanisme ». Même si le héros blancblanc, j’entends par là sans défaut, cet idéal sans peur et sans reproche qui se sort de chaque épreuve avec le sourire, tend à disparaître de la SF de qualité il n’en demeure pas moins que l’incursion du couple, des enfants, de la paternité dans les textes relevant de l’imaginaire se compte encore sur les doigts de la main.

Il est à noter que la notion de filiation, mais il faut l’accepter dans sons sens le plus général, se retrouve dans les toutes les nouvelles du recueil et ce n’est certes pas un hasard puisque Robert Reed traite de la vie. De la vraie vie, avec des vrais gens s’esbaudira le téléspectateur lambda tout inconscient de son appartenance à ce groupe étonnant.

On y retrouvera en filigrane outre la vie de famille : le doute, les erreurs, les trahisons, les lâchetés, les mesquineries, le pardon mais aussi les joies simples et les bisous sur l’oreille. C’est tout ça lire REED.


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« L’Humanisme » de REED se perçoit aussi dans la relation qu’il instaure avec son lecteur. Ainsi, de façon là encore quasi systématique, les nouvelles se terminent en point de suspension. Robert REED fait confiance à l’intelligence du lecteur pour poursuivre l’aventure. Si la porte reste ouverte alors que l’histoire s’achève c’est que rien n’est figé, rien n’est définitif. Libre au lecteur de saisir l’ouverture, de s’y engouffrer pour imaginer la suite.

À l’instar des livres de Christopher PRIEST certains apprécient cette manière de procéder [j’en suis], d’autres trouvent que l’auteur botte en touche. Je vous laisse choisir votre camp.