EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 01/12/2007

Cinquante degrés au dessous de zéro de Kim Stanley Robinson

[Fifty degrees below, 2005]

ED. PRESSES DE LA CITE, NOV 2007

Par K2R2

A peine un an après la sortie de « Les quarante signes de la pluie », les Presses de la cité publient le second volet de la trilogie de Kim Stanley Robinson consacrée à la problématique du réchauffement climatique.
Le premier volume, essentiellement destiné à l’exposition de la situation, nous avait quelque peu laissé sur notre faim, avec en bouche comme un goût d’inachevé. Pourtant l’oeuvre ne manquait pas de qualités et il suffirait de pas grand chose pour concrétiser les attentes que nous avons placées sur ce second volume. C’est que depuis peu, un certain AquaTM de Jean-Marc Ligny a placé la barre très très haut en matière d’anticipation écologique et le sieur KSR est attendu au coin du bois. D’ailleurs peut-on encore parler d’anticipation alors que le dernier rapport du GIEC [Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat] vient à nouveau d’enfoncer le clou en la matière et dresse une mise en garde plus qu’inquiétante. [1]


Résumons brièvement la situation.
Suite à un certain nombre d’alertes relevées par les climatologues [fonte de la banquise, modification de la circulation thermohaline, hausse du niveau des océans et phénomènes climatiques extraordinaires répétés], les responsables de la NSF [National Science Foundation - Organisme chargé de coordonner et de financer la recherche publique aux USA] sont sur la brèche. Washington vient de subir une exceptionnelle inondation et désormais les responsables politiques commencent à se préoccuper de la question du réchauffement climatique pour en faire le thème principal de la future campagne électorale.
C’est sur cet arrière-plan politique, finalement assez peu agité il faut bien l’avouer, que se greffe le parcours de la famille Quibler, dont le mari est conseiller environnemental auprès d’un sénateur démocrate, et dont la femme occupe un poste important à la NSF.
L’auteur nous invitait également à suivre les parcours croisés de Frank Vanderval, autre scientifique détaché auprès de la NSF, et de la délégation du Kembalung, micro-état insulaire dont les terres menacent d’être immergées par la montée des océans.
Honnêtement, si l’écriture était à la hauteur et les personnages assez bien campés, il ne se passait pas grand chose au pays de la NSF et dans les hauts lieux du pouvoir fédéral. Réaliste me direz-vous, car la science et la politique avancent lentement, à coup de réunions [voire de réunionite], de comités et de séances de jogging entre midi et deux. Oui, peut-être, mais pour les besoins d’un thriller écologique, c’est un peu léger.

Sans doute conscient de ces faiblesses, Kim Stanley Robinson a changé son fusil d’épaule. Exit donc, ou presque, les gentils Quibler [qui faisaient un peu famille bisounours], que l’on continue de croiser dans ce second volume, mais à beaucoup moins souvent, puisque désormais c’est Frank Vanderval qui occupe le devant de la scène. Bon choix, puisqu’il s’agissait du personnage le plus intéressant du premier tome. Virage également côté narration puisque l’alternance des points de vue n’est désormais plus de mise, d’ailleurs ROBINSON appuie franchement sur le côté thriller, puisqu’il injecte bien davantage de suspense dans ce volume.

Frank Vanderval a donc rempilé une année supplémentaire à la NSF en tant que spécialiste en bio-informatique, en charge plus précisément de débusquer de nouveaux projets liés aux techniques de lutte contre le réchauffement climatique. Sauf que désormais, suite à l’inondation, ce dernier se retrouve SDF [mais avec tout de même une jolie paie] et décide de camper en plein milieu d’un parc de Washington, au milieu des sans-logis et des animaux exotiques échappés du zoo. Pour l’hygiène, Frank se contente des douches de son club de sport et pour la bouffe, c’est restau tous les soirs.
Le roman se déroule au rythme des pérégrinations de Frank, qui butine de manière assez libre au gré de ses envies et de ses besoins. C’est donc avec un peu de surprise que l’on découvre que Frank, qui apparaît somme toute comme une personne bien inoffensive, est l’objet d’une surveillance de la part des services de renseignements, surveillance dont on peine à comprendre les enjeux.
On est tout de même curieux de voir de quelle manière K.S. Robinson reliera les deux fils de son roman, car entre anticipation écologique et thriller politique, les liens ne sont pas forcément évidents ; ou alors trop et on espère que KSR nous dispensera du traditionnel « complot contre l’Amérique », forcément indigne du talent qui est le sien.

Sur le front du réchauffement climatique ça se précise. Côté océan arctique, la banquise a totalement fondu et désormais il est possible de se rendre au pôle nord à bord de son voilier de douze mètres [à condition de ne pas s’encastrer dans un iceberg géant à la dérive] ; même punition même tarif concernant les calottes polaires [Antarctique et Groenland], dont se détachent d’énormes blocs de glace, libérant quantité d’eau douce dans les océans et perturbant la circulation thermohaline. Conséquence, le gulf stream semble ralentir et menace de disparaître, provocant une vague de froid sans précédent en Europe de l’Ouest et sur la côte Est des Etats-Unis. Washington connaît ainsi un hiver sans précédent, frisant régulièrement les - 50°C. Autant vous dire, que dans sa cabane au milieu des bois, Frank Vanderval se les gèle gentiment malgré son équipement certifié « pôle nord proof ».

Autre conséquence du réchauffement climatique, cette fois moins paradoxale, le Kemballung dont les terre insulaires sont protégées par des polders [oui, comme aux Pays-Bas], est évacué en urgence en raison de la violence de la mousson et de l’élévation du niveau des océans. Ce qui oblige ses ressortissants à s’installer plus ou moins définitivement aux Etats-Unis. Une évolution significative de la situation, loin cependant du roman catastrophe que l’on aurait pu augurer, mais qui a aussi le mérite d’illustrer de manière pratique ce qui se passe en coulisse du côté des scientifiques et des politiques. Certes, la vision est essentiellement bureaucratique, volontairement d’ailleurs, mais elle donne un contrepoint tout à fait intéressant à un roman comme « AquaTM ».


COMMANDER

Toutefois, permettez moi de ne pas être [à nouveau] complètement convaincu par le roman de Kim Stanley Robinson. Certes, c’est toujours bien écrit, certes, les personnages sont d’une grande richesse et globalement l’histoire se lit sans déplaisir ; c’est même plutôt fluide.
En revanche, je n’adhère pas complètement au virage « thriller » entrepris par l’auteur, le thème du réchauffement climatique est suffisamment passionnant sans qu’il soit nécessaire de recourir à ce type d’expédient. D’autant plus qu’avec ce nouveau volet, Robinson entrait dans le vif du sujet.
On en retiendra un roman plaisant, souvent assez juste, mais auquel il manque encore un peu de substance pour remporter complètement l’adhésion du lecteur à la recherche d’un peu plus que du divertissement.



NOTES

[1] Les plus curieux peuvent consulter un résumé de ce rapport : http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-r...
[au passage, merci à Bidibulle de nous avoir signalé la mise en ligne de ce rapport].
Les francophone trouveront une traduction ici : http://www.effet-de-serre.gouv.fr/l...