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Claro fait partie des inconnus célèbres. Des passeurs, aussi. Il a traduit Thomas Pynchon, William T. Vollmann, William Gaddis, Salman Rushdie, John Barth, Hubert Selby Jr, Dennis Cooper, William Gass, Mark Z. Danielewski… Il est aussi auteur et directeur de collection. Un de ceux qui apportent la littérature aux autres. Pas forcément sur un plateau, mais qui l’apportent quand même.


Le Clavier Cannibale est un ouvrage très pratique. On peut le lire comme une très longue interview. C’est une façon de vous débarrasser des futurs intervieweurs ?

Répondre à une question m’a toujours semblé un exercice extrêmement compliqué. Donc, anticiper peut être une stratégie d’esquive. Mais le Clavier Cannibale n’est pas un mille-feuilles à la réponse. Juste une tentative d’exploration de quelques pistes (traduction, innovation, etc.). Le problème avec les questions, c’est que neuf fois sur dix elles comportent la réponse intégrée.

Vous y menez une réflexion sur la traduction aussi sarcastique que passionnée, et vous êtes (entre autre) connu pour vos traductions de textes intraduisibles (terme justement discuté dans Le Clavier Cannibale). Qu’est-ce qui vous motive ?

Deux choses : d’abord, il y a le plaisir égoïste, deleuzien : inoculer du désir dans la production. Ensuite, il y a cette idée qu’un livre peut perturber les autres livres, via un lecteur. Pas cent mille lecteurs : un lecteur. Article et chiffre indéfini. On se bouge pour son lointain, pas son voisin. Traduire c’est à la fois écrire en apnée et envoyer des messages codés : attention, il se passe quelque chose, ça vient de passer la frontière, regardez, ce que Genet appelait l’ennemi intime, peut-être : un autre avec lequel danser.

Auteur, traducteur, directeur de collection, vous avez une vue d’ensemble de la littérature. Pourquoi Lot49 ? L’envie de combler un vide éditorial ?

Lot49 me permet de publier des textes au sein d’une certaine cohérence, plutôt qu’avoir à démarcher dix éditeurs différents, ce que j’ai beaucoup fait, et qui est excitant mais aussi épuisant. Les auteurs ainsi « rameutés » se sentent en confiance, Ben Marcus est ravi de figurer aux côtés de Gass, etc. Le laboratoire est bordélique, mais les cornues font un chouette bruit.

Vous avez conscience qu’en acceptant de répondre aux question d’un webzine consacré essentiellement à la science-fiction, vous chutez d’un coup dans l’estime d’Angelo Rinaldi ? Qu’apporte la SF à la littérature (et inversement) ?

J’ai découvert la lecture et l’écriture par la SF, pas par Rinaldi, donc ça ne me pose pas de problème. La SF regroupe des expériences littéraires qui ne peuvent que secouer les guenilles du roman bourgeois. Écrire sur des impossibilités (physiques, temporelles, humaines, etc.) conduit forcément, chez certains auteurs, à un bouleversement de la narration ou de la technique (par exemple Samuel Delany, parmi cent autres). La notion de genre est juste un garde-fou, mais les fous existent bel et bien.

Vous tenez un blog. L’écriture électronique délasse, détend, prolonge, interroge ?

C’est un autre format, mais l’exigence d’écriture doit rester pointue. Je laisse le blog m’apprendre au fur et à mesure ce que je peux faire, j’expérimente des approches, je me concentre en ce moment par exemple sur des livres dont on parle moins, j’essaie surtout de faire en sorte que le blog ne devienne pas une simple plate-forme égocentrique, à vocation promotionnelle. Ce qui n’empêche pas de s’en servir comme relais d’information (signatures, lectures, rencontres…).

Trois auteurs emblématiques – Pynchon, Danielewski, Vollmann – radicalement différents les uns des autres ont été traduits par vos soins chez différents éditeurs. Le rassembleur, c’est vous. Comment expliquer leur succès en France ?

Je n’ai pas découvert Thomas Pynchon, donc de ce côté-là je suis totalement innocent. Pour Marc Danielewski, les éditeurs français l’auraient publié avec ou sans moi, on parlait beaucoup du livre, etc. Et William T. Vollmann, oui, je me suis battu longtemps pour l’imposer, mais c’est Brice Matthieussent et Marie-Catherine Vacher qu’il faut louer, ce sont eux qui ont pris les risques. Pourquoi ce succès, tout relatif (c’est pas Dan Brown non plus, hein) : curieusement, en matière de littérature exigente, novatrice, ce sont les « monstres » qui s’en sortent le mieux. Il y a un effet freaks qui joue. On a vu ça avec le Tunnel de William Gass, aussi. Puisque le livre a quelque chose d’excessif, plus l’excès est visible, patent, plus la réception est possible.

Quelques mots sur Omega Minor, très attendu ?

C’est un roman formidable, écrit en flamand par un auteur qui s’est ensuite traduit, magistralement, en américain. Ma traduction part de la version américaine, avec l’accord de l’auteur. Un livre qui revisite les 80 dernières années, de façon polyphonique et très intelligente, avec des clins d’œil d’écriture à Pynchon, entre autres. L’auteur sera présent à Paris courant mars, juste avant le Salon du Livre.

On a l’impression que la littérature (la vôtre et celle que vous traduisez) fait peur. C’est une marque de qualité ? Une littérature qui dérange ?

La littérature ne fait pas peur, elle ne dérange pas. Elle intéresse peu de gens, c’est tout. À l’heure où d’autres arts, comme la musique et le cinéma, ont envahi nos vies. Mais la littérature n’a pas pour but d’être un idéal démocratique. C’est une pratique perverse un peu plus têtue qu’une autre, qui passera par l’internet s’il le faut. Elle ne craint rien, n’est pas menacée, non plus. Elle exige un temps, une durée, dont nous ne voulons plus, pour la plupart. En ce sens, elle est résistance, presque au sens électrique.

Deux collections s’intéressent aujourd’hui exclusivement au « bizarre », la vôtre et « Interstices », chez Calmann-Lévy. C’est un positionnement d’avenir ou le reflet d’une évolution générale ? Le genre est mort, passons à autre chose ?

Ce que nous publions peut sembler bizarre, mais c’est juste parce que beaucoup de livres parus, et en grandes quantités, ne se préoccupent que de pérenniser le roman bourgeois. La littérature est, par essence, bizarre. Les freaks ne disparaîtront pas et ne prendront pas le pouvoir : mais ils feront la fête, et on entendra peut-être les éclats de cette fête.

Votre roman à vous ?

Le titre : Cosmoz. Je suis en train d’y mettre la dernière main, après cinq ans de travail. Il est donc prématuré d’en parler.


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PAT