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Publié le 01/10/2007

« Collapsium » de Wil McCARTHY

[« The Collapsium », 2000]

ED. PRESSES DE LA CITE, SEPT. 2007

Par Mr.C

Bruno de Towaji est un génie : il a inventé le collapsium, un cristal composé de trous noirs miniatures, aux propriétés quasi magiques. Du coup, tout est possible : créer des soleils, plier la matière à sa volonté, transmettre instantanément à des années lumières les données et les atomes, "faxer" les hommes d’une planète à l’autre.
Sauf qu’un saboteur tout aussi génial semble avoir décidé d’utiliser le collapsium à des fins beaucoup moins pacifiques...

Premier roman très hard SF d’un surdoué de la physique.


Dans quelques siècles, la science aura réalisé totalement la prédiction de Arthur C. CLARKE [1] et enfin égalé la magie : McCARTHY imagine que les communications et les homme peuvent se déplacer à travers l’espace à la vitesse de la lumière via des "fax". Il suffit d’entrer dans l’appareil-émetteur pour ressortir presqu’immédiatement dans l’appareil-récepteur.
Les fax, au passage, régénèrent totalement les cellules des voyageurs. Les voici donc immortels. Et comme le "gabarit" des passagers est conservé en mémoire, au pire, le fax est capable de recracher une autre copie strictement identique de la même personne. Certains d’ailleurs ne se privent pas de s’auto-cloner. Notamment pour travailler plus [oui, mais gagnent-ils plus ?].

Immortelle, douée d’ubiquité, l’espèce humaine a ainsi colonisé le système solaire et rien ne lui semble impossible [2] L’humanité s’apprête à faire encore un grand pas grâce à Bruno de Towaji, et à son collapsium : l’anneau collapsial en construction autour du soleil permettra aux informations et aux atomes de voyager dorénavant à des vitesses supérieures à celle de la lumière.

Le rêve ultime de Towaji , c’est de découvrir l’arc de fin, le moyen de manipuler l’espace/temps. Et pour mieux se concentrer sur ses recherches, il s’est isolé sur une planète artificielle, une planète si petite qu’il en fait tout le tour en se baladant le matin. Seuls quelques robots serviles lui tiennent compagnie.
Towaji travaille donc activement... lorsque une paire de robots messagers envoyés par la Reine de l’humanité vient le chercher pour une urgence.

Il se trouve que l’anneau collapsial imaginé par Marlon Sykes, un autre génie scientifique, a été saboté et menace de s’effondrer sur le soleil lui-même, ce qui aurait des conséquences cataclysmiques pour le moins.
S’en suit l’aventure du génial Bruno pour réparer le dit anneau, et aux côtés de Sykes, affronter l’ennemi qui, dans l’ombre, menace l’avenir de l’espèce humaine. [Mais pourquoi est-il si méchant ?]

D’un point de vue littéraire, McCARTHY est mauvais : la structure du bouquin est totalement répétitive sur le premier tiers du livre - on sent bien que le premier chapitre était, à l’origine, une novella indépendante [3]. Tout le récit est parcouru de digressions inutiles. La psychologie des personnages est pauvre. L’esquisse de paysage socio-politico-culturel tenté par moment est d’une grande banalité où surnage quelques idées débiles, comme par exemple celle qui voudrait que l’humanité soit naturellement vouée à un régime monarchique. [? ??]
Et quand il se lance dans un développement sur les conséquences juridiques de la multiplication des clones humains par fax, on nage en plein délire.
Il faut noter, soyons justes, une amélioration notable dans les cent dernières pages, qui voient le rythme s’emballer et fonctionnent presque bien.

Le trait dominant de Wil McCARTHY, c’est qu’il est avant tout un homme de science : il a bossé sur les avions du Lockheed Corp., sur les fusées Titans de la NASA et trime aujourd’hui sur les robots Omnitech. Il sait donc de quoi il cause et visiblement il s’amuse comme un fou à extrapoler des bidules qui, au regard du nul en physique que je suis, passent pour acceptables à défaut d’être crédibles.
Exemple : la pierre de puits, un matériau qui, sur demande, adopte l’apparence et les propriétés de n’importe quel matériau, acier, verre, gaz... ou collapsium. Ou les grapins électromagnétiques, qui permettent aux vaisseaux spatiaux de s’accrocher aux planètes.
Du coup, pour ceux qui [comme moi] n’ont jamais compris pourquoi E=mc2, une bonne partie des délires du monsieur demeurent hermétiques. Son enthousiasme communicatif fait sourire, mais on y entrave rien. Tout aussi bien, d’ailleurs, il nous raconte n’importe quoi... On se rassure en repensant à la première loi de CLARKE [4]. Mais, très vite, on se reprend à douter : Wil est-il assez âgé et assez distingué pour que la Loi s’applique ?

Ce qui peut sauver Collapsium, c’est qu’en réalité, on s’en fout et que McCARTHY assume. Le ton demeure léger de bout en bout, un certain détachement murmure même à nos oreilles en souriant que "tout ça, c’est pour se divertir", et finalement l’on retrouve l’ambiance des pulps de l’après-guerre : de l’héroïsme, un arrière-plan politico-culturel plus ou moins bidon-mais-c’est-pas-grave, du mélodrame, des victimes par milliers dans des catastrophes cosmiques mais jamais une tâche de sang, et je mise tout le paquet sur le sens of wonder, chérie.

Une fois accepté tout cela, Collapsium remplit correctement son contrat et procurent un plaisir bête et méchant de l’ordre de celui qu’expérimente le spectateur d’un James Bond époque Roger Moore : on s’amuse, on s’étonne, on sourit un peu, puis on s’amuse encore, et puis c’est tout, et on va se coucher parce que demain, ya école.


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Non, Wil McCARTHY n’est pas encore une valeur sûre de la science-fiction US, contrairement à ce que prétend la maison d’édition : faudrait déjà qu’il arrive à créer des personnages crédibles, et à maîtriser la structure de ses bouquins.
Non, Collapsium n’est pas le nouveau chef-d’oeuvre du NSO, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là [plutôt là]. D’ailleurs rien à voir avec le NSO.
Mais oui, Collapsium peut être une sorte de divertissement qui plaira à certains hard-seufeurs résolus à ne pas prendre tout cela trop au sérieux.

Aura-t-on la possibilité de laisser à Wil McCARTHY une deuxième chance ? Son premier roman Bloom, semble avoir laissé aux Etats-Unis, le souvenir d’une oeuvre bien plus intéressante.



NOTES

[1] C’est la Troisième loi d’A.C. CLARKE : « Toute technologie suffisamment avancée est indistinguable de la magie ».

[2] C’est la Deuxième loi d’A.C. CLARKE : « La seule manière de découvrir la limite du possible est de s’aventurer un peu au-delà, dans l’impossible ».

[3] La novella Once Upon a Matter Crushed est parue dans la revue américaine SF Age en mai 1999.

[4] C’est la Première loi d’A.C. CLARKE : « Lorsqu’un scientifique distingué mais âgé affirme qu’une chose est possible, il a presque certainement raison ».