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Publié le 01/10/2007

« Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine » de Jérôme LEROY

EDITIONS MILLE ET UNE NUITS

Par Ubik

Sur la jaquette, l’image vaguement surréaliste attire le regard. Elle ne laisse en tout cas planer aucun doute. Une femme nue en train de lire, assise dans un fauteuil Voltaire placé au milieu d’un parking. La chaleur et la fragilité féminine [je sais, c’est un poncif] contre la froideur et la dureté de l’asphalte. La culture et la jouissance versus l’économie et le profit. Tous les indicateurs sont dans le rouge.
Avec ce recueil de Jérôme LEROY nous sommes plus près d’ici et maintenant que de ailleurs et demain.


Personnellement, j’aime bien Jérôme LEROY. Les recueils La grâce efficace et Une si douce apocalypse mêlaient polar et anticipation à la française [comprendre politique fiction] d’une façon fort réjouissante. La novella Big sister acquittait avec révérence son tribut à George ORWELL. Mais voilà. A force de ressasser les mêmes thèmes, à force de vouloir réduire la science-fiction à sa composante idéologique la plus grossière, l’auteur a fini par me lasser. Ce n’est pourtant pas l’absence d’affinités sur certains points ou le manque de sympathie pour le propos qui dicte ce constat. En fait, c’est l’impression de plus en plus tenace qu’à force de dénoncer cet ici et maintenant en l’anticipant légèrement, Jérôme LEROY tourne en rond et bascule désormais dans le ici et hier. C’est le sentiment lancinant qu’à force d’exposer le spectacle de l’asservissement individuel face au diktat du marché, l’auteur finit par encourager la résignation plutôt que de susciter l’indignation et l’éventuelle résistance. C’est la sensation agaçante enfin, que pour certains auteurs français, le futur se conçoit comme un mur infranchissable ; une fin de l’Histoire intégrée dans l’inconscient.

Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine est un recueil de 24 nouvelles qui s’inscrivent bien dans cet état d’esprit. Pour la majorité d’entre-elles, la science-fiction n’est qu’un vernis qui vient patiner une intrigue qui se rapproche davantage du polar.
La majorité des textes est écrite sans véritable éclat. Sans doute, le format court ne favorise-t-il pas l’adhésion. Sans doute aussi le fait que ces nouvelles ont été originellement imaginées pour être récitées à l’antenne de France-bleu dans l’émission Petits polars entre-t-il en ligne de compte. Toujours est-il qu’on ne peut empêcher l’installation d’une routine monotone et on se surprend à tourner les pages plus par ennui que par intérêt. On sourit à l’occasion, on pointe les références et personnages récurrents, signes par ailleurs de la cohérence interne de l’univers de l’auteur. Mais on n’arrive pas vraiment à adhérer, voire à se passionner pour cette vision très noire. A vrai dire, je sais que je me répète, on s’ennuie prodigieusement.

Pour le reste, seules trois nouvelles déjà disponibles au sommaire de trois anthologies thématiques, retiennent un tant soit peu l’attention [est-ce un hasard ?]. Le serrement d’Hippocrate [cf. anthologie Noirs Scalpels], texte bien sombre, mélange une intrigue criminelle et le problème de la paupérisation ; phénomène endémique de nos sociétés capitalistes et dont témoignent ces épaves humaines, naufragées dans la rue, que seul un gel plus vif qu’habituellement, fait resurgir avec acuité.
Abattez Karl Marx [cf. anthologie Noirs Complots] propose une amusante variation sur les thèmes du voyage dans le temps et de la lutte des classes.
Enfin, Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine [cf. anthologie Le Dernier Homme] se présente comme une émouvante nouvelle sur la fin du monde, émouvante non par son dénouement mais, pour son personnage principal qui ressemble étrangement à Jérôme LEROY lui-même.


Arrivé au terme de cette chronique, on ne peut s’empêcher de trouver ce recueil décevant par bien des côtés et, on conseille aux éventuels curieux de se référer aux ouvrages antérieurs de Jérôme LEROY pour découvrir cet auteur sous de meilleurs auspices.