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Publié le 02/05/2010

Confessions d’un loser de Mark SaFranko

[Lounge Lizard, 2007]

ÉD. 13E NOTE, JAN. 2010

Par Arkady Knight

Un an après leur lancement, les éditions 13e Note peuvent s’enorgueillir d’un bilan largement positif. Entre les best-sellers, les niaiseries post 9/11 et autres page turners, leurs ouvrages se sont imposés dans les rayons grâce à leur cohérence graphique et éditoriale. Construite autour d’une génération de romanciers socialement engagés, cette collection littéraire porte un regard désabusé, hargneux et surtout lucide sur les revers de la société moderne et les laissés pour compte du rêve américain.
S’épargnant les lourdeurs d’un style esthétisant et d’une narration traditionnelle, Mark SaFranko, Tony O’Neil, Barry Gifford, Tommy Trantino, Jerry Stahl et les différents auteurs de 13e Note restent avant tout des voix, des témoins, des instantanés de leur époque. Leurs romans véhiculent la charge de leurs existences et leur contentieux de peines, de doutes et de désespérances ; tous contribuent à rendre compte d’une réalité bien éloignée des clichés propagés par les médias et la littérature établie.


Paru en avril 2009, le Putain d’Olivia de Mark SaFranko raconte le quotidien dans les années 1970 de Max Zajack, loser, enfant indigne de l’Amérique, aspirant écrivain en plus. Son incapacité à s’intégrer dans la masse et son entêtement à ne pas respecter les règles du système entrent en conflit avec les ambitions de sa compagne – Olivia – nourrie, elle, au petit lait du rêve américain (beaux habits, belle voiture, bel appartement).
À travers le récit de la construction puis de la destruction de leur passion amoureuse, SaFranko délivre une satire amère sur le déclin de la société américaine et sa propension à noyer toute individualité sous une vague d’idéaux préfabriqués.

Dans Confessions d’un loser, Mark SaFranko poursuit les péripéties de son alter ego, Max Zajack, qui, suite à sa rupture d’avec Olivia, devient un « lézard de soirées », passant la majorité de son temps à la recherche de nouvelles partenaires. Écumant les bars, avide de trentenaires en chaleur, Max ne recule devant aucune aventure pour oublier son histoire gâchée – une frénésie sexuelle qui lui vaudra bien des tourments (harcèlement téléphonique, accusation de viol, coupure du pénis par poil pubien, et cætera). Le lecteur rigole à suivre le récit des nuits mouvementées de Max Zajack, relaté crûment et de façon totalement désinhibée.

Plus drôle et plus léger que ses colistiers de 13e Note, Mark SaFranko, qui a aujourd’hui dépassé la cinquantaine, retranscrit avec désillusion et fatalisme l’atmosphère des décennies 1970 et 80. Ses romans ne portent pas la rage qui devait l’habiter à cette époque ; en revanche, ils lui permettent d’appréhender les mœurs d’alors avec un recul lucide et un brin cynique – ce qui reste toujours bienvenu dans une société encore empêtrée dans des conventions d’un autre siècle.

Comme Olivia, la bienséance sexuelle symbolise le modèle social que réfute Max Zajack. Chacune de ses conquêtes est l’occasion pour l’auteur de croquer en quelques lignes la vie d’une femme que le rêve américain a appauvrie, pervertie ou brisée. Parfois anecdotiques, ces photographies mises bout à bout composent pourtant une galerie des horreurs, représentative de la perte de sens et d’humanisme de la société moderne.
Chapitré encore plus court que son prédécesseur (comme pour mieux désosser le cadavre social), Confessions d’un loser se veut également un refus de céder aux sirènes du monde capitaliste. Max est engagé de façon intérimaire en tant qu’expert international au sein de la compagnie américaine du téléphone. Ses capacités d’écriture lui assurent une sécurité professionnelle et une place idéale d’observateur dans ce théâtre de l’absurde que constitue le tertiaire en mouvement. Malgré ses prédispositions pour ce travail, Max décline cependant un contrat d’embauche définitif, refusant de mettre un pied dans l’engrenage.

On peut reprocher à Max Zajack de jouer le rôle facile du critique social systématique ; sa démarche inverse, qui le conduit à coucher à tout vent, ne le mène néanmoins nulle part, offrant ainsi au roman une conclusion contrastée. Mark SaFranko sait que suivre les règles factices du système est vain, mais les conditions de vie que s’impose Max, basées sur une contradiction de principe, ne le sont pas moins. En dépit de sa bonne humeur générale, Confessions d’un loser prend l’allure au final d’une chronique existentielle mélancolique sur la nature humaine et le temps perdu.
Le lecteur rigole, mais pas tant que ça.


Certains se demanderont si évoquer un roman de baise dans un milieu aussi asexué que la science-fiction tient de l’oxymore ou de la métaphysique ; on préfère se contenter de saluer une fois de plus la persistance des éditions 13e Note à proposer à son lectorat une littérature du réel sincère et impliquée.